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HASKIL Clara (1895-1960)

4eme division
vendredi 9 août 2013.
 

Pianiste roumaine et suisse

Clara Haskil, voit le jour le 7 janvier 1895 à Bucarest.

Décédée le 7 décembre 1960 à Bruxelles.

Pianiste roumaine et suisse.

Clara Haskil est issue d’une famille roumaine juive (« Haskil » semble venir du verbe hébreu השׂכיל signifiant « discerner », apparenté au mot Haskala) et se révèle être une enfant surdouée. A l’âge de trois ans elle reproduit déjà, avec un doigt, des mélodies qu’elle a entendues.

La mère de Clara, Berthe Haskil, pianiste et musicienne amateur, lui donne ses premiers cours de piano et Clara révèle des dons stupéfiants d’oreille et de doigté. Sa mère lui a donné son prénom en souvenir de sa propre sœur aînée qu’elle admirait passionnément et qui mourut à vingt ans alors qu’elle effectuait des études brillantes de piano au Conservatoire de Bucarest. Clara travaille aussi le violon et se montre également douée pour cet instrument. Elle a deux sœurs, Lili, son aînée, qui joue du piano, et Jane la cadette qui apprend le violon.

Son père meurt en 1899 des suites d’une pneumonie contractée une nuit de décembre, lors d’un incendie survenu dans l’immeuble où vit la famille et sa mère doit subvenir aux besoins de la famille en donnant des leçons de piano, de français, d’allemand, d’italien, de grec, puis en ouvrant un petit atelier de couture pour rester auprès de ses enfants. Mais son travail ne suffit pas et la famille survit grâce à l’aide d’un de ses frères, Isaac. Actuaire, Isaac deviendra directeur de la Nationale, une des premières sociétés d’assurances roumaines. Il sera ainsi en mesure d’aider les Haskil et deviendra peu à peu le chef de famille.

Clara Haskil continue de développer ses dons, toujours avec sa mère. Un ami des Haskil emmène la fillette chez un professeur de chant du Conservatoire qui lui joue une sonatine de Mozart qu’elle ne connaît pas. Aussitôt entendue, Clara la joue sans faute, d’une traite, puis la rejoue en la transposant. Elle a cinq ans. On décide de lui faire commencer les cours au conservatoire.

Quand Clara a sept ans, la famille décide de l’envoyer étudier le piano à Vienne. Elle s’y rend seule avec un autre de ses oncles, l’oncle Avram - un médecin âgé de trente-cinq ans qui ne pratique plus et qui voue une véritable passion à sa petite nièce. A Vienne, Avram l’amène auprès du célèbre pianiste Anton Door (de). Emerveillé par les dons de l’enfant, il écrit au quotidien viennois Neue Freie Presse.

Clara étudie à Vienne chez le professeur Richard Robert. Ce professeur, dont Rudolf Serkin aussi a été l’élève, est un excellent pédagogue qui voit une enfant triste et lui organise une petite pièce où elle pourra jouer. La petite Clara, alors âgée d’à peine huit ou neuf ans, apprend vite et joue ses premiers concertos de Mozart. Après trois années d’étude avec Richard Robert, l’oncle Avram décide d’emmener Clara, alors âgée de dix ans, à Paris. Elle ne reverra plus son professeur. Clara se présente aux examens d’entrée de piano et de violon du Conservatoire de Paris.

Elle poursuit l’étude du violon parallèlement à celle du piano jusqu’à ce que la scoliose déformante diagnostiquée en 1914 l’empêche de continuer cet instrument. Elle devient l’élève d’Alfred Cortot, en 1907, mais l’illustre pianiste ne l’aime pas et devant les autres élèves la renvoie souvent en lui disant : « Nous vous entendrons la prochaine fois ! » Il lui dira même : « Vous jouez comme une femme de ménage ! » et la remettra entre les mains de son collègue Lazare-Lévy. Gabriel Fauré, alors directeur du Conservatoire de Paris, se prend d’affection pour elle et la félicite après l’avoir entendu jouer une de ses pièces, Thème et variations : « Je ne savais pas qu’il y avait autant de musique dans ce que j’avais écrit ! ».

En 1909, à quatorze ans, Clara remporte le premier prix de violon au concours de l’Union française de la jeunesse présidé par Jacques Thibaud mais seulement un second prix de piano au Conservatoire. L’année suivante, en 1910, Clara gagne son premier prix de piano au Conservatoire dans la classe d’Alfred Cortot. Elle commence à donner des concerts. À Vienne un imprésario suisse s’intéresse à elle et lui organise une tournée en Italie du nord et en Suisse. Ferruccio Busoni, qui a entendu Clara jouer à Zurich, propose à sa mère que la jeune fille vienne étudier chez lui, à Berlin, et se heurte à un refus que Clara regrettera toute sa vie.

