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GOURMONT Rémy de (1858-1915)

10eme division (4eme ligne, Y, 22)
mercredi 21 décembre 2005.
 

Sixtine, roman de la vie cérébrale...

Rémy de Gourmont est né au Manoir de la Motte à Bazoches-au-Houlme prés d’Argentan dans l’Orne le 4 avril 1858. Il est issu d’une vieille famille originaire du Cotentin.

Une de ses branches s’est établie à Paris dès le XVIeme siècle pour y fonder une des premières maisons d’édition qui publie des livres, mais surtout de nombreuses gravures et estampes.

Il est le fils du comte Auguste-Marie de Gourmont et de la comtesse, née Mathilde de Montfort. La famille s’installe au manoir du Mesnil-Villeman, prés de Villedieu dans la Manche. Le jeune Rémy est interne au lycée de Coutances de 1868 à 1876. C’est un très bon élève, proche de l’excellence, mais on lui trouve trop d’imagination.

Il s’installe 46 rue l’Ecuyère à Caen en 1876. Il entreprend alors des études de droit. Il obtient son diplôme de bachelier en droit, et s’installe à Paris. Au mois de novembre 1881, il obtient un emploi d’attaché à la Bibliothèque Nationale.

Il collabore à des périodiques catholiques tels Le Monde ou Le Contemporain. Il publie divers ouvrages de vulgarisation historique entre 1882 et 1886. Mais, c’est avec un roman, Merlette (1886), dont l’action est situées dans le pays de son enfance, entre Villedieu et Avranches, qu’il fait réellement ses débuts littéraires.

L’ouvrage ne recueille qu’indifférence. Cette même année 1886, Rémy de Gourmont découvre les nouvelles recherches esthétiques de son temps à travers la revue La Vogue de Gustave Kahn. Jusqu’à là, il s’est surtout intéressé à l’histoire et à la littérature ancienne.

Il rencontre Berthe de Courrière, modèle et légataire universelle du sculpteur Auguste Clésinger sur qui elle commande une étude au jeune auteur qui ne tarde pas à devenir son amant. Elle lui inspire des lettres pleines de passion qui seront publiées à titre posthume sous le titre Lettres à Sixtine (1921).

Elles sont rédigées au cours de l’année 1887. Rémy de Gourmont s’installe chez elle, rue des Saints Pères et y vit jusqu’à sa mort. Elle sera toujours dévouée à Rémy de Gourmont. Elle est l’inspiratrice du roman Sixtine (1890), qui est l’accord parfait avec la sensibilité du temps. Ce roman est dédié à Villiers de l’Isle Adam, qu’il a rencontré à la Bibliothèque Nationale et qui est devenu son ami.

Il se lie, à cette époque, avec Joris-Karl Huysmans, à qui il dédie son Latin Mystique (1892). Il s’inspire de Berthe de Courrière dans son roman Là-Bas, il fréquente les lundis de Stéphane Mallarmé, rue de Rome. En 1889, il fonde en compagnie de Alfred Vallette, Louis Dumur, Ernest Raynaud, Jules Renard, Le Mercure de France, auquel il collabore pendant vingt-cinq ans.

Le nom de Gourmont reste profondément lié à la personnalité de la revue. En avril 1891, un article intitulé Le Joujou Patriotique, souligne les affinités artistiques et culturelles profondes communes entre la France et l’Allemagne devant amener un rapprochement des deux nations, mais contrariées par des passions nationalistes. L’article suscite une profonde polémique, il est révoqué de la Bibliothèque Nationale, la plupart des colonnes de la grande presse lui sont fermées.

Mais, vers cette époque, Rémy de Gourmont est atteint d’une variété de lupus dont la progression ne peut être ralentie que par des cautérisations très douloureuses, qui le défigurent et donnent à son visage un aspect repoussant.

Dès lors, il reste confiné chez lui. Il ne consent à sortir que pour se rendre au Mercure de France. Une fois par an, il s’accorde quelques brèves vacances à Coutances. Désormais, il se réfugie dans la rédaction de ses livres. Il publie, quasiment que pour le Mercure de France, une œuvre diverse, vaste et puissante, composée de recueils de poésie, d’essais et de romans.

En 1910, il rencontre Nathalie Clifford Barney. Elle lui inspire une vive passion qui se retrouve et s’exhale dans Les Lettres à l’Amazone, publiées en 1914. Grâce à elle, il accepte de sortir à nouveau et fait même un voyage limité en Normandie.

Mais l’ataxie locomotrice dont il est atteint depuis plusieurs années mine encore plus sa santé. La déclaration de la guerre en 1914 le plonge dans un profond abattement. La plupart de ses amis sont mobilisés et partis pour le front. Le Mercure de France est fermé pendant un an.

Sa maladie empire, il ne peut presque plus marcher. Il publie ses derniers articles dans La France et la Dépêche de Toulouse.

Le 27 septembre 1915, il meurt d’une congestion cérébrale. Il est inhumé au Père-Lachaise dans la sépulture de Clésinger.

Berthe de Courrière hérite de tous les manuscrits et de la bibliothèque de l’écrivain. Elle transmet son héritage à Jean de Gourmont, frère de l’écrivain lors de son décès moins d’un an plus tard. Celui-ci n’aura de cesse pendant dix années de publier de nombreux inédits.