Navigation







Représentants du Peuple - Députés - Sénateurs

BOCHER Edouard Pierre (1811-1900)

92eme division (1ere ligne, G, 23)
dimanche 20 décembre 2009.
 

Représentant du Peuple

Pierre Henri Édouard Bocher est un haut fonctionnaire et homme politique français né à Paris le 16 février 1811 et mort en 1900.

Fils d’un agent de change parisien, Édouard Bocher fit de brillantes études au lycée Henri-IV, couronnées par deux prix au Concours général, puis suivit les cours de l’école de droit. Il entra comme auditeur au Conseil d’État en 1833 et fit un mariage d’amour en épousant en 1834 Aline de Laborde (1811-1885), deuxième fille du comte Alexandre de Laborde et femme du monde accomplie. Ils eurent deux fils :

Emmanuel Bocher (1835-1919), officier, écrivain, pianiste, peintre, éditeur de l’œuvre complète de Gavarni et grand ami de Sarah Bernhardt ; Valentin Bocher (1840-1849).

Par l’influence de son beau-père, alors député d’Étampes, Édouard Bocher fut nommé sous-préfet de cet arrondissement (1834) avant de devenir préfet du Gers (1839). Envoyé en 1841 à Toulouse pour apaiser les troubles créés par le recensement fiscal, qui avait suscité une émeute au cours de laquelle le préfet de la Haute-Garonne avait été chassé par la population, il s’acquitta avec éloges de cette mission et fut nommé préfet du Calvados (6 janvier 1842), poste qu’il conserva jusqu’à la Révolution de 1848.

Il se présenta aux élections législatives dans le Calvados le 13 mai 1849 avec une profession de foi républicaine et fut élu[1], mais pris place à droite au sein de l’Assemblée législative. Il démontra de réels talents oratoires dans les discussions sur les questions administratives et financières auxquelles il prit part, fut membre de plusieurs commissions et du comité de permanence, et rapporteur du projet de loi sur l’impôt des boissons. Il se tint à l’écart des menées politiques du prince-président et protesta contre le coup d’État du 2 décembre 1851.

Au moment de son départ pour l’exil, Louis-Philippe l’avait nommé administrateur des biens de la maison d’Orléans situés en France. En cette qualité, Édouard Bocher s’opposa avec la dernière énergie à l’exécution des décrets de spoliation du 22 janvier 1852. Arrêté pour avoir fait distribuer une protestation contre ces décrets, il comparut devant le tribunal correctionnel et fut condamné à un mois de prison pour avoir violé la loi sur le colportage. Il fut incarcéré à la Conciergerie en compagnie de son ami Prosper Mérimée, alors emprisonné pour outrage à la magistrature pour avoir défendu vigoureusement Guillaume Libri, inspecteur général de l’Instruction publique accusé d’avoir volé des livres dans les bibliothèques qu’il était chargé d’inspecter.

Aux élections du 24 mai 1869, il se porta candidat d’opposition dans la 1re circonscription du Calvados et échoua. Le 8 février 1871, la même circonscription l’envoya à l’Assemblée nationale. Il prit place au centre droit, dont il devint le président, défendit contre Pascal Duprat, en qualité de rapporteur, le projet de loi de restitution à la famille d’Orléans des biens non vendus, fit partie de nombreuses commissions, contribua activement à faire voter par le centre droit les lois constitutionnelles de 1875, et refusa pour raisons de santé le ministère de l’Intérieur, qui lui était offert par le maréchal de Mac-Mahon. Il vota pour la paix, pour l’abrogation des lois d’exil, pour la pétition des évêques, pour le pouvoir constituant de l’Assemblée, contre le service militaire de trois ans, pour la démission de Thiers, pour l’arrêté contre les enterrements civils, pour le septennat, pour le ministère Broglie, contre la dissolution de l’Assemblée, pour les lois constitutionnelles.

Le 30 janvier 1876, il se présenta aux élections sénatoriales dans le Calvados, déclarant « qu’il ne songerait point à modifier la loi constitutionnelle, qu’il avait votée parce qu’il l’avait crue nécessaire, avant le temps qu’elle a elle-même fixé et sans en avoir fait une sincère et sérieuse épreuve ». Il fut élu en opposition à la liste bonapartiste, et prit place à droite. Il proposa, en mars 1878, un amendement au projet de loi sur l’état de siège autorisant le président de la République à la déclarer, en cas de dissolution de la Chambre, à condition de convoquer immédiatement les collèges électoraux et de réunir les chambres dans le plus bref délai. Il prononça en mars 1881 un éloquent discours en faveur de la loi Falloux de 1850, à la suite d’une interpellation de M. Batbie sur la fermeture d’établissements libres d’enseignement secondaire, défendit en février 1882 l’adjonction des plus imposés aux conseils municipaux pour le vote des contributions extraordinaires, attaqua en avril 1883, dans la discussion sur la conversion, le programme des travaux publics entrepris par le gouvernement, « à qui les tristes expériences du passé auraient dû commander plus de modération dans les dépenses », et protesta énergiquement, en décembre 1883, contre la décision de la gauche sénatoriale de voter de confiance le budget ordinaire de 1884 faute de temps pour le discuter.

En janvier 1884, il critiqua vivement le budget extraordinaire et s’éleva, en août suivant, au Congrès de Versailles, contre l’article 2 de la nouvelle loi constitutionnelle qui disposait que « la forme républicaine du gouvernement ne [pouvait] pas faire l’objet d’une proposition de révision ».

Réélu dans le Calvados lors du renouvellement du 6 janvier 1885[7], il ne prit plus, en raison de sa santé, une part aussi active aux travaux de la Haute assemblée. Il monta quelquefois à la tribune sur des questions de finances et fit surtout, par ses votes, de l’opposition aux ministères qui se succédèrent. Il se prononça contre le rétablissement du scrutin uninominal (13 février 1889), contre le projet de loi Lisbonne restreignant la liberté de la presse (18 février), contre la loi de procédure à suivre devant le Sénat pour juger les attentats commis contre la sûreté de l’État (29 mars).

Il demeura toute sa vie un fervent défenseur de la cause orléaniste, disant à un député qui lui disait en citant Saint-Simon : «  C’est la fidélité à l’habitude », « Je dirais plutôt, l’habitude de la fidélité ».

Grand bibliophile, il réunit une remarquable collection de livres rares.

Il fut l’ami intime d’Alfred de Musset, qui lui dédia un de ses premiers poèmes.

E. P. Bocher était Officier de la Légion d’honneur (29 avril 1846). Il est décédé à Paris 2 avril 1900, il repose dans la 92eme division.

Sources : « Édouard Bocher », dans Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français (1789-1891), XIXe siècle.