Navigation







Sciences et Techniques

CHAMPOLLION Jean-François (1790-1832)

18eme division (1ere ligne, U, 24)
lundi 14 novembre 2005.
 

La grammaire égyptienne

Jean-François Champollion est né en décembre1790 à Figeac (Lot) suite à l’intervention d’un sorcier de campagne qui guérit sa mère paralysée depuis un an par des douleurs rhumatismales qui la clouait au lit.

Il est le deuxième garçon d’une famille de quatre enfants. Son frère aîné, Jacques-Joseph adopte le patronyme de Champollion Figeac (ou Figeac, tout court) par la suite pour distinguer son nom de celui de son cadet persuadé que ce dernier rendrait leur nom illustre. Enfant très précoce, il apprend à lire tout seul à cinq ans. « Ce fut un jeu passionnant, maman m’avait fait apprendre par cœur les prières que je récitais chaque soir. Un jour, j’ai eu la chance de découvrir ces prières dans un missel.

Alors, je me suis amusé à recomposer moi-même l’alphabet et à l’appliquer au texte ». A onze ans, il connaît le grec, le latin et l’hébreu. C’est à cette époque qu’il fait connaissance du Préfet de l’Isère et savant éminent : Joseph Fourier, mathématicien (1768-1830) qui le protége et l’encourage dans ses recherches, il partage sa passion et son enthousiasme pour l’Egypte ancienne.

Ce jour là, Joseph Fourier lui montre les objets et papyrus qu’il avait ramené d’Egypte. En accompagnant Bonaparte pendant la campagne où Figeac avait présenté une requête qui avait été rejetée par le Directoire, d’où la passion de Jean-François. «  Je me passionne pour tout ce qui concerne ce pays. On connaît quelque chose sur l’Egypte ancienne par les sources grecques et latines. C’est pour cela que je me suis empressé d’apprendre le grec et le latin. La Bible parle des Pharaons, j’ai voulu la lire dans le texte et je me suis mis à apprendre l’Hébreu. Dom Calmet, un bénédictin que mon père avait recueilli chez nous au moment où l’on pourchassait les religieux à Figeac pendant la Révolution, m’a aidé à étudier cette langue ».

A douze ans, il publie son premier livre : l’Histoire des chiens célèbres. A treize ans, il se lance, sans maître, dans l’étude de l’arabe, du chaldéen, du syriaque, suivis bientôt par le copte, le persan et l’éthiopien. Après avoir obtenu une bourse, il devient interne au lycée de Grenoble, nouvellement créé par le Premier Consul. Il supporte difficilement cette période et c’est son frère qui travaille déjà à la Bibliothèque de Grenoble, qui va le soutenir moralement et lui procurer les ouvrages nécessaires à ses recherches pour établir une carte géographique de l’Egypte des Pharaons.

Le 1er septembre 1807, c’est la fin de ses années d’études au lycée, il achève alors son : l’Egypte sous les Pharaons ou essai d’une description géographique de l’Egypte, et en donne lecture à l’Académie de Grenoble qui le reçoit comme membre correspondant, il a alors dix sept ans. Une semaine après, la veille de son départ pour Paris, il rend visite au préfet Fourier qui lui montre alors un étrange parchemin portant trois textes écrits l’un au dessus de l’autre en trois écritures différentes : une copie de la pierre de Rosette. Celle du haut est composée en hiéroglyphes, celle du milieu en écriture cursive : c’est l’écriture démotique ou celle du peuple, enfin l’inscription inférieure est en grec et est déjà traduite. C’est une plaque commémorative, faisant état d’une décision prise par les prêtres de Memphis de glorifier Ptolémée V, pour l’exemption pour ses sujets de certains impôts.

Champollion pense déjà que c’est la clé pour déchiffrer les hiéroglyphes. Trois savants travaillent déjà au déchiffrage de la pierre de Rosette se trouvant au British Muséum de Londres, il s’agit de de Sacy (son futur professeur à l’école des langues orientales) de l’orientaliste suédois Ackerblad et du savant anglais Young. Plusieurs mois après son arrivée à Paris, son frère qui le soutient financièrement, lui reproche de trop dépenser alors qu’il ne fait qu’étudier avec les professeurs de Sacy, Don Raphaël Audran, Jaubert, qui s’étonnent des connaissances qu’il possède déjà.

