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Personnalités féminines - Figures marquantes

MORNY Mathilde de (1862-1944)

54eme division ( R, 10, rond point des travailleurs municipaux)
mercredi 23 décembre 2009.
 

Fille du Duc de Morny

Mathilde de Morny, voit le jour le 26 mai 1863 et morte en 1944, était la dernière fille du duc de Morny, le frère utérin de Napoléon III, et de son épouse la princesse Sophie Troubetzkoï (1838-1896), fille naturelle du tsar Nicolas Ier.

Arrière-petite-fille de Talleyrand mais aussi de l’impératrice Joséphine, elle descendait de Louis XV par sa mère.

Sa conduite extravagante en fit une célébrité de la Belle Époque et malgré son mariage en 1881 avec Jacques Godart, marquis de Belbeuf - dont elle divorça en 1903 - elle afficha ouvertement sa préférence sexuelle pour les femmes.

Curieusement, à cette époque où les amours féminines étaient à la mode, elle fut attaquée avec acharnement, surtout en raison de son attitude très virile. En effet, le port du pantalon par une femme pouvait scandaliser à une époque où il n’était permis qu’après l’autorisation des autorités compétentes (que l’on songe à Rosa Bonheur).

Grâce à sa personnalité et sa fortune, Mathilde de Morny entretient de nombreuses femmes à Paris, y compris Colette et Liane de Pougy. « Missy », comme elle était surnommée, achetera pour Colette le manoir de Rozven, en Bretagne.

Toutes deux séjournent aussi, à partir de l’été 1906, au Crotoy dans la villa « Belle Plage ». Colette y rédige Les vrilles de la vigne et La vagabonde.(La vagabonde sera porté à l’écran par Musidora).

Le 3 janvier 1907, elle se présente avec Colette sous l’anagramme d’Yssim dans Rêve d’Égypte, au Moulin-Rouge, déchaînant un scandale et l’interruption des représentations par le préfet de Police Louis Lépine.

Le 21 juin 1910, « Missy » et Colette signent enfin l’acte de vente du manoir de Rozven, le jour même où la première chambre du tribunal de grande instance de la Seine prononce le divorce de Colette et Willy.

« Missy » inspira à l’écrivain le personnage de «  La Chevalière » dans son roman Le Pur et l’Impur. Colette dira d’elle : « La Chevalière » qui, « en sombre ajustement masculin, démentait toute idée de gaieté et de bravade... Venue de haut, elle s’encanaillait comme un prince ». Colette avait pris la mesure du mal-être de son amie.

Sous le pseudonyme d’Yssim (anagramme de Missy), elle fut sculpteur et peintre, élève du comte Saint-Cène et du sculpteur Édouard-Gustave-Louis Millet de Marcilly.

Mathilde de Morny se faisait appeler «  Max », «  Oncle Max » ou bien encore « Monsieur le Marquis ». Elle porte alors un complet veston (tenue interdite aux femmes), le cheveu court, fume le cigare. Elle subira une hystérectomie et l’ablation des seins.

Fin mai 1944, elle tenta de se suicider mais fut sauvée. Complètement ruinée, elle se suicida un mois plus tard le 29 juin 1944 en mettant la tête dans le four de sa cuisinière à gaz et mourut à trois heures de l’après-midi.

Lors de ses funérailles c’est l’auteur dramatique et acteur Sacha Guitry qui conduisait le deuil. Elle repose dans la chapelle familiale du duc de Morny.

Sources : Mathilde de Morny

Fernande Gontier et Claude Francis, Mathilde de Morny. La scandaleuse marquise et son temps, Perrin, 2005.

Fernande Gontier, Homme ou femme ? La confusion des sexes, Perrin, 2006 chap. 8.

Colette, Lettres à Missy. Édition établie et annotée par Samia Bordji et Frédéric Maget, Paris, Flammarion, 2009.