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Europe - Royaume de Belgique - Liège

Le cimetière de ROBERMONT

Par Chantal Mezen, présidente de l’association "Les cimetières liégeois"
jeudi 5 janvier 2006.
 

le "Père Lachaise liégeois"

Pour beaucoup de Liégeois, Robermont n’évoque que le lieu de leur dernière demeure et ce magnifique cimetière fête ses 200 ans d’existence ce 21 mai 2005. L’histoire nous apprend qu’on ne peut pas dissocier l’histoire du cimetière de celle de l’abbaye qui portait le même nom. A propos du nom, il faut se souvenir que, dans les temps lointains, les lieux se dénommaient souvent par celui de leur propriétaire. En ajoutant la particule « mont » au nom « Robert », on obtient le nom « Robermont ». En 1200, des jeunes filles très pieuses décident de se retirer de la vie publique pour mieux se consacrer à leur foi. Elles s’installent sur des terres du chevalier Wery des Prés pour y construire quelques bâtiments et un petit oratoire. Leur attitude de vie exemplaire va faire l’admiration de la population et surtout des princes-évêques.

Naissance de l’abbaye

Très vite, se fait sentir le besoin de se structurer en ordre religieux. Elles vont opter pour l’ordre de Cîteaux qui reprend les règles primitives de Saint-Benoît, notamment l’austérité et le travail manuel. L’abbaye est née et elle dépend de l’abbaye de Clervaux, celle-ci dépendant elle-même de celle de Cluny. La première abbesse de Robermont fut Béatrix des Prés qui mourut le 11 novembre 1220. La piété des religieuses va susciter des dons très généreux parmi les familles riches de Liège ; l’abbaye va s’agrandir, prospérer pour devenir très florissant pendant de nombreux siècles. Les princes-évêques l’aideront aussi en l’exemptant de taxes sur les terres qui seront défrichées par des frères convers. Qui dit prospérité dit convoitise ; l’abbaye sera à plusieurs reprises la proie de vandales car la solitude des lieux et sa situation sur la route du duché de Limbourg en font une cible facile. La première destruction de l’abbaye en 1467, est due, comme celle de toute la cité de Liège, à Charles le Téméraire. Le monastère est pillé et incendié. Grâce à la prospérité de l’ordre, les religieuses pourront le reconstruire plus grand et plus beau qu’il n’était. Fixons quelques dates fondamentales de l’historique :

-  le 25/12/1792 : invasion des troupes françaises.
-  en mars 1793 : invasion des troupes autrichiennes.
-  le 01/09/1796 : suite à la loi républicaine française, les ordres religieux sont supprimés et la communauté dissoute.
-  le 06/04/1797 : les restes de l’abbaye sont vendus pour 110.000 livres ; le conseil municipal de Liège fait soustraire le verger des enchères pour l’utiliser comme cimetière.

Il faut savoir qu’en 1784 déjà, Joseph II d’Autriche interdit d’inhumer dans les églises et les villes mais cette décision est mal perçue et n’est pas appliquée. En cette fin du XVIIIe siècle, les villes se développent ; différentes épidémies ont sévi et force est de constater que les inhumations dans les églises et à l’intérieur des villes ne servent pas la prévention des maladies. Il faut attendre le 12 juin 1804 pour qu’un décret de Napoléon décide :

-  d’interdire d’inhumer dans les églises et les cités.
-  que les cimetières devront être distants d’au moins 40 mètres à l’extérieur des remparts des villes.
-  que les cimetières devront se situer sur des terrains élevés, battus des vents, si possible au nord, et être clos de murs de 2 mètres de haut.
-  que des plantations y seront introduites en vue d’assécher le terrain.
-  que les fosses ne pourront être reprises qu’après un délai minimum de 5 ans.
-  que les cimetières désaffectés resteront en l’état pendant au moins 5 ans, tout en restant accessibles à la population.

