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Journalisme - Edition - Patron de presse

VILLEMESSANT Hippolyte de (1810-1879)

dimanche 24 octobre 2010.
 

Journaliste, créateur du FIGARO

Jean Hippolyte Auguste Delaunay de Villemessant, voit le jour le 22 avril 1810 à Rouen et mort le 2 avril 1879 à Monte-Carlo.

Journaliste français et patron de journaux dont Le Figaro.

Un petit bourgeois plein de « volonté » et d’« ambition » Fils du colonel Pierre Cartier et d’Augustine Louise Renée Françoise de Launay de Villemessant, Hippolyte de Villemessant débute sa carrière comme commerçant de rubans. Après la faillite de son affaire, il part s’installer comme inspecteur d’assurances à Tours, puis à Nantes.

Installé en 1839 à Paris, il lance un hebdomadaire de modes, de littérature, de théâtre et de musique intitulé La Sylphide, qui est imprégné du parfum de ses soutiens publicitaires. En 1841, il crée Le Miroir des dames, qui coule au bout de deux ans. En 1844, La Sylphide connaît le même destin.

En mai 1848, il récidive avec Le Lampion, qui dure trois mois. Le journal est renommé La Bouche de fer et vaut à son auteur une incarcération à la prison de Mazas. En 1850, il lance La Chronique de Paris remplacée, après sa suppression, par La Chronique de France.

« Ce que j’avais voulu faire en fondant le Figaro, c’était créer un journal nouveau, essentiellement parisien, bien vivant, dans lequel serait accueilli toute nouvelle, toute polémique propre à lui infuser le mouvement qui manquait aux autres. »

Telle était l’inspiration d’Hippolyte de Villemessant lorsqu’il ressuscite, le 2 avril 1854, pour la dixième fois Le Figaro sous forme hebdomadaire : « Il avait fait deux fois faillite. Cela peut arriver aux plus honnêtes. Il n’avait plus à choisir qu’entre le suicide et la police correctionnelle. Il en était à cette minute de suprême angoisse où l’homme, qui se sent perdu, risque tout, même un crime. Il risqua plus qu’un crime, il risqua Le Figaro. » disait Octave Mirbeau.

Il s’entoure de rédacteurs talentueux comme Eugène Caplas et innove : il crée des rubriques permanentes, dans lesquelles les lecteurs se retrouvent, et insère des brèves, une rubrique nécrologique et un courrier des lecteurs. Il est aussi l’instigateur de la rubrique « Échos », qui fait le succès du journal, avec force calembours, anecdotes, indiscrétions et potins qui donnent aux lecteurs l’impression d’appartenir à un public de privilégiés mis dans la confidence.

Il fit également du Figaro, le premier journal français à annoncer des cadeaux ou faveurs pour tout nouvel abonnement. Il émet alors à ses débuts des bulletins d’abonnement, dans les cafés, cercles, hôtels, restaurants, jusqu’aux bains et chez les dentistes, engageant le souscripteur à ne payer son service qu’à la fin de l’année. Ces abonnements s’appuient sur un principe commerciale aujourd’hui simple : faire croire à l’abonné que la souscription ne coûte (presque) rien. Afin d’asseoir le grand frère du Figaro, L’Evènement, un quotidien littéraire crée en novembre 1865 par Villemessant en personne, durant l’hiver 1866, Villemessant adressa à tout nouvel abonné, dans une corbeille de carton enjolivée, une douzaine de mandarines, fruits alors rares et chers.

En 1857, il lance le journal de modes La Gazette rose. En 1863, il lance L’Autographe. L’année suivante, il lance Le Grand journal. En novembre 1868, il lance le quotidien littéraire Le Diable à quatre.

Son ancien ami Henri Rochefort, parodiant la devise des de Rohan lui attribuait la suivante : « Honnête ne peux, Probe ne veut, Vil me sens ! ».

Du 28 février au 4 mars 1871, la parution du Figaro est interrompue durant l’occupation de Paris par les troupes prussiennes. Le 30 mars 1871, la Commune supprime aussi le journal qui ne reparaîtra qu’avec le retour de Thiers.

Menacé d’abolition pour avoir dérogé aux lois en vigueur en matière de presse, Le Figaro publie, dans son édition du 23 mars 1856 en première page, une sollicitation de demande de grâce, destinée au prince impérial et héritier de Louis Napoléon III, tout juste âgé de sept jours. La tournure fit sensation et plût à sa majesté l’empereur qui leva les condamnations contre la publication.

Jusqu’au milieu des années 1870 durant lesquelles Le Figaro se mua en quotidien sage, sérieux et de qualité, parce que bousculé par des journaux à bon marché qui firent dans l’évènement de bas étage et le sensationnel populaire. Le quotidien, fit beaucoup de mal pour le pouvoir en place, celui de Louis Napoléon III, en affrontant les autorités et se moquant du pouvoir jusqu’aux limites les plus extrêmes, concrétisant avec fidélité sa devise : « Loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là, me moquant des sots, bravant les méchants, je me hâte de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

En octobre 1874, il est invité par son ami Jean-Baptiste Daloz à une partie de chasse dans son domaine du Touquet. Émerveillé par le décor qu’il qualifie d’« Arcachon du Nord », il donne l’idée au propriétaire de lotir une partie de son domaine, d’en faire une station balnéaire et de lui donner le nom de « Paris-Plage ». C’est ainsi qu’en 1882, Jean-Baptiste Daloz crée le premier lotissement (partie du Touquet aujourd’hui à l’ouest du boulevard Daloz).

En 1875, Hippolyte de Villemessant cède la direction du journal à Francis Magnard.

Le 17 avril 1879, Le Figaro paraît encadré de noir : Hippolyte de Villemessant a été inhumé la veille au cimetière d’Auteuil. De nombreuses personnes se rendent à ses funérailles. Des écrivains comme Alphonse Daudet et Gustave Flaubert laissent un témoignage de la perte alors ressentie par le monde littéraire et politique.