Atteinte d’une scoliose déformante, Clara Haskil est accueillie à Berck, dans le nord de la France, où l’on soigne les malades atteints de tuberculose osseuse. Elle va vivre là un calvaire fait de souffrances morales et physiques aiguës. Elle sera emprisonnée dans un corset de plâtre pendant de longs mois et restera à Berck jusqu’à la fin de la guerre, en 1918.

Après la Première Guerre mondiale, elle revient à Paris. Georges Enesco intervient alors auprès de l’État roumain pour s’assurer que la jeune musicienne pourra y achever ses études musicales ; en 1921, il la fait jouer à Lausanne. A Paris, la pianiste fait la connaissance de Mme Gélis-Didot et de Mme Paul Desmarais qui tiennent salon et sont parmi les mécènes les plus actives du monde musical parisien. C’est Mme Desmarais qui propose à Clara Haskil d’aller reprendre des forces en Suisse accompagnée d’une infirmière.

Pendant ces années, de 1920 à 1950, la Suisse est le seul pays où le public reconnaît le génie de Clara Haskil et l’assure de sa fidélité. La jeune pianiste manque de confiance en elle. Lors de son premier concert avec l’Orchestre de la Suisse romande et son chef Ernest Ansermet, son trac est si fort qu’elle n’imagine pas entrer en scène. Le concert est cependant un succès et Ernest Ansermet ne cesse de la féliciter. Clara Haskil passe la nuit à l’hôtel à répéter à sa compagne de chambre : « N’est-ce pas, il est furieux Monsieur Ansermet ? ».

On a écrit parfois que Clara Haskil avait un jeu sobre, « en avance sur son temps » et que c’est pour cette raison qu’elle aurait été rejetée par le public parisien. Il n’en est rien : les critiques de l’époque et les quelques enregistrements des années 1920-1930 montrent tout au contraire une pianiste au jeu très virtuose, passionné et d’essence romantique.

Sa carrière piétine malgré le soutien de ses mécènes. En 1924, à Bruxelles son concert rencontre un vif succès... mais elle ne sera pas réengagée avant 1930. Elle donne deux concerts à Vienne où elle joue son cheval de bataille de l’époque, une œuvre à laquelle on ne l’identifie pas de nos jours, le deuxième concerto de Rachmaninov : c’est un immense succès, mais ce seront ses seules apparitions à Vienne jusqu’en 1952...

Mme Gélis organise une tournée en Amérique du Nord et Clara Haskil triomphe à New York. Ébloui par la prestation de cette jeune pianiste de 29 ans, le critique du Courrier Musical de New York écrit le 13 novembre 1924, un article très élogieux et d’une grande sensibilité : « Dire que Mlle Haskil joue de toute son âme peut sembler ridiculement sentimental ; il n’y a cependant pas d’autre ni de meilleure expression. Elle semble être à la recherche de la signification purement intérieure et de plus en plus profonde des pensées et des sentiments trouvés dans l’esprit même du compositeur, au travers de sa musique.

Entendre Mlle Haskil interpréter Schumann, Chopin, Ravel, c’est toucher de près à la révélation de la nature de ces hommes, des motifs qui les ont fait écrire - et qui les ont fait écrire comme ils l’ont fait. Ce n’est plus un simple concert, c’est plutôt une communion intime avec le génie. » Clara Haskil revient à New York l’année suivante, en 1925, à nouveau grâce à Mme Gélis, puis seule fin 1926 - début 1927, notamment pour un concert avec le chef d’orchestre britannique Leopold Stokowski.

La maison Gaveau lui propose de prendre en charge toute sa carrière à l’unique condition qu’elle ne joue que sur les pianos de la marque. Comme elle n’aime pas ces instruments, elle refuse, malgré les tentatives d’approches réitérées de la marque française qui, ainsi éconduite, finira par renoncer.

Elle rencontre la princesse de Polignac, née Winnaretta Singer, une des dernières grandes mécènes privées du xxe siècle. La princesse reconnaît en elle une grande musicienne et décide de l’aider, non point tant par sa fortune (son avarice est légendaire) qu’en mettant à sa disposition un de ses pianos dans son hôtel particulier de l’avenue Henri-Martin1. Clara peut ainsi venir travailler autant qu’elle le désire et peu à peu se retrouve introduite dans les soirées musicales que donne la princesse en ses salons. L’élite de la création artistique se retrouve chez « Tante Winnie » comme l’appellent les habitués, Clara y rencontre Stravinski, Poulenc, Rubinstein, Horowitz. Mais Clara, qui est d’une timidité maladive, ne profitera jamais de ces rencontres à l’exception de sa rencontre un soir de 1936 avec un jeune pianiste au talent immense, Dinu Lipatti, lui aussi roumain. Instantanément une amitié profonde s’installe entre eux que seule la mort de son ami en 1950 interrompra. En 1938, elle crée pour lui sa symphonie concertante pour deux pianos.

