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Révolution et Empire

VALENCE Cyrus général comte de (1757-1822)

24eme division (2eme ligne, P, 21)
samedi 5 novembre 2005.
 

L’insouciance et la gloire...

Sur l’un des manuscrits du Général de Gaulle conservés dans les archives de la librairie Plon, se trouvent tracés en marge d’un feuillet ces mots « qui est Valence ? » de la main du Maréchal Pétain, à qui il l’avait soumis. Le Maréchal est excusable de ne pas connaître le personnage que fut Cyrus, comte de Timbrune de Thiembronne de Valence, amant de Mme de Montesson, gendre de sa nièce Mme de Genlis, et mari de la fameuse Péki. Homme fort à la mode sous l’ancien régime, il fut colonel du régiment de Chartres-Dragons, puis général de la Révolution, qu’il finit par abandonner en désertant en 1793, en compagnie du duc de Chartres (futur Louis-Philippe) et de Dumouriez. Emigré, il fut ensuite sénateur puis servit Napoléon, d’abord en Espagne, puis en Russie où son état de santé l’obligea à quitter l’armée avant l’entrée à Moscou. Il était devenu obèse, tenant difficilement sur un cheval où il « roulait comme un muid ». Après Waterloo, il poursuivit une carrière riche et féconde en qualité de négociateur auprès des Alliés, puis devint pair de France sous le règne de Louis XVIII. Grâce au beau livre que lui a consacré Gabriel de Broglie, on connaît mieux cet homme attirant que l’on croise souvent dans les récits de cette époque si riche de notre histoire.

Le général comte de Valence est l’archétype de ces dernières années de l’ancien régime, tout en finesse et en harmonie, où l’insouciance était de mise. Homme de grande culture et de grand air, il fut sans conteste le digne représentant de cette société de plaisir qui allait se retrouver toute étonnée sur les marches de l’échafaud de Samson. Dans l’aréopage de Mme de Montesson, dont il fut l’amant, il faisait figure d’homme à la mode, recherché pour ses manières exquises et son esprit. Bien des femmes ont été sensibles à ses charmes. A l’insolence de ses contemporains, il opposait une courtoisie et une bienséance peu communes. Le général de Valence fut élevé en 1821 à la dignité suprême de souverain commandeur ad vitam pour la France de l’ordre maçonnique du rite écossais auquel il apporta une rénovation. Il présida encore le 28 juin 1821 la fête funèbre donnée par les loges maçonniques en l’honneur des maréchaux Kellermann, Masséna, Lefebvre, Pérignon et Beurnonville. En 1821, l’état du général de Valence s’aggrave, il ne quitte plus Paris et Mme de Genlis reste prés de lui. Malgré tout, il continue à sortir, va dîner chez Lacepède, donne à la fin du mois de mai un grand dîner chez lui et se rend régulièrement à la chambre des Pairs. Mme de Genlis, en vieillissant, est devenue dévote et tente de ramener Valence dans le chemin de la religion. A la fin de 1821, l’état de Valence empire, la gangrène le prend et gagne toutes les parties de son corps. Le 4 février1822, il demande à voir le confesseur de Mme de Genlis, M. Gavoile, se confesse à lui pendant trois quarts d’heure et expire pendant l’extrême onction. Les funérailles ont lieu le 7 février 1822 à Notre Dame de Lorette. Il est conduit au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis, non loin de Mme de Genlis, dans la 24ème division. Sa femme et le général Gérard demandent à Horace Vernet le projet d’un monument qui fut réalisé par le sculpteur Dubuc. Cette sépulture, ayant été élevée par souscription nationale (elle a couté cent mille francs de l’époque), bénéficie d’un entretien perpétuel.