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Publicistes - Journalistes - Littérateurs

GIRARDIN Emile de (1806-1881)

12eme division
lundi 25 janvier 2010.
 

Publiciste

Émile de Girardin, né à Paris le 21 juin 1806 et mort à Paris le 27 avril 1881, est un journaliste, publiciste et homme politique français.

Théoricien du double marché, il est le fondateur de La Presse, quotidien parisien (1836) dont il réduisit de moitié le prix de l’abonnement pour multiplier les souscripteurs et, par voie de conséquence, augmenter le nombre d’insertions publicitaires. L’autre grande innovation à mettre à son crédit fut la parution dans La Presse des premiers romans-feuilletons (dont il partage l’invention avec Armand Dutacq, directeur du Siècle). Il fut un militant infatigable de la liberté de la presse et de la défense des libertés individuelles.

Émile de Girardin naît le 21 juin 1806, 4 rue Chabanais à Paris, chez l’accoucheur Bigot, sous le nom d’Émile Delamothe.

Toutefois, selon le Dictionnaire des contemporains de Vapereau, "Son état civil, qui lui donne pour famille des personnages imaginaires, le fait naître le 21 juin 1806 ; mais l’acte de notoriété qu’il a dû substituer plus tard à cette fausse déclaration reporte l’année de sa naissance à 1802". Conçu hors mariage, il fut éloigné de ses parents, élevé dans une institution parisienne qu’il quitte en 1814 pour dix années d’apprentissage aux Haras du Pin, en Normandie. Il étudie au collège d’Argentan et découvre les livres dans la riche bibliothèque du château du Bourg-Saint-Léonard.

A 18 ans il revient à Paris à la recherche de ses parents. Son père lui ouvre sa porte, (mais pas sa mère, mariée entre temps avec un magistrat, Mr Dupuis) : Émile se rend régulièrement à Chatenay-Malabry chez son père qui subvient à ses besoins. En 1827 il a 21 ans et se réapproprie le nom de ses ancètres, signant Émile de Girardin son premier roman Émile, en partie autobiographique, qui traite de sa jeunesse dans le goût romantique de l’époque. En 1829, il s’établit à Paris sur l’avenue des Champs Elysées et il est nommé Inspecteur Adjoint des Beaux Arts.

Il est le petits fils du marquis René Louis de Girardin, maréchal de camp, né à Paris en 1735 et mort en 1808, issu de la noblesse des Gherardini de Florence, l’un des premiers en France qui aient su embellir les jardins et leur donner des formes pittoresques. Le marquis de Girardin fournit à Jean Jacques Rousseau une retraite sur sa terre d’Ermenonville et fit élever un monument funéraire sur le tombeau philosophe dans l’île des Peupliers, située dans la parc de sa propriété. Il écrivit un célèbre Traité de la composition des Paysages en 1777.

Il est le fils illégitime d’Adélaide-Marie Fagnan, fille d’un fonctionnaire des finances de l’Ancien Régime, et du comte Alexandre de Girardin (fils cadet du précédent) né en 1776, mort en 1855, qui servit dans l’armée lors des campagnes napoléoniennes : il se distingua tout au long des guerres de l’empire notamment à Austerlitz où, avec 10 hommes, il fit 400 prisonniers et prit 4 pièces de canon, et à Ostrowno, où, avec 2 bataillons, il repoussa 6000 russes ; sa brillante conduite lui valut le grade de général de division. Le comte se rallia aux Bourbons en 1815 et fut nommé premier veneur de Louis XVIII et de Charles X.

Émile de Girardin épousa en premières noces Delphine Gay (fille de la célèbre Sophie Gay), une femme remarquable par son esprit et ses talents littéraires, née à Aix La Chapelle en 1805. Delphine publie ses premiers poèmes dans la Muse Française en 1824. Son premier recueil, les Essais Poétiques, obtient un grand succès et lui vaut une pension de 1500 francs octroyée par le roi Charles X. En 1856 Girardin épouse en secondes noces Mina (Wilhelmina) Brunold (1834-1892), fille du prince Frédéric de Nassau, titrée en 1844 contesse de Tiefenbach. Une fille, qui mourra très jeune, naquit de leur union. Leur séparation aura lieu en 1872.

Avec un ancien camarade de classe, du collège d’Argentan , Charles Lautour-Mézeray, Émile de Girardin fonde en 1828 un journal, Le Voleur. Composé d’articles pillés dans d’autres journaux, ce journal paraît tous les cinq jours. Avec les bénéfices engrangés, il crée La Mode, où l’on retrouvera les plumes d’Honoré de Balzac, Charles Nodier, Alphonse de Lamartine, Eugène Sue, et les crayons de Valmont et Tony Johannot pour les illustrations. Girardin fréquente le salon de Sophie Gay ce qui lui permet de rencontrer des écrivains romantiques et la fille de Sophie, Delphine, qui devient sa femme en 1830.

Après la Mode il fonde Le Journal des connaissances utiles qui aura jusqu’à 120 000 abonnés [réf. nécessaire], et le Musée des familles en 1833.

