Navigation







Seconde Guerre Mondiale - 2eme DB Division LECLERC

ZAGRODZKI Michel - ZAGRODZKI Jean-Armand (Morts pour la France 1944)

55eme division (derrière monument Thiers)
mercredi 1er septembre 2010.
 

Deux frères dans la Seconde Guerre mondiale

Parfois, lors de mes promenades commentées au cimetière du Père Lachaise, des visiteurs me demandent si je connais untel et où il est ? Il s’agit, la plupart du temps, de familles anonymes mais qui ont parfois des histoires à nous raconter.

Ce fut le cas en Juillet dernier (2010). Un monsieur d’Alençon me demande via un e-mail de lui indiquer l’emplacement de la sépulture de deux frères, Michel et Jean-Armand ZAGRODZKI sur laquelle il souhaite se recueillir après la visite. Je réponds à ce monsieur de mettre tout en œuvre pour exhausser son souhait.

Le jour de la visite j’ai le plaisir d’indiquer à ce monsieur l’emplacement du caveau familial où reposent les deux frères. Il tient à ce que je l’accompagne et me révèle une histoire émouvante de deux frères Morts pour la France.

Les propos ci-dessous ont été recueillis auprès de Monsieur Jacques Garcin Président de l’Association départementale « Mémoire de la Résistance » et qui cherchaient depuis des années (et en vain) la tombe des frères ZAGRODZKI.

Dans le département de la Sarthe, il y a une petite commune d’environ 700 âmes qui se nomme Mézières-sur-Ponthouin. Cette commune a la particularité d’être la première commune de France libérée par la 2ème DB du général Leclerc se rendant sur Paris. Sur cette petite commune il y a eu des pertes humaines avec en tout premier lieu le charismatique Lieutenant Michel ZAGRODZKI, chef de peloton de 5 chars au 4ème escadron Hargous du 12ème Régiment de Chasseurs d’Afrique.

Le lieutenant ZAGRODZKI était à bord du char « Bordelais » dont le nom figure sur le char monument exposé à Mézières-sur-Ponthouin. Le 10 août 1944, il a été fauché par une rafale ennemie en évacuant le char «  Bordelais » qui venait d’être touché par des obus anti-chars aux Sablons.

5 chars auraient été détruits dont un par une erreur de l’aviation américaine !

Le remplacement se fera très vite. Ils sont perçus le 15 août 1944 à 22h00. Ce sont 4 chars à canon de 76 mm long qui seront baptisés : « Lt ZAGRODZKI » « S/Lt d’ARCANGUES » (tous deux chefs de peloton tués le 10 août 1944) « Bordelais II » et « Armagnac II ». C’est après que l’Aspirant Jean Armand ZAGRODZKI sollicitera l’honneur d’être muté au peloton de son frère disparu.

Le 19 août 1944, l’Aspirant Jean Armand ZAGRODZKI, frère du Lieutenant est affecté à l’unité et prend le commandement du peloton de son frère sur le char « Lt ZAGRODZKI ».

-   20 août 1944 : patrouilles, pas d’engagement
-   21 août 1944 : départ à 11h30, arrivée à St-Christophe-le-Jajolet (61-Orne) à 16h00
-   23 août 1944 : départ à 11h30 sur St Cyr - itinéraire : Sées (61), Mortagne (61), Igny (91), Rambouillet (78) ; bivouac dans le forêt de Rambouillet : il pleut
-   24 août 1944 : départ à 9h00, direction Pont de Sèvres.

A Jouy-en-Josas quelques coups de feu. L’infanterie passe en tête et progresse difficilement. Au carrefour de la Route de Versailles-Petit Jouy, feu nourri d’armes automatiques ; ce secteur est neutralisé par l’infanterie et les chars.

Progression lente sur 800 mètres. Vers 14h00 les chars du 4ème Escadron/1er peloton : « Lt ZAGRODZKI » ; « Médoc » ; «  Béarn » et « Toulouse » précédés d’une section d’infanterie à pied, traversent Jouy-en-Josas et se portent vers le carrefour Route de Versailles-Choisy-le-Roi. A 200 mètres du carrefour, l’Aspirant ZAGRODZKI à bord du « Lt ZAGRODZKI » détruit une pièce ennemie.

