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Affaires judiciaires - Faits divers - Grands procès

GOLDMAN Pierre (1944-1979)

4eme division (1ere ligne)
samedi 14 janvier 2006.
 

Souvenirs obscurs

Pierre Goldman, fils d’un Résistant juif d’origine polonaise, est né à Lyon le 22 juin 1944. Son destin est indissociable de celui de son père, Alter Mojze Goldman né en Pologne le 17 novembre 1909 à Lublin. Il fuit l’antisémitisme ambiant et vient en France.

Mais, il est rapidement déçu par la réalité française, il part alors en Allemagne, mais revient très vite en France pressentant les horreurs à venir. Alter pratique assidûment le basket-ball dans un club d’ouvriers immigrés, le Yask (Yiddische Arbeiter Sporting Klub), qui fournira plus tard aux FTP-MOI (Francs Tireurs Partisans- Main d’Oeuvre Immigrée) leurs plus redoutables combattants.

Il devient alors communiste et militant. Pierre, parti avec sa mère en Pologne est enlevé en 1947 par son père, « désireux que son fils ne soit pas élevé dans un pays antisémite et raciste (sic) ». Il le ramène en France. Pierre sera un révolté toute sa vie.

Depuis l’âge de 12 ans il est en internat. Renvoyé du lycée d’Evreux, il entre en seconde au collège d’Etampes en 1960-61. C’est la période la plus calme et la plus sereine de sa vie. Le seul souvenir qui semble l’avoir marqué pendant cette période, c’est l’éphémère putsch d’Alger en 1961 et qui fit trembler la France sur ses bases.

Pour résumer le cours de sa vie très mouvementée et caractéristique des années 70, il est tour à tour insoumis, militant antifasciste viscéral, mêlé à des guérillas en Amérique du Sud. Cette vie le conduira en France à la délinquance. On trouve son nom associé à des braquages de commerces, notamment de pharmacies.

En 1969, au cours du braquage d’une pharmacie rue Richard Lenoir, deux femmes sont abattues, on pense de suite à lui. Malgré les témoignages douteux et incohérents, il est jugé et au terme d’un procès bâclé, il est condamné à la prison à perpétuité en 1974. Il est rejugé en 1976, suite à une campagne d’opinion très virulente, et reconnu innocent.

Pendant qu’il est en prison, il écrit un pladoyer pour affirmer son innocence « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France » véritable curriculum vitae, dévoilant la profondeur de son personnage.

Il écrit aussi « L’ordinaire mésaventure d’Archibald Rapoport » roman en 1977, cet ouvrage, presque auto biographique, sème le doute sur la personnalité ou les actes de Pierre Golman. Pour certains, c’est l’aveu de la culpabilité de son auteur.

En 1979, il est assassiné devant l’hôpital de la Croix Rouge dans le XIIIeme arrondissement de Paris. Un groupe d’extrême droite mal nommé «  Honneur de la Police » revendique cette action, mais, à ce jour, l’affaire n’a jamais été élucidée.

Il y a beaucoup à dire sur ce personnage, bien des aventures, bien des zones d’ombre, notre but, c’est de présenter un homme hors du commun, sans a priori partisans ou complaisants, simple rappel d’une époque révolue. Une foule énorme,de prés de dix mille personnes , a accompagné sa dépouille au cimetière du Père-Lachaise.

Article du MONDE 5 mars 2011

Crédit photo : Annie_photo (APPL 5-2006)