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BAUDRY Stanislas (1780-1830)

37ème division (1ere ligne, R, 34)
mardi 30 août 2005.
 
En février 1830, Stanislas Baudry se tire une balle dans la tête avant de basculer dans le canal Saint-Martin. Le drame a lieu quai de Jemmapes, devant les écuries de l’Entreprise Générale de l’Omnibus, compagnie dont il est le directeur. Triste fin pour l’inventeur du premier réseau urbain de transports en commun...

Créateur des omnibus

Stanislas Baudry est né en Loire Atlantique en 1780. Il entame des études de médecine qu’il délaisse bientôt pour s’engager dans l’armée. Pendant la Restauration, alors qu’il se retrouve colonel en demi solde à Nantes, il achète une minoterie dans le quartier de Richebourg. Il y utilise la première machine à vapeur de la région. Cette machine produisant un grand volume d’eau chaude, il a l’idée d’ouvrir un établissement de bains tout à côté. Malheureusement, ces bains ne rencontrent pas le succès escompté. Serait-ce dû à l’éloignement du centre ville ? Qu’à cela ne tienne, Baudry crée le 10 août 1826 un service de voitures publiques reliant le centre de Nantes à Richebourg. Ces voitures prennent très rapidement le nom d’omnibus (cf. encadré). Permettant le transport de seize passagers, elles sont toujours pleines mais les bains, eux, demeurent désespérément vides. Il ne faudra pas longtemps à Baudry pour changer son fusil d’épaule : il ferme minoteries et bains pour se consacrer tout entier aux transports en commun. Le 30 janvier 1828, le préfet de police Debelleyme donne l’autorisation à Baudry d’ouvrir plusieurs lignes d’omnibus à Paris. L’autorisation avait été sollicitée quelques mois plus tôt mais systématiquement rejetée par les prédécesseurs de Debelleyme car l’on craignait que les lourdes voitures (tirées par trois chevaux de front) n’encombrent les rues étroites - prè-haussmanniennes - de la capitale.

Le 11 avril 1828, l’Entreprise Générale de l’Omnibus de Baudry met en service dix lignes à travers Paris, bientôt imitée par d’autres compagnies telles que les Dames Blanches, les Favorites ou les Citadines... Le succès est immédiat pour d’évidentes raisons économiques, le prix de la course étant fixé à 25c quel que soit la longueur du trajet. Si les classes aisées aiment à s’encanailler en prenant l’omnibus, ce moyen de transports reste d’abord destiné aux classes laborieuses comme l’a bien précisé Baudry dans sa demande de concession. L’omnibus fera bientôt des émules à travers le monde, en commençant par Londres et New York.

Malheureusement, victime de la concurrence (en 1830, 10 compagnies administrent 40 lignes à Paris), d’une gestion pas toujours heureuse de son capital et du terrible hiver 1829 qui fait grimper le prix du fourrage et tue les chevaux par centaines, Baudry se retrouve brutalement ruiné. Quelques jours avant de se suicider, il rédige son testament, destiné à être lu à ses associés : « ... une fatalité épouvantable s’est attachée à cette malheureuse affaire, et j’ai le chagrin, l’indicible tourment après m’être ruiné d’avoir compromis la fortune de plusieurs de mes amis. Je leur en demande pardon, mille fois pardon et je les prie même de croire que je ne pensais jamais faire une chose hasardeuse... »

Sa pierre tombale, où figurent ces quelques mots « Stanislas Baudry, inventeur de l’omnibus en 1827 », conformément aux dernières volontés du défunt, se trouve dans la 37e division.

Notes et recherches sur Stanislas Baudry

Le point de départ de ces recherches est cet article du Journal de Paris, citant un certain Baudry, parmi les gardes nationaux de Nantes qui ont participé à la défense de Châteauneuf et d’Orléans contre les cosaques en février 1814.

Journal de Paris du 5 mars 1814

Extrait d’une lettre de M. Baudry, chef du 1er bataillon de la garde nationale mobile de Loire-Inférieure.

Orléans, 20 février 1814

Monsieur le préfet, je profite du premier moment de repos que nous laissent les circonstances pour vous informer de l’affaire où une partie de nos gardes nationales s’est trouvée engagée. Environ 600 de nos hommes étaient partis le 12 du courant sous la conduite de M. Guillemin, notre major, et se portaient sur Montargis. Arrivés à Châteauneuf, ils ont été attaqués par les cosaques. L’affaire s’est engagée, nos troupes ont fait bonne contenance, et secondées par le 15° de chasseurs et quelques cavaliers, elles sont parvenues à repousser les ennemis, et cela sans aucune perte ; à peine monte-t-elle à trois hommes ; encore sommes-nous incertains s’ils sont égarés ou s’ils sont morts. Leur résistance est d’autant plus digne d’éloges, qu’ils avaient pour la plupart des armes de chasse sans baïonnettes.

M. Baudry joint à cette lettre la copie de celle que M. le maire d’Orléans a écrite à M. Guillemin, qui commande nos gardes nationaux.

Orléans, 20 février, 1814.

