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Chanteurs - Auteurs compositeurs -

MANO SOLO (1963-2010)

10eme division (1ere ligne, chemin Denon)
jeudi 14 janvier 2010.
 

Chanteur auteur interprète

Mano Solo, né Emmanuel Cabut à Châlons-sur-Marne le 24 avril 1963 et mort le 10 janvier 2010 à Paris, est un chanteur français dit engagé.

Mano Solo est le fils du dessinateur Cabu et d’Isabelle Monin, co-fondatrice du magazine consacré à l’écologie, La Gueule ouverte. Dès 17 ans, Mano Solo joue dans un groupe punk, les Chihuahuas, au sein duquel il est guitariste.

Mais c’est au début des années 1990, après avoir appris (en 1986) sa séropositivité, qu’il passe derrière le micro et interprète ses textes. Il chante fréquemment au théâtre du Tourtour avec Marousse et P’tit Louis. Le premier album, la Marmaille nue sort en 1993 et se vend à 100 000 exemplaires la première année. En 1995 sort le deuxième album, Les Années sombres, qui est, comme son titre l’indique, un album sombre (disque d’or également dès les premiers mois). La même année, il annonce lors d’un concert au Bataclan qu’il a contracté le sida.

Il retrouve l’année suivante en 1996 une partie des Chihuahuas pour l’album Frères Misère. Les rythmes sont parfois proches du punk et les textes abordent des thèmes plus engagés que pour les précédents albums solo. Peu médiatisé, cet album ne rencontrera pas un succès immédiat.

En plus de sa carrière de chanteur, Mano Solo développe d’autres talents. Il dessine et peint, notamment les pochettes de ses albums. Il écrit aussi et avec l’argent gagné grâce à la musique, il monte sa propre société d’édition (La Marmaille nue) et publie deux ouvrages. En 1995, un recueil de poèmes, Je suis là, et en 1996, un roman, Joseph sous la pluie (épuisé).

En 1997 sort un nouvel album solo : Je sais pas trop (disque d’or) enregistré live aux mélodies et aux sonorités une nouvelle fois originales. Deux ans plus tard, Mano Solo enregistre le double-album Internationale Shalala en live au Tourtour, un petit théâtre où il se produit régulièrement depuis ses débuts. Il joue seul à la guitare, accompagné (à la guitare également) par Jean-Louis Solans. Les morceaux sont extraits des précédents albums solos, à l’exception du Shalala, un hymne de « révolution intérieure » que l’artiste chante avec son public à la fin de chaque concert. Son message est positif et dynamique.

Son deuxième album live, intitulé La Marche, sort en 2002, il reprend en grande partie des morceaux de l’album Dehors, sorti entre temps (en août 2000). Le concert est enregistré à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand et à La Halle aux Grains à Toulouse.

L’album est accompagné d’un DVD où l’artiste fait figurer, au côté de photos et d’extraits de concerts, des animations en images de synthèses sorties de sa propre imagination. Depuis 2001, Mano Solo s’intéresse de près à Internet, il crée et développe son propre site autour de ses centres d’intérêts politiques, sociaux et artistiques, encourageant ses visiteurs à être eux-mêmes créatifs.

En 2004 sort Les Animals. Comme dans chaque album, le son est nouveau et les textes dégagent toujours la même énergie servie par un langage maîtrisé d’une grande poésie. Certains titres sont de nouveaux enregistrements d’anciennes chansons. Y figure également le titre Botzaris, enregistrée avec Les Têtes Raides.

En 2004 il fait également deux apparitions sur l’album Dans le caillou de Karpatt.

En 2006, Mano Solo ne renouvelle pas son contrat Warner, sa maison de disque. Il s’autoproduit avec un nouvel album, In The Garden, qui est sorti en mars 2007. Il propose aux internautes de l’aider dans son auto production par une souscription destinée à payer les frais de promotion une fois l’album réalisé. Ce que personne ne voudra comprendre et la presse relayera partout qu’il compte sur son public pour financer l’album, alors qu’il a emprunté à sa banque, mettant sa maison en garantie, 130 000 euros avec lesquels il payera la production et la fabrication du disque.