Eléments novateurs dans le décret de Napoléon « Il pourra y être fait des concessions de terrain aux personnes qui désireront y posséder une place distincte et séparée pour y fonder leur sépulture et celle de leur famille et y construire des caveaux, monuments ou sculptures. Les concessions ne seront néanmoins accordées qu’à ceux qui offriront des donations en faveur des pauvres et des hospices, indépendamment d’une somme qui sera donnée à la commune. » L’idée et tout à fait novatrice pour l’époque. Les familles vont donc rivaliser d’importance, vont tenter de montrer leur appartenance philosophique, leur profession, leur richesse, à travers l’architecture et la sculpture funéraires. Ce décret va faire naître dans toute l’Europe des cimetières parcs-jardins monumentaux du XIXe siècle. Quand ce décret est publié, le Ville de Liège est prête puisqu’en 1797, elle avait conservé le jardin de l’abbaye pour en faire un cimetière. Création du cimetière C’est à partir du 21 mai 1805 que le cimetière de Robermont entrera officiellement en fonction et accueillera ses premiers occupants ; il a donc 200 ans. Dès le 27 janvier 1810, la Ville décide déjà un premier agrandisse-ment, ce qu’elle ne cessera de poursuivre pour arriver, 200 ans plus tard, à 44 ha. Les développements de 1824 et de 1836 provoquent un conflit avec les autorités militaires en raison de la proximité du fort de la Chartreuse. Le 10 mars 1825, est rédigé le premier et donc le plus ancien règle-ment des sépultures de la Ville de Liège. En 1839, est construite l’enceinte le long de la grand-route et l’entrée principale que tout le monde connaît, en remplacement de l’accès antérieur, si-tué une centaine plus bas sur la même route. Au milieu du XIXe siècle, il existait des entrées et des parcelles différentes selon la religion du défunt. En 1874, les haies de séparation entre les différentes confessions sont supprimées et les défunts enterrés les uns à la suite des autres, sans distinction de religion. Cette décision est prise par le gouvernement de FRERE-ORBAN qui enlève aux fabriques d’église leurs prérogatives pour les confier désormais aux municipalités Classement du cimetière En septembre 2002, après plus d’un an d’efforts et de démarches, j’ai enfin pu obtenir son classement par la Région wallonne.

Marie Louise de BEAUVOIR

Le déclin de la région liégeoise, la situation économique difficile dont elle ne parvient pas totalement à s’extraire, sa perte d’influence politique ont trop tendance aujourd’hui à occulter et même à enfouir très loin dans la mémoire collective, le rôle important qu’elle tint durant un millénaire. Liège fut en effet la capitale réputée d’une principauté ecclésiastique riche et florissante, elle-même partie essentielle d’une mosaïque d’états regroupés sous le nom de Saint Empire Romain Germanique. Ce n’est pas être passéiste que de s’en souvenir et de le rappeler. Comme de rappeler aussi que Liège donna naissance à bon nombre de personnalités renommées de la vie politique, économique, sociale et culturelle de leur temps ; qu’elle en attira d’autres qui vécurent et quelquefois moururent sur son sol. La souvenance de certaines d’entre elles n’a pas résisté au temps ; on a oublié jusqu’à leur existence passée. D’autres ont bénéficié d’une meilleure gratitude ; leur nom a été donné à telle artère, à telle place publique ou bien encore à telle institution publique. On cite encore leur patronyme mais sans toujours savoir ce qui leur a valu la célébrité et la reconnaissance des générations suivantes. Marie-Louise Beffroy de Beauvoir en est un bel exemple. Elle vécut la plus grande partie de son existence (1776 - 1855) durant la première moitié du XIXème siècle et dut attendre jusqu’en 1975 pour recevoir cet hommage posthume. C’est cette année-là en effet que la Ville de Liège décida d’attribuer son nom à l’institut communal d’enseignement secondaire installé rue sainte-Marguerite dans l’immeuble où elle vécut de 1819 à 1855, y dirigeant une maison d’éducation pour demoiselles selon des méthodes résolument modernes pour l’époque et qu’elle avait importées de France. Recrutant elle-même des professeurs, hommes et femmes, dont aucun n’appartenait à une congrégation religieuse si ce ne sont les enseignants des religions catholique et protestante, elle inaugurait une politique d’enseignement radicalement différente des habitudes locales de l’époque.

Sous sa direction, ce sont des laïques retenus pour leurs qualités intellectuelles et pédagogiques qui dispensaient aux jeunes filles, élèves de son institution privée, une éducation et une instruction qu’on qualifierait aujourd’hui "de pointe". La réputation de l’établissement dépassa rapidement les limites de la ville de Liège et bien des élèves et des professeurs vinrent de régions parfois fort éloignées. L’enseignement était payant et dès lors réservé aux jeunes filles issues de familles de notables et de bourgeois aisés. Ce n’est heureusement plus le cas depuis bien des années ; l’Institut communal d’enseignement secondaire "de Beauvoir" est une école publique, officielle et gratuite.

« de Beauvoir » De nos jours, il faut bien reconnaître que c’est surtout à l’auteur Simone de Beauvoir que l’on songe lorsqu’on évoque le patronyme "de Beauvoir". L’influence culturelle française, la renommée de cette ardente défenderesse de la cause féministe en décident ainsi. Plus d’un siècle avant, Marie-Louise de Beauvoir, de nationalité française et enseignante comme la précédente mais dans des registres bien différents, a, elle aussi, œuvré à améliorer la condition des femmes de son époque en leur permettant de recevoir une éducation et une instruction bien en avance sur celles de leur temps. L’une et l’autre sont encore issues de milieux aisés mais là s’arrête sans doute la similitude, car aucun lien généalogique ne semble les unir. Simone vient au monde à Paris dans une famille d’origine bourguignonne, tandis que celle de Marie-Louise provient du Nord de la France.