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Reporters photographes - Grands reporters - Journalistes photos

DOLEGA Lucas (1978-2011)

44eme division
vendredi 11 novembre 2011.
 

Reporter photographe

victime de la révolution du jasmin

Lucas von Zabiensky Mebrouk Dolega voit le 19 aout 1978

Décédé le 17 janvier 2011

Adolescent, Lucas partage sa vie entre l’Allemagne maternelle, le Maroc paternel et la France. Il parle et écrit plusieurs langues, n’aime pas trop l’autorité et la discipline scolaire trop rigide à son goût, il cherche sa voie. En 1998, alors en fac de lettres, Lucas, qui pense s’orienter vers le journalisme, découvre la photographie. C’est avec le vieil appareil de sa mère que Lucas réalise ses premiers clichés.

Et c’est comme un déclic, à partir de là il sait ce qu’il sera : un reporter, reporter photographe. En stage au Département de Photographie du Centre Jean Verdier à Paris, il s’exerce, apprend la pellicule, la couleur, le noir et blanc ; le développement et le tirage dans l’obscurité des labos.

En 1999, il devient l’assistant d’un grand reporter, un premier pied dans le monde des « pros », puis il étudie le journalisme au CFPJ et par la suite, intègre le Nouvel Obs, mais à son grand dam, en tant que rédacteur. Très vite il proposera des sujets texte et photos à sa rédaction, pour finir par ne plus leur fournir que des photographies.

En 2002, il réalise son rêve et part en Israël et en Palestine. Parallèlement, il voyage aux États-Unis, en Europe et en Afrique du nord, se penchant sur des histoires à caractère social, ici il documente la vie des enfants des rues, là l’immigration clandestine, enfin la séropositivité.

En 2005, Lucas voyage en Colombie, il couvre le Bogotrax, premier festival de musique électronique d’Amérique Latine. Là, il trouve ce qu’il cherchait - un peu d’aventure certes, mais il découvre surtout l’humain qu’il met en valeur, l’homme et ce qu’il a de plus intime, ses émotions. Dès lors il cherchera plus que jamais à dénoncer l’ignorance, le mépris, l’injustice. Il est là pour donner une voix à ceux qui n’en ont plus.

En 2006, Lucas a 28 ans, il fouille l’histoire de ses ancêtres polonais et découvre qu’au 14ème siècle, ses aïeux se faisaient appeler Dolega. Séduit par le patronyme, il en fera sa signature.

Lucas pour le prénom, Mebrouk Von Zabiensky pour le nom, Dolega pour la signature.

La même année, il intègre les agences EPA et EFE. A présent il est enfin photoreporter à plein temps. Il suit l’actualité, couvre le news, toujours avec ce sourire éclatant aux lèvres.

La passion des débuts pour l’aventure, les limites sans cesse repoussées et le goût du danger se sont rapidement mués en combat permanent. Il veut immortaliser les conflits. En 2008, il est au Nord Kivu, (Congo) ravagé par une guerre civile et une épidémie de choléra. En 2010 c’est à Bangkok que sa passion l’amène, pour la rébellion des chemises rouges. Toujours en lui cette volonté de témoigner, de dénoncer.

Aussi, est-ce tout naturellement qu’en janvier 2011 il s’envole pour la Tunisie, où le président Ben Ali vit ses dernières heures. Lucas n’a jamais eu l’intention de mourir, et pourtant, il a vécu intensément chaque moment de sa vie, comme si c’était le dernier.

Pour Lucas Dolega, la photographie de reportage n’était pas un métier, c’était sa vie. Le 17 janvier 2011, émeutes dans les rue de Tunis, Lucas succombe à sa passion. C’est ce qu’on appellera quelques jours plus tard la Révolution du Jasmin. Il a 32 ans.

Le site dédié à Lucas Doléga

Textes et remerciements à Nathalie Donnadieu - Corentin Fohlen

Crédit photo : Corentin Fohlen/Association Lucas Doléga