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Actrices - Metteurs en scène - Arts de l’écran

CAPRI Agnès (1915-1976)

15eme division
mercredi 7 août 2013.
 

Actrice et chanteuse

Sophie Rose Fridmann1, dite Agnès Capri, voit le jour le 15 avril 1907 à L’Arbresle (Rhône).

Décédée le 15 novembre 1976 à Paris 7e.

Actrice, chanteuse, directrice de théâtre, productrice de radio et écrivain.

Agnès Capri est issue d’une famille juive qui a fui la Révolution russe. Adolescente, elle prend d’abord des cours d’art dramatique chez Charles Dullin et Louis Jouvet, et s’initie au chant dès l’âge de seize ans à la célèbre Schola Cantorum.

Imprégnée d’idées révolutionnaires, elle devient membre de l’Association des artistes et écrivains révolutionnaires (AAER) et fréquente à cette occasion Paul Nizan, Louis Aragon,Jacques Prévert et Max Ernst.

Elle se constitue alors un répertoire en puisant dans les textes d’auteurs considérés alors comme des poètes et écrivains sulfureux ou d’avant garde : Jacques Prévert, qu’elle a rencontré au groupe Octobre, Raymond Queneau, Robert Desnos, Paul Éluard, Henri Michaux, Guillaume Apollinaire ou Léon-Paul Fargue. Elle ajoute à son répertoire des textes d’Erik Satie.

Elle rencontre à 22 ans en 1929, Georges Pomiès dont elle tombe amoureuse et dont elle devient une admiratrice farouche (« mais à vingt-deux ans j’avais déjà rencontré Georges Pomiès qui littéralement me foudroya par son regard bleu et sa personnalité étincelante. Ses sœurs l’appelaient Ariel. ».

En février 1936, elle se lance dans la chanson au Bœuf sur le toit, cabaret ouvert à l’initiative de Jean Cocteau, où elle interprète les premières compositions de Jacques Prévert. Le succès est immédiat et le tout Paris se précipite pour écouter cette jeune femme dont la voix et le répertoire sont très vite reconnus.

Dans la foulée, Agnès Capri est programmée à l’ABC. Elle y fera scandale après la guerre pour avoir récité le poème de Jacques Prévert Pater Noster le jour de Pâques ! (Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y !). Elle est soutenue à cette époque par Charles Trenet qui dans les salles où elle se produit, réclame les textes que la direction veut lui supprimer (Adrien de Jacques Prévert, entre autres) ! Elle se produit dans divers théâtres (L’A.B.C., Le Trianon, etc...) avant d’ouvrir, en 1938, son propre lieu, Le Petit Théâtre de nuit (en hommage à Mozart), rue Molière à Paris, qui devient vite le Théâtre Chez Agnès Capri pour ses habitués. C’est dans cet endroit révolutionnaire qu’elle retrouve plusieurs artistes surréalistes et amis de l’A.E.A.R. et du Groupe Octobre comme Jacques Prévert, Michel Vaucaire et Joseph Kosma. C’est à cette époque qu’elle enregistre ses premiers disques chez Le Chant du Monde et chez Columbia.

L’arrivée de la guerre la contraint à fermer Le Petit Théâtre de nuit (elle est d’origine Juive) et faute de pouvoir chanter en zone libre, elle quitte la France pour se réfugier en Algérie où elle présente des spectacles de chansonniers et anime les spectacles de l’Opéra d’Alger (un théâtre). Elle y joue la comédie jusqu’à son retour en France après la libération.

Elle revient à Paris en 1944, et prend en 1945 la direction du Théâtre de la Gaîté-Montparnasse auquel elle donne le nom de Théâtre Agnès Capri. Elle y reste jusqu’en 1949, date à laquelle elle réinstalle son cabaret (Chez Agnès Capri, rue Molière) où se produiront entre autres Germaine Montero dans son répertoire espagnol, Jean Sablon, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Mouloudji, Serge Reggiani, Juliette Greco, Marc Ogeret, Pierre Louki, qui y chante, entre autres, La Môme aux Boutons, Georges Moustaki et les Frères Jacques qui y remportent leurs premiers succès.

La concurrence lui impose hélas en 1958 de fermer son cabaret. En 1958, parait un roman de Nicole Louvier, qui a chanté chez Agnès Capri, intitulé La mort d’un théâtre, dans la collection Les Œuvres libres, éditées par Fayard. Cependant, elle continue jusqu’à sa mort sa carrière de chanteuse et comédienne et enseigne son savoir au théâtre de l’Epée de Bois, devient productrice de radio, continue à enregistrer quelques disques et se met à l’écriture.

Elle fréquente L’Écluse après guerre, puis devient femme de radio créant entre autres la fameuse émission Le Pays de Papouasie durant le mois d’août 1954, récit de voyage improbable, où de sa voix haut perchée, proche de celle de Danielle Darrieux ou de Mireille, elle raconte ses découvertes en y insérant des chansons de Prévert, ses propres chansons, des lectures de poèmes ou d’adaptations de poèmes. Elle contribua beaucoup à la reconnaissance de Jean Tardieu et de François Billetdoux.

Agnès Capri, est aussi auteur de nombreuses chansons (La Grande Opéra, Laisse parler Jacob, Il m’a toujours dit à demain) et peut véritablement être considérée comme l’une des pionnières de la chanson au féminin. Elle fut une des premières interprète de Prévert avec Marianne Oswald.

En 1975, elle publie la première partie de ses mémoires Sept épées de mélancolie qui paraissent chez Julliard, et est reçue à l’occasion par Jacques Chancel pour une Radioscopie spéciale Agnès Capri, où elle revient sur son parcours, ses amours, ses rencontres. La seconde partie devait être consacrée à son parcours artistique depuis l’après guerre.