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Monuments remarquables - Architecture et histoire

DEMIDOFF, Elisabeth Alexandrovna Stroganoff comtesse (1779-1818)

19eme division (1ere ligne)
jeudi 5 janvier 2006.
 

Une légende du Père-Lachaise

Elisabeth Alexandrovna Stroganoff, comtesse Demidoff, est une aristocrate russe née le 5 février 1779.

A seize ans, elle épouse le comte Nicolas Démidoff.

Le couple aura deux enfants : Pavel, né en 1798 et décédé en 1840, et Anatoly né en 1813 et décédé en 1869.

Ce dernier fut créé prince de San Donato.

Nicolas Démidoff entra dans la diplomatie. Le jeune couple s’installa à Paris.

Ils furent d’ardents soutient de la cause de l’Empereur Napoléon. Mais, les tensions et les divisions entre l’Empereur des Français et le tsar Alexandre 1er entraînent le rappel du couple dès 1805.

Le jeune ménage s’installe dans un premier temps en Italie.

Il ne rentra en Russie qu’en 1812, ils s’installèrent alors à Moscou.

Malgré sa sympathie pour Napoléon, le comte Démidoff leva un régiment pour combattre l’invasion de l’armée française.

Il occupa le poste d’ambassadeur de Russie auprès de la cour de Toscane, il construisit la villa San Donato à Florence.

Le Grand Duc Léopold II de Toscane, par décret en date du 23 février 1827, le fait comte de San Donato pour service rendu à la Toscane par la création d’une manufacture de soieries.

Nicolas Démidoff poursuivit l’accroissement de la fortune familiale, il fut batteur d’or et créateur de nombreuses manufactures. Les deux époux avaient des caractères opposés et assez dissemblables, ils étaient très souvent éloignés l’un de l’autre.

Elisabeth s’ennuyait ferme avec son mari. Après la naissance d’Anatoly en 1812, ils se séparèrent. Elle s’en retourna vivre à Paris. Elle y décéda le 27 mars 1818.

Tout d’abord inhumée dans la 39eme division, elle fut transférée dans le gigantesque monument qui surplombe le cimetière du Père-Lachaise.

Du au sculpteur Quaglia sur des plans de Jauret, son tombeau a la forme d’un temple ionique, le socle est décoré d’hermines, de marteaux et de têtes de loups. Le monument est encadré de torchères.

Bien des légendes entourent ce sépulcre, elles font partie du folklore pèrelachaisien, chacun a sa version.

L’origine de ces anecdotes se perd dans la mémoire. Celle qui est la plus retenue : Le visiteur qui réussirait à passer un an dans le tombeau hériterait de la fortune des Démidoff, autrefois propriétaires de mines d’or en Russie. La dernière demande daterait de 1984, les légendes ont la vie dure....

Certains y voient même la présence d’un vampire... En ce qui nous concerne, le seul vampire se baladant au Père-Lachaise, c’est notre percepteur...

Après sa mort :

« Ici reposent les cendres d’Elisabeth Démidoff née Baronne de Strogonoff. Décédée le 8 avril 1818. »

Le gigantesque et somptueux mausolée de la baronne russe Élisabeth Alexandrovna Stroganoff dans la 19e division du cimetière du Père-Lachaise, auquel on parvient par de larges escaliers de pierre, serait, paraît-il, un lieu d’accès direct aux enfers.

Une interview du conservateur du Père Lachaise par Adolphe Brisson, parue dans le journal Le Temps en date du 2 novembre 1896, nous éclaire sur la légende de la princesse russe :

« Elle naquit, voilà quelques années, à la troisième page d’un journal boulevardier. On y racontait, en termes mystérieux, dans le style amphigourique des romans feuilletons, qu’une grande dame moscovite, immensément riche, s’était fait enterrer au Père-Lachaise.

On décrivait son monument, une colonne surmontée d’un dôme polychrome, et sa chapelle dallée de marbre précieux, et son cercueil en cristal de roche. On ajoutait que la princesse avait déposé son testament chez un notaire de Paris et qu’elle léguait la totalité de sa fortune (approximativement deux millions de roubles) à la personne de bonne volonté qui consentirait, pendant 365 jours et 366 nuits, à s’enfermer auprès de son corps dans la solitude du caveau, et à ne s’en éloigner sous aucun prétexte.

La princesse désirait être veillée sans interruption ; elle ne s’opposait pas à ce qu’on fît à côté d’elle plantureuse chère, à ce qu’on lût des livres amusants. Mais il ne fallait point la quitter d’une seconde. Elle mettait cette condition expresse à ses libéralités. »

Adolphe Brisson termine l’article : « Cette fable, renouvelée de Sheherazade, fut reproduite un peu partout en France, en Europe, en Amérique.

Le conservateur a reçu des milliers de lettres lui demandant des renseignements sur la féerique princesse, et s’inquiétant des conditions à remplir pour devenir son héritier. Et l’on continue de lui écrire. »

Note de la rédaction : (APPL 2015)

Cette légende fait suite aussi à un article de presse des années 1880-90, sous la plume de journalistes américains, déclarant après une visite du Père-Lachaise, que cet enclos funèbre dégageait des effluves mystérieuses, se prêtant à toutes les légendes...

A tout hasard, plus de 30 personnes reposent dans ce monumental tombeau, difficile de cohabiter, même pour une année, avec une comtesse mystérieuse...