La souscription sera lancée le 18 septembre. Tous les mois, le souscripteur a accès à de nouveaux contenus (chansons ou films) et à la sortie, il reçoit l’album. L’argent récolté sera utilisé pour la promotion de l’album. Par cette démarche, l’artiste souhaite se démarquer de l’industrie classique tout en montrant que la production artistique a un coût.

Par cette expérience et le peu de souscripteurs internet -2800 - Mano Solo essaye de démontrer que s’il peut s’autoproduire aujourd’hui c’est uniquement sur un nom et une carrière déjà établie. Ce n’est pas à un artiste débutant qu’une banque prêterait une somme pareille. Les 35 000 exemplaires d’In The Garden vendus dans les bacs rembourseront la banque, sans offrir à l’artiste le moyen de produire l’album suivant.

Dans une interview au quotidien belge Le Soir en avril 2008, Mano Solo explique :

« L’autoproduction, ça ne peut pas marcher. J’en ai vendu 2 800 par souscription et le distributeur du CD n’a pas fait son boulot. Je suis la preuve vivante qu’on ne peut pas se passer des majors. J’en ai marre de ces médias qui n’arrêtent pas de cracher sur elles. Sans Warner, Mano Solo n’existerait pas. Ces firmes, ce ne sont pas des mécènes, elles sont là pour se faire du blé. C’est normal que ces gens te jettent si tu n’es plus compétent à leurs yeux. Pourquoi devraient-ils garder ceux qui ne vendent plus ? Ceux qui ne rencontrent pas leur public doivent dégager, c’est tout. Il y en a marre de ces considérations. La presse est complice de ça. Il faut arrêter de se leurrer : oui, le piratage nuit à la diversité et Myspace, c’est pathétique, ça fait peur, ce n’est pas là qu’on trouve l’avant-garde. Et personne en France n’a été révélé grâce à ça. Le MP3, ce n’est pas faire la révolution, c’est fabriquer des chômeurs. »

Mano Solo reste avant tout un artiste très engagé. En mars 2006, il organise avec le collectif « Je suis là ! » un concert au Bataclan dont les fonds ont été reversés à l’association Fazasoma qui vient en aide à la population malgache. Il anime également, depuis janvier 2007, une émission de radio sur Aligre FM (93.1), Le Clou de la Soirée, tous les derniers samedis du mois de minuit à pas d’heure, où il donne la parole à ceux qui ne l’ont pas. Sans parler de ses nombreuses apparitions dans des rassemblements visant à rétablir l’égalité. Mano Solo avait notamment chanté sur le SIDA, dont il était atteint. Il se soignait depuis de nombreuses années par la trithérapie.

Il a remporté trois disques d’or.

À partir du 1er octobre 2007, Mano Solo anime une autre émission radio, au détriment du Clou de la Soirée, Smoke City, toujours sur Aligre FM, tous les lundis de 18 h 30 à 19 h 30. Il y accueille le monde associatif et militant, des lanceurs d’alerte, dans une émission partisane et débridée. Beaucoup d’artistes vinrent aussi jouer en direct. Smoke City s’arrête en janvier 2009.

Un nouvel album est sorti le 28 septembre 2009, Rentrer au port, en licence chez Wagram.

Mano Solo est mort le 10 janvier 2010 à l’âge de 46 ans, des suites de plusieurs anévrismes. Atteint du SIDA, contre lequel il s’était plusieurs fois engagé, il avait été hospitalisé après son dernier concert à Paris le 12 novembre 2009.

Il repose au Cimetière parisien du Père-Lachaise,dans la 10e division, près de Frédéric Chopin, Michel Petrucciani ou Pierre Desproges.