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Sciences et Techniques - Hydrographie

LIEUSSOU Aristide Jean Pierre Hippolyte (1815-1858)

(21eme division (3eme ligne, U, 19)
vendredi 25 décembre 2009.
 

Ingénieur hydrographe de la Marine

LIEUSSOU JEAN-PIERRE-HIPPOLYTE-ARISTIDE voit le jour le 19 juin 1815 à Fanjeaux (Aude).

Ingénieur hydrographe de la Marine.

Créateur avec De Lesseps du Canal de Suez.

Que quelqu’un vienne à citer l’isthme de Suez, et chacun de vous répondra en écho : De Lesseps. Avec plus de justice, nous ajouterons : Lieussou. Si de Lesseps fut le geste qui indique le problème à résoudre, notre camarade eut l’esprit qui cherche, pèse, discute, combine, établit les équations et trouve l’X. de la solution définitive. Nous allons en faire la preuve.

Né en 1815 à Fanjeaux, petite ville du département de l’Aude, de Jean Lieussou, notaire, et de Jeanne Paule Etienne de Capella, Jean Lieussou combina dans sa vie et sut emmener à leur plein épanouissement les qualités qu’il devait à sa double origine. Il fut poussé vers les idées populaires et de liberté comme son père, mais par sa mère il tempéra cette tendance démocratique en y mettant le frein d’une foi vive et d’un respect profond de l’autorité et de la tradition.

Il fut un des élèves les plus distingués de l’École. En 1834, il entre à Polytechnique. En 1836, il en sortait dans un assez bon rang pour pouvoir prendre place dans le corps des ingénieurs hydrographes de la marine.

II travaille d’abord, sous la direction de M. Beautemps-Beaupré, à la reconnaissance des côtes de Bretagne. De 1839 à 1842, il fait le levé de dix-sept ports secondaires de l’Algérie et s’occupe de dresser des devis de leur établissement immédiat ou définitif. Le mémoire qui contient ces recherches est remis au ministre de la marine en 1847, la Direction générale de l’Algérie le fait imprimer à ses frais en 1850.

Toute la côte de la colonie y est étudiée dans ses propriétés nautiques, commerciales et militaires. Cet important ouvrage ne laisse pas les ministres spéciaux indifférents ; la presse s’y intéresse ; le nom de Lieussou sort de l’ombre et la croix de la Légion d’honneur récompense le brillant ingénieur. Lieussou avait alors trente et un ans.

Tout en s’occupant des établissements de l’Algérie, Lieussou ne négligeait pas le littoral de la Métropole. En 1843, il étudiait les améliorations du port de la Nouvelle. De 1843 à 1853, il dressait la carte des mers d’Irlande et présidait, avec M. Chazabon, à la rédaction de l’Annuaire des marées. En 1854, il allait compléter à la Hougue des études déjà faites par Vauban et de la Bretannière, et ses conclusions rajeunissaient l’idée d’un port de refuge en ce coin de la côte normande. En 1856, il était appelé par l’empereur à Bayonne. Il s’agissait de rechercher le meilleur moyen de combattre la barre de l’Adour.

Lieussou réfute les idées de l’empereur qui lève l’audience en disant d’un ton de bonne humeur : "Je consens à admettre vos raisons et à trouver mon projet mauvais ; mais je compte sur vous pour en trouver un bon.". De retour à Paris en 1857, Lieussou se mettait à l’oeuvre, mais la mort l’empêchait de porter sa réponse a Napoléon.

Les travaux hydrographiques que nous n’avons fait qu’énumérer n’épuisaient pas toute l’activité du jeune ingénieur. Comme tout bon polytechnicien, il avait sa découverte à faire et il y réussit. Chargé en 1850 du service des chronomètres au dépôt de la marine, Lieussou s’inquiéta des variations que l’état atmosphérique faisait subir à ces délicats instruments. Le problème intéressait au plus haut point les navigateurs. Après de patientes et longues recherches, il établit la loi des influences atmosphériques sur les montres marines. Cette invention lui valut la croix d’officier de la Légion d’honneur le 25 mai 1853.

Mais arrivons à son oeuvre capitale : le canal de Suez. En octobre 1854, de Lesseps, parcourant l’Égypte d’Alexandrie au Caire, avait su enflammer l’esprit du vice-roi et l’intéresser à une conception qui devait régénérer son pays. Pourquoi ne pas refaire le canal des Deux mers qui avait fonctionné sous les Pharaons, sous les Ptolémées, que Strabon et Hérodote ont cité, auquel avait un instant songé Bonaparte, qui passionnait encore en 1846 Prosper Enfantin ? Une objection se présentait : la dénivellation des deux mers. Cette difficulté constatée par les ingénieurs que Bonaparte traînait à sa suite lors de l’expédition d’Égypte existait-elle ? Laplace, Volney, Fourrier avaient des instruments grossiers qui avaient pu les tromper.

Rentré en France, Lieussou rédige un rapport général qui sera soumis au Congrès des ingénieurs. Dans un long exposé qui ne comprend pas moins de vingt-deux chapitres, le jeune savant expose les côtés historiques, économiques et agricoles de la question ; il fait la critique technique des divers projets qui ont précédé et justifie si brillamment le projet de la commission que le Congrès est unanime à approuver les conclusions du rapport. Le principe de l’oeuvre est acclamé ; le canal de Suez était fait ; les ingénieurs n’avaient plus qu’à céder la place aux terrassiers. Quelques années après, le premier vaisseau portant à son bord Napoléon III et de Lesseps traversait le canal.

Lieussou ne fut pas là pour admirer l’oeuvre gigantesque à laquelle il avait si bien collaboré ; il était mort en pleine activité, en pleine vigueur, le 6 janvier 1858 à son domicile du 23 rue Saint Georges à Paris.

Le monde savant put ce jour-là prendre le deuil. Qui sait les inventions que nous réservait encore celui qui s’éteignait à quarante-trois ans ! Dans la revue l’Isthme de Suez, Barthélemy Saint-Hilaire lui rendait justice en ces termes : " Le nom de M. Lieussou restera toujours attaché à la grande entreprise du canal de Suez, comme il le sera également à l’étude des montres marines et à la création des ports de l’Algérie... M. Lieussou pouvait être, de bien longues années encore, utile à la science et à son pays... " Que pouvons-nous ajouter à cet éloge ?

Sources : Extraits (LES SORÉZIENS DU SIÈCLE). 1901.