Émile de Girardin va transformer la presse en concevant le principe du quotidien à bon marché ; il fonde La Presse en 1836 au moment où nait aussi Le Siècle d’Armand Dutacq (Le Siècle était financé par l’avocat et député Odilon Barrot qui représentait sous la Monarchie de Juillet la gauche opposée à Guizot).

C’est le 16 juin 1836 que parut pour la première fois en kiosque La Presse : un journal quotidien politique, agricole, industriel et commercial. Émile le qualifia de « journal qui occupe parmi les journaux français la place du Times en Angleterre et qui assiste le gouvernement sans être dans la dépendance d’aucun cabinet. »

Il souhaitait créer un quotidien dans lequel la publicité jouerait un aussi grand rôle que la rédaction. Les frais de fabrication des journaux étant élevés, le quotidien se vendait relativement cher pour les budgets de l’époque, et les tirages étaient par conséquence assez bas. L’abaissement du prix d’abonnement et simultanément l’introduction massive de la publicité, permet à La Presse de conquérir un large lectorat, alors que la baisse du cens électoral élargit le nombre d’électeurs potentiels. Il s’oppose ainsi aux journaux de partis, réservés à un petit nombre de lecteurs et devient l’éditeur puissant et respecté d’une presse à grand public en divisant le prix de l’abonnement qui passa de 80 à 40 francs. Le manque à gagner étant compensé par les annonceurs auxquels il ouvrit les colonnes du journal.

Le fort succès de La Presse suscita beaucoup de jalousie et de haine auprès des concurrents d’Émile Girardin, notamment une feuille appelée Le Bon Sens (qui disparaîtra en 1839). Poursuivi en diffamation par Girardin, Le Bon Sens fut soutenu par un entrefilet d’Armand Carrel, le fondateur du National (avec Thiers et Mignet). Armand Carrel et Émile de Girardin s’affrontent alors très durement. Le directeur du National accuse Girardin de concurrence déloyale. Ce dernier contre-attaque en publiant un article où il menace, entre les lignes, de révéler le nom d’un officier avec la femme duquel Carrel a une liaison.

Un duel, de pratique courante à l’époque dans le monde de la presse (Carrel comme Girardin n’en étaient pas au premier duel), oppose les deux rivaux au bois de Vincennes, le 22 juillet 1836. Les deux coups de feu partent en même temps : Girardin est blessé à la cuisse, Carrel à l’aine ; il succombera à sa blessure deux jours plus tard, tandis que Girardin évite de peu l’amputation et jure de ne plus accepter de duel. Chateaubriand déplora par la suite que le duel ait «  privé la société d’un de ces hommes rares qui ne viennent qu’après le travail d’un siècle. »

Le succès de la Presse - journal bon marché et de contenu très complet pour l’époque - est immédiat mais il est vital pour Girardin de fidéliser son lectorat ; il y parvient grâce à la formule du roman feuilleton et à la prépublication de romans à paraître tels que la Vieille Fille d’Honoré de Balzac qui fit la une d’un des premiers numéros et provoqua un scandale. La Presse publie d’abord La Comtesse de Salisbury d’Alexandre Dumas, puis Les Mystères de Paris d’Eugène Sue et d’autres œuvres d’ Alexandre Dumas père. Le journal embauche des équipes d’auteurs qui écrivent pour les goûts du public, la publication de roman-feuilleton devenant un argument publicitaire attirant un large lectorat : l’auteur est au service du journal et ne doit pas déplaire aux lecteurs . En cas de succès, il faut allonger le récit, quitte à le terminer brutalement quand le public se lasse.

Le tirage qui est de 13 480 exemplaires passe rapidement à 63 000 grâce, notamment, à l’association de Girardin avec le banquier Dujarrier.

Girardin confie à Théophile Gautier le rôle de critique d’art : son premier article eut pour sujet les « Peintures de la Chambre des députés » d’Eugène Delacroix. Théophile Gautier fut également le critique dramatique du journal. La femme d’Émile de Girardin prit la rubrique Le Courrier de Paris sous le pseudonyme de Vicomte de Launay.

La Presse est vendue par Girardin en 1856 et connaît plusieurs propriétaires successifs comme Nefftaer, Alphone Peysrat, Adolphe Guéroult de Mirés, Arsène Houssaye... Girardin le récupère en 1862. Mais le succès décline et Girardin crée en 1868 un nouveau journal, La Liberté, journal d’opposition au Second Empire dont la vente est interdite dans la rue. Puis sous sa direction paraissent Le Petit Journal (qui inventera le supplément hebdomadaire illustré) et Le Moniteur universel en 1872.

Depuis 1840, le pouvoir est entre les mains du conservateur Guizot, auquel Girardin s’oppose. Pendant la révolution de février 1848, Girardin ne rentre pas immédiatement de façon claire et décisive dans l’opposition, mais dès que le général Cavaignac rétablit le cautionnement autrefois exigé des journaux, il participe aux Journées de Juin ; il est emprisonné quelques jours à la Conciergerie et à partir du 25 juin 1848, le journal La Presse sera suspendu (pour reparaître dès le mois d’août 1848).