Ils l’encouragent à persévérer dans la voie qu’il s’est tracé. Devant quatre mois de loyer à sa logeuse, celle-ci le met dehors un soir, en plein hiver. Pour son année d’étude 1808-1809, son frère, toujours lui, adresse des requêtes, écrit des lettres à des amis, fait jouer des influences et parvient ainsi à écarter plus ou moins le spectre de la misère qui talonne le jeune étudiant. Les professeurs le considèrent comme un jeune savant et l’invitent volontiers à leurs soirées.

A force d’étudier l’arabe, il change de voix, celle-ci devient gutturale et étouffée, ce qui joint à son teint basané et à ses grands yeux noirs, lui donnent un air oriental. Il étudie les langues du Proche-Orient en les décomposant et en les reconstituant, dans l’espoir de découvrir par analogie les règles de la grammaire égyptienne. L’un de ses professeurs, Audran, lui demande de l’aider à mettre au point une grammaire syriaque, puis une grammaire comparative des langues arabes et hébraïques.

Estimant Champollion plus fort que lui en la matière, il le chargea de faire le cours aux élèves à sa place. Il se perfectionne ensuite dans le copte avec un prêtre copte de Saint-Roch, étant persuadé que cette langue dérivait de l’ancien égyptien. Il compose d’ailleurs une grammaire et un dictionnaire copte et parvient à déchiffrer quelques passages du papyrus en écriture cursive. Il identifie toutes les lettres de l’inscription de la pierre de Rosette, dont l’un des textes est justement écrit en écriture cursive ou démotique.

Il s’intéresse aux hiéroglyphes mexicains, consulte les auteurs anciens et examine les travaux des chercheurs modernes. Des historiens de l’Antiquité qui ont visité l’Egypte, disent que les hiéroglyphes sont une écriture en images incompréhensible. Hérapollon au Veme siècle, décrit ces signes comme des images ayant chacune un sens particulier.

Champollion ne s’obstine pas à chercher toujours dans la même direction, il allie l’imagination à un sens critique des plus sévères. L’intuition et la science marchent de paire dans son esprit. Lorsque Sylvestre de Sacy docte professeur apprend ses recherches, il devient un de ses ennemis. Se rendant au Collège de France, un camarade lui dit que les hiéroglyphes ont été déchiffrés par le professeur Alexandre Lenoir.

Très inquiet, il achète la brochure qui s’intitule Explications nouvelles, que Lenoir vient de publier et se précipite chez lui pour la lire. Il se rend compte que l’ouvrage n’est qu’un stupide fatras d’assertions hautement fantaisistes, présentées sous forme d’une thèse érudite.

A dix neuf ans, il est professeur suppléant à la chaire d’histoire ancienne à la Faculté des Lettres de Grenoble où son frère est professeur de littérature grecque. Malgré sa tâche, il continue ses recherches, fait des exposés devant l’Académie delphinoise ; il publiera des études linguistiques. Il continue à rêver aux hiéroglyphes. D’autres savants comme le danois Zoëga et l’anglais Young ont déjà deviné que les signes encadrés s’un ovale (ou cartouche) représentent des noms de Pharaons.

Champollion, pour se délasser, compose des vers, des madrigaux, des poésies satiriques et même des pièces dans le goût de Racine, Il écrit ainsi Yphigénie, Didon et bajazet. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de sa future épouse, Rosine Blanc.

Lors du retour de l’Aigle en mars 1815, il le rencontre à Grenoble pendant la remontée vers Paris de l’Empereur. Napoléon lui promet alors de faire publier son dictionnaire copte qu’il est en train de terminer. Son frère Figeac devenu secrétaire de l’Empereur, puis membres de plusieurs commissions étant monté sur Paris, Champollion doit s’occuper du Journal de l’Isère à sa place.

Lors du tir d’artillerie sur Grenoble par les troupes du Général Latour (après Waterloo) il cache les documents les plus importants et précieux au sous-sol de la bibliothèque, et prépare du sable et de l’eau à proximité des livres restants, pour éteindre un éventuel incendie. Le 19 mars 1816, les deux frères sont exilés auprès de leur famille, à Figeac, sa mère n’est plus de ce monde. Durant cette période, il aide son frère dans ses recherches archéologiques pour trouver l’emplacement de la ville d’Uxellodunum, place forte de la Gaule prise par César en 59 avant J.C.

