Navigation







Révolution - Empire - Restauration - Monarchie de juillet - Second Empire

DUPONT D’AUBEVOYE Théodore marquis d’OYSONVILLE (1784-1862)

22eme division
mardi 15 décembre 2009.
 

Officier commandant de marine

Le marquis André Charles Théodore DUPOND d’AUBEVOYE d’OYSONVILLE, voit le jour en 1784.

Il était issu d’une famille noble de l’Anjou qui compte dans ses rangs le général Dupont d’Aubevoye, comte de Lauberdière (1759-1837) qui fut baron de l’Empire et oncle du commandant.

Marin de grande valeur, il fit les campagnes de Martinique, de Guadeloupe.

Il a à son actif plusieurs faits d’armes et actions de valeur :

Le 4 avril 1833, « Le Superbe », commandé par le capitaine de vaisseau André-Charles Théodore Du Pont d’Aubevoye, comte d’Oysonville, avait quitté Toulon pour rejoindre l’Escadre du Levant à Smyrne (aujourd’hui Izmir), où il arriva le 23. C’était un trois-mâts, « bon marcheur et d’une belle tenue », « le plus joli vaisseau de la Flotte française », qui avait été construit à Anvers de 1809 à 1814 sur les plans de l’ingénieur naval Jacques-Noël Sané. Long de 56 mètres et large de 15, pour un équipage de 570 marins et fusiliers, il jaugeait 3.000 tonneaux et portait 74 canons. En route vers Smyrne, il a dû croiser le « Luxor » : ce dernier ramenait l’obélisque dont le pacha égyptien Mehmed Ali avait fait cadeau à la France et qui se trouve aujourd’hui place de la Concorde. L’usage de l’époque prévoyait l’hivernage des navires de guerre. C’est ainsi que, au début de décembre, après la corvette « La Cornélie » qui devait faire le détour par Salonique pour embarquer les rescapés du naufrage d’un navire de commerce et qui est partie le 9, « Le Superbe » et « La Galatée » avaient reçu du contre-amiral Hugon l’ordre de quitter leur mouillage et de le rejoindre à Nauplie où l’Escadre du Levant se préparait pour rentrer passer l’hiver à Toulon.

Les deux bâtiments sortent donc de la rade de Smyrne le samedi 14 décembre 1833, peu après 8 heures, juste derrière deux frégates américaines1, et, presque aussitôt, affrontent un fort vent de nord-est qui dégénère bientôt en une violente tempête. Ils sont immédiatement séparés. De son côté, « La Cornélie », prise plus au nord dans l’ouragan, est rabattue vers Paros, puis va se réfugier en Crète. Hugon s’inquiète encore de son sort après Noël.

« Le Superbe » est poussé entre Tinos et Mykonos, ses voiles se déchirent. Le vaisseau dégarni voit Paros, mais ne parvient pas à rejoindre le port fortifié de Naoussa. Il est emporté jusqu’à Parikia, dont il n’a pas de cartes précises. Le mât de beaupré se brise, tuant un matelot. Puis un autre mât casse. Le 15 décembre, vers 16 heures, le navire, mouillé sur deux ancres, par une erreur du pilote qui avait lancé sans ordre celle de tribord, et balloté par d’énormes vagues, talonne un rocher. Il gîte à bâbord, la carène défoncée et menace de se briser en deux.

Le commandant d’Oysonville fait preuve d’un grand courage : il harangue ses hommes paniqués, leur interdit de quitter le bord avant que ne soit trouvé un moyen sûr d’abandonner le navire et menace d’exécuter les récalcitrants. Il fait tirer quatre coups de canon pour ameuter les villageois. Témoin du drame, le consul britannique, Petros Mavromatis, évoque « des vagues monstrueuses ». Un second-maître d’équipage, Guigoux, accepte malgré cela de tenter de rejoindre la terre à la nage pour chercher du secours. Il y parvient, mais la tempête est trop brutale pour mettre des caïques à la mer. Le commandant ordonne alors de lancer des filins attachés à des barils vides, en espérant que le vent les pousse vers la côte pour qu’on puisse tracter le navire. L’idée échoue, comme la tentative d’un officier, Maisonneuve, de tirer un câble avec un canot.

Finalement, la grande chaloupe est mise à la mer au prix d’énormes efforts. Elle emmène environ 120 hommes, mais se casse en accostant. Des radeaux de fortune en sauvent chacun une soixantaine d’autres. Et un pêcheur grec héroïque réussit à faire quatre allers et retours avec son caïque, sauvant ainsi une centaine de matelots de plus. Les quelque 150 derniers marins devront leur salut, le 17 décembre, au retour subit du beau temps. L’agent consulaire Condilly (Nicolas Kondylis) coordonne efficacement l’aide aux naufragés : la France le remerciera en le nommant à vie. Hormis le marin écrasé par la chute du mât de beaupré, seules huit victimes sont à déplorer, toutes noyées pour avoir tenté de s’en sortir par leurs propres moyens. Les neuf corps sont enterrés près de la rive, au cap Delphini.

Au témoignage de d’Oysonville lui-même, l’accueil des Pariotes fut très hospitalier. Ils vêtent les marins et les réchauffent, ils les hébergent pendant toute une semaine. Il faut s’imaginer ce qu’a représenté l’irruption de ces centaines d’hommes dans un village à peine plus peuplé. Il a d’ailleurs fallu faire venir des vivres de Syros.

On met la semaine à profit pour repêcher six petits canons, au prix de gros efforts. Puis, le 26, l’équipage, tambour en tête, gagne Naoussa où l’attend depuis la veille le « Ville-de-Marseille ». A Nauplie, après le nouvel-an, les hommes seront répartis entre « L’Iphigénie », «  Le Duquesne » et « La Galatée », qui s’en était sortie en se réfugiant dans la baie de Cervi, à Elafonissos (Laconie). Tous arriveront à Toulon le 26 janvier 1834. A également réchappé à la tempête, le brick-aviso de dix canons « La Flèche », commandé par le lieutenant de vaisseau Alphonse Odet-Pellion, qui en sera officiellement félicité et deviendra vice-amiral en 1858. Partie de Smyrne le même jour que « Le Superbe », la frégate américaine du commodore Paterson, a bien failli périr elle aussi. Drossée sur le rivage d’Andros, sans plus de voiles ni de mâts, elle a été miraculeusement renflouée par un coup de vent, puis emportée vers Milos.

lithographie du Naufrage du vaisseau Le Superbe par Pierre-Julien Gilbert

Le commandant, fait commandeur de la Légion d’Honneur, restera en service dix années encore.

Il s’éteindra à Paris en 1862, il repose dans la 22e division.

Sources : Alain Desauvage, le monument de l’ile de Paros (extraits) et divers.