La Presse a successivement soutenu une chose et son contraire. Ainsi en 1848, le journal de Girardin donne son appui à la candidature de Louis Napoléon Bonaparteà la présidence de la république mais dès le Coup d’État du 2 décembre 1851, Émile de Girardin se déclare fortement opposé à la reconstitution du régime impérial et, menacé, part en exil à Bruxelles avec sa femme Delphine, aux côtés de Victor Hugo ; quelques mois après ils seront de retour à Paris. En 1852, dans le Bien être universel, attaquant Napoléon III son coup d’État et ses lois rétrogrades, il invite ses lecteurs à résister et à s’unir pour défendre une véritable république démocratique : «  C’est en ce sens, ô mes complices que je vous ai dit et que je vous répète : "Conspirons ! Conspirons pour l’affermissement de la République Démocratique ! Conspirons pour le rétablissement du suffrage universel »

En ce qui concerne les contradictions observables dans les comportements idéologiques et politiques d’Émile de Girardin, il faut revenir pour les comprendre à ses propres affirmations qu’il est ni démocrate ni monarchiste, qu’il est pour un bon gouvernement, mais qu’avant tout il est « contre l’anarchie et le despotisme, contre l’absence de gouvernement ». Pour exemple de sa fidélité à ses propres convictions il fit noter que ce qu’il avait été sous le gouvernement monarchique, il continua de l’être sous le gouvernement républicain. Il affirma être contre l’arbitraire mais surtout qu’il adhéra ou s’opposa aux gouvernements selon les lois qu’il promulguaient en matière de censure et de liberté de la presse...

Dans ses écrits intitulés L’ Empire avec la Liberté et La Révolution Légale ainsi que dans Journal d’un journaliste tenu au secret, Émile de Girardin explique qu’il tient pour l’homme politique qui défendra la liberté de la presse, qui ne la censurera pas. En 1857, il explique que son journal La Presse a échappé de 1852 à 1856 à la suspension, mais vient d’être suspendu pour deux mois à cause d’un article qui parlait de progrès démocratique et de la véritable liberté du suffrage universel comme de la véritable liberté des élections, en ferme opposition avec le gouvernement de Napoléon III qui tentait de contrôler les résultats des votes en imposant les candidats pour lesquels voter.

Puis Girardin explique qu’il met au premier rang des libertés publiques « incontestablement la liberté de la presse et la liberté individuelle » .Pour lui les trois dernières révolutions (les révolutions de 1830, février 1848, juin 1848) ont eu lieu avant tout pour la défense des libertés bafouées.

Devenu député - à partir de 1834 - Émile de Girardin, dès 1835, vote contre les lois restreignant la liberté de la presse, devenant sur cette base un opposant à Guizot et à Thiers. Il écrira une lettre à Thiers sur l’abolition de la misère par l’élévation des salaires. Dans "Le Bien Être Universel", en 1852, Émile de Girardin s’opposa à la loi rétablissant le "timbre", une taxe imposée sur chaque exemplaire de journal, qui contraignait les éditeurs de presse à augmenter le prix de chaque exemplaire vendu avec des retombées désastreuses sur le prix des abonnements.

Dans son livre La Honte de l’Europe, Émile de Girardin affirme que l’Empire ottoman remet en question la paix du monde. Pour le démontrer, il s’appuie sur les articles du Times, un journal anglais. Il récuse la politique de la Sublime Porte qui selon lui ne tient aucun de ses engagements. Girardin s’oppose donc au prèt important de la France à l’Empire Ottoman puisqu’il ne sert qu’au sultan .Il dénonce la « démence héréditaire et incurable des Sultans » aptes seulement à dépenser inutilement :«  ces sultans qui dépensent follement les millions de l’Angleterre et de la France ». Il affirme qu’avec cet argent les sultans préfèrent construire de nouveaux palais au lieu de développer et augmenter les voies de communication, les voies de transport, et les échanges. Il regrette que cet argent ne serve pas mème à paver les rues de Constantinople mais aux caprices des sultans qui jouent à « se construire des palais qu’ils démolissent après les avoir bâtis ».

Il qualifie l’Islam de religion intolérante, alléguant que « le Coran ne repose que sur une guerre éternelle aux infidèles, le Coran défend aux croyants de s’arrêter dans leur carnage et dans leur conquête avant que le monde entier ait été soumis à l’islamisme ». Émile de Girardin va jusqu’à dire que les Turcs ne se sont pas modernisés et qu’ils en sont toujours à un état de leur société semblable à ce qui était quatre siècles auparavant, c’est-à-dire au XVe siècle (puisqu’il écrit son livre en 1876).

Émile de Girardin, ambitieux, parti de rien, fit fortune dans la presse. Il se battit continuellement contre la censure et pour les libertés individuelles [3]. Il fut aussi un innovateur, en intégrant la publicité dans ses journaux pour baisser le prix de l’abonnement, et l’un des premiers à insérer le roman-feuilleton pour fidéliser le lectorat.

Il mourut en 1881, l’année du vote de la loi qui institua en France le principe de la liberté de la presse.

Sources : Wikipédia et divers.