A sa libération, pour subvenir à ses besoins, il ouvre une école Lancaster à Grenoble. Peu après, il épouse Rosine et retrouve sa chaire d’histoire à la Faculté des Lettres, il tient aussi la bibliothèque à la place de son frère. Alors qu’il est malade, le nouveau Préfet lui retire de nouveau sa chaire et il doit fuir sur Paris.

Commence alors pour lui une nouvelle vie, au 28 rue Mazarine où il loge en famille. Pour travailler, il loue sous les toits de la maison où il habite un atelier ayant appartenu autrefois à Vernet, le peintre des batailles. Achevant des travaux commencés depuis longtemps, Champollion parvient à communiquer un mémoire sur l’écriture hiératique à l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres.

Il lit ensuite à la même académie, son mémoire sur l’écriture démotique. De Sacy et Akerblad travaillent toujours sur la pierre de Rosette et arrivent, en étudiant le texte démotique et en le comparant à la traduction en grec, à récupérer l’emplacement du nom de Ptolémée.

L’abbé Barthélemy suppose et le danois Zoëga démontre que les hiéroglyphes entourés d’une ligne ovale ou cartouche contiennent selon toute probabilité des noms de Rois. L’anglais Young, le plus opiniâtre de tous, s’aidant des résultats de ses prédécesseurs, étudia les cartouches et réussit à déterminer l’emplacement du nom de Ptolémée dans le texte hiéroglyphique. Il déchiffre même deux lettres du nom de ce Roi. Champollion se demande si ces signes sont phonétiques, idéographiques ou symboliques.

Puis, il se demande pourquoi le texte égyptien de la pierre de Rosette comporte plus de signes que le texte grec (malgré la mutilation de la pierre). L’idée lui vient alors que l’égyptien est phonétique et idéographique. Il doit y avoir des signes qui se lisent et d’autres, non. Il décide alors d’étudier l’obélisque de l’île de Philoen, se trouvant en Angleterre, et qui comporte une inscription hiéroglyphique avec sa traduction en grec. Un ami parvient enfin à lui procurer la copie des deux cartouches avec les noms entourés d’une ligne ovale, l’inscription grecque contient les noms de Ptolémée et de Cléopatre (sous leur forme grecque : Ptohmees et Kléopatra) Il est évident pour Champollion que les deux cartouches correspondent aux noms de ces deux souverains. Le cartouche contenant le nom du Pharaon était identique à celui de la pierre de Rosette où se trouve le même nom.

Champollion en déduit que le second cartouche ne peut contenir que le nom de la reine Cléopâtre. Il composa les noms des deux souverains et remarqua trois hiéroglyphes communs aux deux noms, ceux correspondant aux lettres P,O et L. Il découvre aussi deux signes traduisant les variantes du son T. En comparant d’autres cartouches, surtout les deux envoyés par l’architecte Hayot, il découvre les lettres M S et arrive à lire Pamsès et Thou-més, il vient de déchiffrer les hiéroglyphes, nous sommes le 19 septembre 1822. Le 27 suivant, il expose sa découverte, sous la coupole de l’Institut, en présence de 25 académiciens attentifs.

Le 18 août 1828, il débarque à Alexandrie à la tête d’une mission comprenant huit français et six italiens, pour enfin réaliser son rêve : étudier les monuments égyptiens sur place. En visitant le magnifique palais de Louqsor, il voit le fameux obélisque, qu’il choisit un peu plus tard, sur la demande de Mohammed Ali (Pacha d’Egypte), pour être emmené à Paris.

Malgré sa santé plus que chancelante, son voyage dure dix neuf mois. Il ramène dix grandes caisses destinées au Musée du Louvre qui lui doit sa salle égyptienne, ouverte sous sa direction le 4 novembre 1827.

Le 7 mai 1830, il est élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Mais, très gravement malade, il s’éteint le 4 mars 1832 à l’âge de 41 ans. Il repose au Père-Lachaise sous un obélisque, dans la 18eme division.

Champollion-le-jeune

Christine D.