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Ecrivains - Mémoires du Compagnonnage

PERDIGUIER Agricol (1805-1875)

85eme division (2eme ligne, H, 13)
mardi 8 novembre 2005.
 

Avignonnais la vertu

Agricol Perdiguier, est né le 3 décembre 1805 à Morières prés d’Avignon d’un père menuisier et d’une mère couturière, il a eu huit frères et sœurs, il était le septième.

Son père outre sa menuiserie possédait des terres et des vignes et faisait travailler ses enfants. En 1789, son père s’enrôle parmi les volontaires d’Avignon, et part pour l’armée d’Italie avec le grade de capitaine. En matière d’éducation, l’instruction était des plus négligées (école payante) un franc pour apprendre seulement à lire, un franc cinquante pour la lecture et l’écriture. La mère paye pour les filles, le père pour les garçons.

Son père du le forcer pour aller à l’école. Il apprend le français par le latin, sans qu’on l’oblige à prononcer correctement. Il fréquente 2 ou 3 ans l’école, et sait lire, écrire, calculer, mais d’une manière fort incomplète,il faut travailler.

Son premier travail est de ramasser du crottin et du fumier, son père le paye ce qui lui permet de s’acheter des vêtements. Lorsqu’il a 13 ou 14 ans son père lui dit « tu sera menuisier », «  il était le maître, je me soumis ». Au moment des Cents jours, il joue au soldat avec passion, il avait porté des épaulettes d’un capitaine patriote. (Il n’avait pas dix ans). Au retour des Bourbons, son père fuit la terreur blanche et se cache. Il est arrêté en 1815 et emprisonné. Il est libéré contre la somme de deux mille francs. Agricol est persécuté pour son attitude pendant les Cent jours.

En 1822, il a 16 ans et trois mois, il peut alors travailler chez un ami de son père, menuisier à Avignon et ce, pendant un an. En quittant ce dernier, il va chez Monsieur Poussin autre ami de son père. Son premier patron occupait des dévoirants, compagnons menuisiers du Devoir, enfants de Maître Jacques, le second, des Gavots, compagnons menuisiers du Devoir de Liberté, enfants de Salomon. Ses derniers lui conseillent de se faire embaucher et de devenir membre de la Société.

Il est embauché en 1823 chez Monsieur Ponson, autre ami de son père qui va le pousser à faire son Tour de France, il commence aussi à apprendre le dessin. Il est affilié le premier dimanche du mois suivant.

Le 20 avril 1820 il commence son Tour de France en partant d’Avignon à Marseille. Il est enfin reçu compagnon le jour de la Toussaint à Montpellier sous le nom d’Avignonnais-la-vertu.

Le voilà possesseur d’une canne ouvragée et de rubans bleu et blanc qu’il devait attacher à sa boutonnière. Il est élu compagnon fini à Chartres, puis premier compagnon à Lyon à Noël 1827, donc responsable des Compagnons dans cette ville. (Le premier compagnon change deux fois par an à Noël et à la Sainte Anne).

Le 17 août 1828 sortant de sa charge, il quitte Lyon après onze mois, pour Avignon. Il arrive à Morières après quatre ans et demi de voyage soit le 24 août 1828, il a alors vingt deux ans et neuf mois, Tour de France terminé. Il remercie la société peu de temps après.

Pendant son Tour de France, Agricol en profite pour s’instruire en lisant les grands auteurs antiques et classiques, ainsi que la personnalité et les mœurs des habitants des villes traversées.

Il lutte pour le rapprochement des différentes sociétés du compagnonnage qu’opposent parfois des luttes âpres et sanglantes (voir le célèbre feuilleton télé Ardéchois cœur fidèle, avec le regretté Sylvain Joubert) ainsi que pour l’amélioration intellectuelle et morale des compagnons en particulier, de la classe ouvrière en général.

En 1839, il publie Le livre du compagnonnage, cela lui vaut bien des inimitiés de centaines de compagnons. Le 29 avril 1848 il est élu représentant du peuple dans le Vaucluse et la seine, il choisit la Seine. Il siégea à la montagne et le 8 septembre 48 prononça un discours contre les 12 heures de travail, le 13 mars 49, il est réélu à l’Assemblée législative.

Le 2 décembre 1851, après le coup d’état du prince président, il est arrêté avec de nombreux députés. Il est appréhendé à son domicile et dirigé au grand dépôt de la préfecture en bonne compagnie, Edgar Quinet, Victor Hugo, Louis Blanc et Lamennais. Le 9 janvier 52, il est expulsé par décret, il fini par rejoindre la Suisse ou il écrivit Les Mémoires d’un compagnon.

En 1856, il revient à Paris jusqu’en 1863 ou il part à Avignon et commence son 3eme tour de France, il arrive le 16 août à Morières.

En 1871, pendant la défense de Paris, il est nommé adjoint au maire du XIIeme arrondissement. En 1874, le jour de la Toussaint, il assiste à la fête patronale des compagnons tailleurs de pierres de Liberté. La tourmente passée, Agricol Perdiguier vieillit et fait maintenant figure de Père du Compagnonnage.

Le 26 mars 1875 il meurt d’une congestion cérébrale à Paris dans un état proche de la misère.

Les compagnons ont conservé son culte et viennent se recueillir sur sa tombe surmontée d’une ruche le jour de la Toussaint, sortant leurs insignes, cannes et couleurs.

(Sources : Agricol Perdiguier, Les mémoires d’un compagnon, 1853)

Gravures et illustrations : Agricol Perdiguier, Histoire du Compagnonnage.

A voir aussi, le compagnonage et l’art funéraire Un article trés interressant du site Compagnons et compagnonage...