La progression continue, mais à 20h au carrefour le char «  Lt ZAGRODZKI » est pris sous le feu. La tourelle est criblée d’impacts d’obus (on en recensera 42 !). Le pilote fait vite marche arrière. L’Aspirant ZAGRODZKI qui avait le buste hors de la tourelle lors de la progression est touché par un obus qui lui érafle la tempe droite. L’équipage sort son chef de l’habitacle. Il vit encore mais ne peut parler.

C’est maintenant grâce à un autre témoignage que nous allons suivre le calvaire du jeune Aspirant ; c’est celui d’une infirmière de la Croix Rouge, Mlle Périnet. Voici ce qu’elle a écrit sur ce 24 août 1944 : «  Entre 13h45 et 14h00, je pars avec une Jeep en direction du « Petit Robinson » pour y chercher un blessé. Arrivée à la hauteur du hangar Lebarouilly, je change de véhicule pour celui qui transporte le blessé, c’est l’Aspirant ZAGRODZKI avec son affreuse blessure à la tempe. » L’infirmière indique : «  hémorragie interne » Le poul devint imperceptible.

En arrivant au poste de secours, ce grand blessé dit à l’infirmière : « Mademoiselle, avant de mourir, je veux entendre la Marseillaise ». Son vœu fut exaucé : Mme Maignan, secouriste et chanteuse lui chante doucement l’hymne patriotique pendant que le médecin prodigue les premiers soins et fait diriger ensuite ce brave sur Orsay où il meure en arrivant.

Malgré ces pertes, l’objectif doit être maintenu : Paris. Le char « Bordelais II » avec à son bord Arthur Kaiser arrive dans la capitale. Il s’arrête à deux pas de l’Arc de Triomphe, Arthur Kaiser qui a connu les frères ZAGRODZKI descend sur le trottoir pour se dégourdir les jambes. A peine a-t-il mis pied à terre qu’une dame, fluette, toute de noir vêtue et visiblement angoissée, l’interpelle très timidement et discrètement :

-   Jeune homme, vous êtes apparemment du 12ème Chasseurs ?
-   Oui, madame.
-   Connaissez-vous le lieutenant Zagrodzki ou l’aspirant du même nom ?

Surpris et extrêmement gêné par cette question, car il comprend immédiatement qu’il s’agit de la maman des frères Zagrodzki. Très ému par cette vieille mère, il la dirige vers son commandant pour ne pas être obligé de lui révéler le grand malheur.

Le lieutenant Michel ZAGRODZKI mort le 10 août 1944 a été inhumé initialement dans le cimetière de Mezières-sous-Ballon d’où il sera exhumé le 14 mars 1949 pour rejoindre son frère dans le caveau du Père Lachaise.

L’Aspirant Jean Armand ZAGRODZKI a été inhumé au carré militaire du cimetière de St-Rémy-lès-Chevreuses d’où il a été exhumé le 23 janvier 1948 pour rejoindre le caveau familial au Père Lachaise.

C’est ainsi que les deux frères ZAGRODZKI sont réunis pour l’Eternité dans le caveau familial du Père Lachaise depuis le 14 mars 1949 avec les autres membres de leur famille.

Cette tragédie est une histoire parmi tant d’autre, mais elle humanise les terribles chiffres que l’on a trop tendance à afficher. Dorénavant, tous les mois d’août, je rendrai hommage à ces deux frères devant la sépulture où ils reposent.

Sur le caveau ZAGRODZKI il y a une plaque qui mentionne ceci : Mort pour la France au 12ème régiment de chasseurs d’Afrique (Armée Leclerc) lieutenant Michel ZAGRODZKI Légion d’Honneur Croix de Guerre tombé à Mézières-sous-Ballon Sarthe le 10 août 1944 dans sa 30ème année. Aspirant Jean ZAGRODZKI Médaille Militaire Croix de Guerre tombé à Jouy-en-Josas S et O le 24 août 1944 dans sa 24ème année. Le caveau est dans la 55ème division, derrière la chapelle Thiers.

Thierry Le Roi « Passeur de mémoire »