Le baron maire d’Orléans, officier de la légion d’honneur, à M. Guillemin, major du 26° régiment.

M. le major, Interprète des sentiments de tous les habitants de cette ville, je vous prie de recevoir l’expression que j’ai l’honneur de vous adresser de la reconnaissance qu’ils vous doivent pour le courage avec lequel vous avez défendu leurs foyers, leurs propriétés, leurs personnes contre l’invasion des ennemis. Je vous prie, M. le major, de vouloir bien exprimer à tous les officiers et soldats de votre estimable corps, combien nous apprécions le bonheur dont nous sommes redevables à leur bravoure. J’ai l’honneur, etc.

Signé Crignon Desormaux


Les archives nationales m’en apprennent un peu plus sur lui... Pendant les Cent-Jours, il reçoit la légion d’honneur, bien sûr elle est annulée au retour du roi.

Aux AN, dans le fichier papier, de nombreuses références sur lui dans le procès Berton (je n’ai pas regardé). Par ailleurs, j’ai vu qu’il avait aussi participé aussi à la défense de Compiègne. (On doit m’envoyer la copie d’un article paru en 1943 sur lui)

F/9/557

Garde nationale Loire-inférieure

Contrôle des officiers :

7° cohorte Chef de cohorte M. Baudry Stanislas, 35 ans, domicilié à Nantes, 2 enfants, fortune 6000, a servi comme officier bonne moralité


AN Microfilm 210 Baudry (Stanislas) Ancien chef de bataillon de la garde nationale de Nantes, nommé chevalier de la Légion d’honneur. 2 mai 1815

Roger-Henri Guerrand, « De l’omnibus à l’autobus », in L’Histoire, 1985, p. 60

Né à Vieillevigne, commune rurale de la Loire Inférieure en 1777, fils d’un officier de santé, cet ardent jeune homme - il s’engagea très jeune dans la « Légion nantaise » - ne semble pas avoir fait des études médicales très poussées bien que son dossier militaire le donne comme chirurgien de 3° classe (1). On a présenté Stanislas Baudry comme un fervent partisan de Napoléon mais dès le 10 avril 1814, il écrit au nouveau ministre de la guerre - le comte Dupont de l’Etang - pour l’assurer de son adhésion aux actes du gouvernement provisoire. (...) Il commande à ce moment le 1er bataillon de la garde nationale de la Loire Inférieure, une fonction guère compatible avec celle de médecin.

(1). Ce dossier est conservé [à Vincennes]. Très lacunaire, il ne contient aucune pièce attestant d’une activité suivie dans l’armée impériale.


Vincennes Officier de santé 3 Y G 3Y62134


Le Livre noir de messieurs Delavau et Franquet, ou répertoire alphabétique de la police politique sous le ministère déplorable, Tome 1er, p. 17, Paris 1829 (sur google livres)

Alix

1re div. 1er bureau, n° 66,288 28 mars 1822

Parmi les papiers de l’ex-colonel Alix, présentement détenu à Nantes, se trouve une espèce de journal, où il inscrivait jour par jour les personnes qu’il voyait, et avec lesquelles il paraît avoir été en relation.

Je transmets à M. le chef de la police centrale une copie de ce journal. Il voudra bien prendre des renseignements sur les personnes qui y sont désignées, et sur les rapports qu’elles peuvent avoir avec le colonel Alix.

Le sieur Baudry, que l’on a tout lieu de croire négociant domicilié à Nantes, y est plus particulièrement désigné, et l’on présume qu’il aura fait un voyage à Paris. Il importe de vérifier ce fait.

(Le préfet de police)

(...) 1re div. 1er bureau, n° 66,288 21 avril 1822

Réponse. - Il résulte de l’ensemble des renseignements pris en conséquence de la note ci-dessus, que le sieur Baudry Stanislas, âgé de 43 ans, propriétaire domicilié à Nantes, a logé rue Montesquieu, n° 5, du 2 au 13 février dernier. Les gens de cet hôtel assurent ne l’avoir point revu depuis cette époque, et, ce qui porte à croire que Baudry n’est point maintenant à Paris, c’est qu’il a coutume de loger dans ce même hôtel depuis plus de trois ans.____________________________________

BnF, Tolbiac

MFICHE 8-FM-170

Requête présentée par dame Eléonore Gilbert de Pontchateau, épouse du sieur Baudry, propriétaire, domicilié de Nantes, à Messieurs les président et juges composant la Cour d’assises du département de la Loire-Inférieure [qui a mis en accusation le 13 mai 1832 son mari - contumax - soupçonné d’avoir participé à un complot, auquel la requérante affirme qu’il n’a pu prendre part]

Nantes, s.d., 15 pages.

Les premiers omnibus parisiens

D’où vient le nom omnibus ? A Nantes, les voitures de Baudry partaient de la place du Port-au-Vin (actuelle place du Commerce) devant la boutique d’un chapelier nommé Omnes dont le slogan était Omnes Omnibus - Omnes pour tous. Les usagers prirent rapidement l’habitude d’appeler les voitures du nom de cet arrêt. Le terme fut officiellement adopté par Baudry en 1827.