Pendant l’occupation, grâce à sa sœur Jeanne membre de l’Orchestre national de France, elle passe avec les musiciens en zone libre et, d’une manière inespérée, elle est recueillie dans le manoir d’une autre protectrice des arts, la comtesse Lily Pastré. En effet c’est grâce à l’insistance de Youra Guller, une camarade de conservatoire, que Clara est hébergée dans la propriété de la comtesse à Montredon déjà suroccupée par des exilés et des fugitifs.

En 1942, sa santé se dégrade. Elle a de plus en plus de peine à lire, des maux de tête toujours plus violents l’assaillent quasi quotidiennement : on diagnostique une tumeur du nerf optique. On fait venir de Paris un disciple du premier grand neuro-chirurgien qui accepte de ne pas être payé pour son opération et ne demande qu’à être défrayé pour le voyage et les documents pour la zone libre.

L’opération, qui a lieu à Marseille, dure neuf heures sous anesthésie locale ; pendant toute la durée de l’intervention, afin de vérifier que rien de son cerveau n’est touché, Clara Haskil joue sur la table d’opération le concerto « Jeunehomme » de Mozart, « son concerto » comme elle le nomme. Sa convalescence est rapide et étonnante. Pour fêter ce « retour à la vie », on organise un concert pour elle dans les jardins de Montredon.

Comme elle peut être arrêtée à tout moment et qu’une fois déjà elle a pu être libérée d’une rafle organisée par la police française de Vichy, on la presse de se réfugier en Suisse, ce qu’elle refuse. Le même cercle d’amis et d’admirateurs, qui en Suisse s’est occupé de récolter l’argent nécessaire à son opération, s’affaire maintenant pour obtenir les papiers qui lui permettront d’être accueillie dans ce pays qui, dès ses débuts, l’avait reconnue.

Son cercle d’amis la conduit dans le canton de Vaud où elle résidera jusqu’à sa mort. Malgré l’interdiction qui lui est faite de quitter le canton, elle obtient de pouvoir donner quelques concerts en Suisse romande. La fidélité du public suisse lui assurera les maigres revenus dont elle disposera pendant ces années de la fin de la guerre.

Dès la fin de la guerre, elle est invitée partout dans le monde. D’abord en Suisse où elle peut maintenant se déplacer librement et où elle joue à Genève, à Zurich, à La Chaux-de-Fonds et à Ascona, puis en Angleterre où elle enregistre pour la BBC une série de sonates de Scarlatti qui connaissent un grand succès. En 1947, elle enregistre son premier disque commercial pour la firme Decca (encore en 78 tours) : le quatrième concerto de Beethoven avec Carlo Zecchi.

Clara Haskil étant apatride, elle demande et obtient en 1949 la nationalité suisse, ce qui mettra fin à ses problèmes administratifs pour jouer dans certains pays.

Pendant les dix dernières années de sa vie, son agenda est surchargé de concerts et elle peut s’acheter un piano de la marque Steinway.

« La Grande Dame de la Musique », comme on la surnomme maintenant, doit faire face aux exigences d’une carrière qui effraie et épuise de plus jeunes qu’elle. Entre 1957 et 1958, elle frôle la mort par deux fois et est obligée de quitter la vie musicale momentanément.

Charlie Chaplin, qui habitait également Vevey, éprouvait une grande amitié et une grande admiration pour Clara Haskil. Il l’invitait souvent au Manoir de Ban et notamment à chaque Noël où elle se mettait au piano après le dîner. Il déclarait à son sujet : « J’ai connu trois génies dans ma vie : Einstein, Churchill et Clara Haskil. »

En se rendant à Bruxelles en 1960 pour y retrouver Arthur Grumiaux, elle chute dans les escaliers de la gare du Midi, et après avoir été transportée d’hôpitaux en cliniques, elle décède le 7 décembre. Elle est enterrée au Cimetière du Montparnasse à Paris, près de ses deux sœurs.

Le concours international de piano Clara Haskil a été créé en 1963 pour perpétuer le souvenir de la grande pianiste suisse d’origine roumaine. Il se déroule tous les deux ans à Vevey où elle a vécu, où une rue porte son nom et où une statue la représentant a été érigée.

Sources : Wiki et divers (Extraits 2013)