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Révolution - Empire - Restauration - Monarchie de juillet

RENOU DE LA BRUNE Jean François (1771-1837)

4eme division (2eme ligne, AB,17)
vendredi 9 juillet 2010.
 

Colonel, chevalier de l’Empire

Jean François Renou de La Brune voit le jour à Nimes le 17 septembre 1771.

Ancien élève de la Marine en 1788, blessé lors d’un combat en mer en 1795, Jean-François Renou de La Brune (1771-1837) fut nommé sous-commissaire d’escadre en 1796 avant de servir comme capitaine d’un bataillon de la Seine puis à l’état-major de Mellinet à l’Armée d’Italie en 1799.

Il est aide de camp du général Guiot de Lacour en février 1802 et passera sous les ordres du maréchal Ney en septembre 1806 ; alors nommé chef de bataillon aide de camp, il est envoyé en Espagne en 1809, est promu adjudant commandant, employé comme chef d’état-major de la 2e Division d’infanterie du 6e Corps de l’Armée du Portugal ; il sera blessé à la bataille de Fuentes de Onoro en 1811.

Ses mémoires nous font alors part de ses états de services qui sont tout à fait inédits (période de sa vie militaire non mentionnés dans le Dictionnaire des Colonels), débutant par son rappel de son poste de gouverneur d’Avilla en juillet 1812, poursuivant avec la prise de Madrid en août et s’achevant par sa libération des prisons anglaises en mai 1814.

Le colonel offre en outre un bel aperçu de l’état d’esprit militaire et de la fin de l’occupation française en Espagne.

L’intéressant carnet de notes du colonel de la Brune, contenant un bref mémoire justificatif de sa campagne en Espagne en 1812, au moment où il fut gouverneur d’Avila. Avec ses mémoires décrits sur une quinzaine de feuillets, le carnet privé est agrémenté de poêmes d’amour, probablement de sa composition et écrit en Espagne, de proverbes et paroles de morale, de notes diverses et ecclectiques contenant pensum, brouillon de correspondance, une curieuse notice sur l’intronisation et les symboles de la franc-maçonnerie, de petits problèmes de mathématiques et de chimie, des remèdes notamment contre la galle... "(...) Le 15 may (1812), Mr le maréchal Marmont, commandant en chef de l’Armée, m’a confié le gouvernement de la province d’Avila. Je lui promis de justifier son choix ; j’ai tenu ma promesse. Aujourd’huy 13 juillet, un ordre du Roy m’oblige à quitter ce pays-cy avec les troupes sous mes ordres et de les amener à Madrid. J’obéis à regret, certain que S.M. a été trompé par de faux rapports sur la situation de l’armée anglaise. Je pouvais être encore utile en occupant cette province et j’aurais eu toujours ma retraite assurée par les montagnes (...) je pars cette nuit ; j’amène toute mon artillerie, tous les malades et tous les blessés (...) l’ennemi verra du moins que j’ai fait ma retraite de sang froid. J’emporte avec moi les regrêts des habitans et leur estime. Des députations du chapitre, des juntes, les alcades, l’évêque, les juges et le corregidor se sont rendus chez moi (...)"

15 juillet : arrivée à Madrid avec 1800 hommes et 9 pièces de canon ; il est reçu par le roi Joseph le 17. Revue des troupes au Prado. 10 août : départ du roi Joseph ; on confie le parc d’artillerie de la capitale au colonel Lafond qui reçoit l’ordre de tenir une position "qui n’est pas tenable faute d’eau et de moyens convenables pour abriter les poudres (...) le maréchal Jourdan dit lui-même qu’on ne peut tenir deux heures (...) Le désordre est dans Madrid ; tout ce qui est français ou espagnol attaché au gouvernement français, cherche à quitter la capitale. Rien n’était prévu sis ce n’est d’amener ce qui peut être agréable à Joseph et à ses femmes ; ou abandonner les malades et les blessés au nombre de 1200 dans l’hôpital militaire. Chacun cherche à sauver son pillage (...)"

12 août : un parlementaire se présente au nom du général Wellington ; la ville est bombardée par les Anglais ; La Brune propose (trop tard) de détruire l’artillerie et les poudres ayant "la certitude d’être pris et de laisser des ressources aussi importantes" ; il propose de rejoindre le gros de l’armée par les montagnes ; Lafond indécis est finalement fait prisonnier : il demande à Renou de se rendre au quartier général anglais pour y traiter ; les canalisations sont coupées privant d’eau les soldats français : "Les propositions parurent raisonnables au conseil et furent acceptées ; nous sortions avec les honneurs de la guerre ; dès le soir même, je fus conduit moi et mes malheureux compagnons à travers une populace en délire qui nous aurait déchiré si la garde anglaise n’eut opposé une contenance pour nous protéger (...)"

"Le 15, nous continuâmes notre marche escorté par 100 anglais et cent portugais et cent espagnols du régiment de la princesse. Nous bivouaquons dans le parc de l’Escurial où nous attendions vingt heures la distribution du pain et de la viande (...)" "Le 18 nous arrivâmes à Avila où j’avais été gouverneur un mois avant. Toute la population était sortie pour aller au devant de nous et pour mettre à mort le gouverneur qui était annoncé comme étant au nombre des prisonniers ; mais on supposait que s’était le Général Hugo qui m’avait précédé de deux ans dans mes fonctions où il s’était montré injuste, cruel et avare (...)".

Le récit se poursuit avec l’arrivée à Lisbonne où les troupes souffrirent de la chaleur, les officiers enfermés dans les prisons du château ; libéré sous condition par le général anglais Picot, gouverneur de Lisbonne, il est ensuite embarqué sur des bâtiments escortés par l’Iphigénie pour gagner la rade de Ste Hélène vis à vis de Portmouth ; libéré par l’amirauté, il reçoit une feuille de route le conduisant aux prisons militaires d’Ecosse. "Après 21 mois de captivité, les résultats de la gigantesque entreprise de Bonaparte contre la Russie, vinrent changer nos destinés et nous permirent d’espérer une liberté (...)." Arrivée au Havre et à Paris "après 4 ans et demi d’absence". Le récit se termine par un curieux duel, à son retour en France : "(...) ceux qui se croyait froissés par le nouvel ordre des choses, formerait un parti assez nombreux dirigé par le Prince d’A. prisonnier comme moi, et chercherait à me faire attaquer par un chef de Bat. nommé Chr. Je le corrigeai avec ma canne et le lendemain, nous nous battions avec des fleurets (...)"

Passé dans le corps de la Gendarmerie, la Restauration le fera successivement colonel de la 9e Légioin à Niort (1816), del la 1ère Légion à Paris (1819), de la 8e Légion à Moulins (1822) et de la 4e Légion à Caen (1822).

Promu maréchal de camp en octobre 1830, il est ensuite employé à l’organisation du corps des Sapeurs Pompiers puis désigné comme commandant du département du Calvados (1831) avant d’être mis en disponibilité et mis à la retraite en 1834.

Le colonel est décédé à Paris le 25 mars 1837, il repose dans la 4e division, avec son épouse, Reine Marguerite Hyacinthe, née Manchon, dans le tombeau de l’amiral Besson Bey et de sa famille.

Un grand merci à Pierre Jourjon, pour son aide précieuse dans la rédaction de cet article (APPL 2014).