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Empire - Restauration - Monarchie de juillet - Second Empire - IIIeme République

CHABAUD LATOUR François Henri Ernest (1804-1885)

35me division (3eme ligne, M, 34)
mercredi 2 décembre 2009.
 

Général de division

Fils d’Antoine Georges François (15 mars 1769-19 juillet 1832) et de Julie Verdier de la Coste, François, Ernest Chabaud-Latour naît à Nîmes le 25 janvier 1804.

Il sort 7e de l’école Polytechnique en 1820 et choisit le Génie.

En 1829, il participe brièvement aux côtés de l’armée russe au siège des places du Danube, appelé à Paris pour servir dans le ministère Polignac.

En 1830, il est volontaire pour l’expédition d’Alger, et est décoré à la suite du bombardement du Fort-1’Empereur et de l’occupation de Blida. Nommé officier d’ordonnance du duc d’Orléans, fonction qu’il occupera jusqu’à la mort du Prince en 1842, il se retrouve engagé dans la campagne de Belgique et à la prise d’Anvers.

Chabaud-Latour suit également le duc d’Orléans pendant les campagnes d’Algérie (1837, 1839, 1840) et participe aux engagements de Sig, Habra, Mascara, puis, en 1839, à la bataille des Portes de Fer qui lui vaut d’être élevé à la dignité de croix d’officier de la Légion d’honneur et, en 1840, aux combats de Médéah, d’El-Affroun, du col de Mouzaïa et du bois des Oliviers.

En 1840, lorsque se pose la question des fortifications de Paris, il préconise dans son avant-projet la construction d’une enceinte continue fortifiée et d’une ceinture de forts avancés destinés à éviter à la population les rigueurs d’un siège. Sa charge de député du Gard (de 1837 à 1848, favorable au ministère Guizot), lui permet de défendre son projet au Parlement. Chef du génie, il s’occupe personnellement du secteur Est de l’enceinte de Paris - il supervise les travaux jusqu’en 1846.

Promu lieutenant-colonel en 1842, il devient l’aide de camp du comte de Paris à la mort du duc d’Orléans. Colonel en 1846, il part commander le 3e régiment du génie, à Arras.

Lors des journées de février 1848, il reste fidèle aux Orléans allant jusqu’à offrir sa démission à la suite de l’abdication du roi. Mis en disponibilité quelques semaines, il est appelé à la direction du génie d’Amiens, puis, suite au coup d’État du 2 décembre 1851, il réintègre ses fonctions à Grenoble.

Commandant supérieur du génie en Algérie en 1852, il demeure cinq ans dans la colonie, prenant part aux expéditions des Babors en 1853, des Beni-Iuya en 1854, des Guetchoula en 1855 et de la Grande-Kabylie en 1857. Planificateur talentueux , il réalise en seize jours la route de Tizi-Ouzou à Souk-el-Arba, et, en quatre mois, il fait construire Fort-Napoléon, au centre de la tribu des Béni Raten. Il s’occupe également de construction de barrages sur les rivières et de la création de plusieurs villages.

Général de brigade au 30 avril 1853, Chabaud-Latour est promu général de division après les campagnes de 1857 et 1858, date de son retour à Paris, appelé au comité des fortifications, à l’inspection générale des places fortes, des régiments du génie et de l’École polytechnique, et au comité consultatif des affaires algériennes.

Lors de la guerre d’Italie, il commande le corps du génie posté en observation sur la frontière de l’Est. Grand officier de la Légion d’honneur en 1861, président du comité des fortifications en 1864, il passe au cadre de réserve le 25 janvier 1869.

Rappelé à l’activité en 1870, Chabaud-Latour est mis à la tête du génie de la défense de Paris et reprend la présidence du comité des fortifications, mettant en état de défense le camp retranché de la capitale de sorte qu’elle ne put être bombardée sur sa rive gauche qu’à partir des redoutes inachevées de Châtillon et de Montretout. Son fils, Arthur Henri Alphonse (1839-1910), issu de son mariage avec Hélène Mathilde Périer, saint-cyrien, s’illustre lors des combats de l’armée de la Loire, recevra la Légion d’honneur pour sa conduite exemplaire.

Lissagaray, le "Michelet de la Commune", écrira à ce propos "Ce Paris pour qui Hoche, Marceau, Kléber n’eussent été ni trop jeunes, ni trop croyants, ni trop purs, avait comme généraux les plus mauvais résidus de l’Empire et de l’Orléanisme, Vinoy de Décembre, Ducrot, Suzanne, Leflô.

Tel prétentieux fossile comme Chabaud-Latour commandait en chef le génie." L’enceinte ainsi réalisée, appelée communément l’enceinte de Thiers ou "les fortif’" mesure 35 kilomètres de long (son tracé correspond à celui du l’actuel périphérique) assurée par 94 bastions et pourvue de 17 portes et de 8 poternes.

L’assise par endroit atteint 40 centimètres d’épaisseur de béton, le pavement extérieur, comme les murs de profil, est en meulière et formé d’une succession de moellons bruts lié par du mortier hydraulique.

Nommé grand croix de la Légion d’honneur pour cela, il est maintenu en activité sans limite d’âge. Elu député du Gard, en février 1871 à l’Assemblée nationale - y siégeant au centre droit - il y préside la commission de l’armée chargé de la rédaction de la loi militaire de 1872, il est aussi le rapporteur du projet de loi sur les nouveaux forts à construire autour de Paris et occupe, à plusieurs reprises, la fonction de vice-président de l’Assemblée.

Membre du comité de défense, Chabaud-Latour met tout son talent dans l’organisation de la nouvelle frontière de l’Est. Personnage éminent de l’État, il est désigné pour juger, en 1873, le maréchal Bazaine, accusé d’avoir contribué à la défaite française lors de la guerre franco-allemande de 1870.

Appelé le 20 juillet 1874 par le maréchal de Mac-Mahon aux fonctions de ministre de l’Intérieur, et ce jusqu’au 10 mars 1875, il s’inscrit dans la ligne du duc de Broglie, en plein débat sur le septennat. Il échoue aux élections sénatoriales du 30 janvier 1876 mais est nommé sénateur inamovible le 10 novembre de l’année suivante. Il décède à Paris le 10 juin 1885 des suites d’une chute dans l’escalier de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest dont il était l’administrateur.

Sources : R. d’AMAT et R. LIMOUZIN-LAMOTHE, Dictionnaire de biographie française, Paris, Letouzey, 1965, tome 6, col. 113-115 ; F. GUIZOT, Mémoires pour servir à l’histoire de mont temps, Paris, Lévy, 1864

Sources complémentaires : P.-O. LISSAGARAY, Histoire de la Commune, Paris, Dentu, 1896, pp. 58-59 ; B. YVERT, Dictionnaire des ministres (1789-1989), Paris, Perrin, 1990, pp. 400-401