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Commune de Paris - 26 mars - 28 mai 1871 - Historien

LISSAGARAY Prosper Olivier (1838-1901)

87eme division (columbarium)
mardi 24 novembre 2009.
 

Historien de la Commune de Paris

Prosper Olivier Lissagaray voit le jour le 24 novembre 1838. Décédé le 25 janvier 1901.

Fondateur des conférences publiques, animateur littéraire, journaliste français républicain et socialiste indépendant.

Il est surtout célèbre pour l’enquête qu’il a menée avec acharnement sur l’histoire de la Commune de 1871, événement auquel il a participé. Il recueille ainsi des témoignages auprès de tous les survivants en exil, à Londres, en Suisse. Il consulte tous les documents alors disponibles à l’époque, car « le vainqueur guettera la moindre inexactitude pour nier tout le reste ».

Eleanor Marx, fille cadette de Karl Marx, s’est éprise de lui lors de son exil à Londres, de 1871 à 1880. C’est Eleanor qui va ainsi traduire l’Histoire de la Commune de 1871 en anglais.

Malgré l’opposition de Karl, la froideur de sa mère et des Lafargue vis-à-vis de leur idylle parce que, entre autres, « Lissa » - 34 ans - a dix-sept ans de plus que « Tussy », puis à cause des dépressions que cela impose à sa petite dernière, son père accepte leurs fiançailles, tout en l’éloignant.

Mais, à 25 ans, peu après le décès de sa mère, Eleanor - anorexique - décide de les rompre, « Lui n’a rien à se reprocher dans cette histoire ». Il en restera en Lissagaray une forte rancœur contre les Lafargue, Paul et Laura, surtout après le suicide de celle-ci. On lui compte une liaison avec une marquise dans les années 1890, mais Lissagaray restera célibataire.

Le 24 novembre 1838, naissance d’Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray, de l’union de Laurent Prosper Lissagaray - qui a plus de 50 ans - et de Marie-Louise Olympe Boussès de Foucaud. Son père est pharmacien à Toulouse. Prosper Olivier a un frère, Henri.

Son père meurt dès son plus jeune âge, Henri et lui sont mineurs.

Lissagaray fait ses études dans des conditions difficiles à Aire-sur-l’Adour.

En seconde du collège, il fait ses premières armes littéraires, à 15 ans, avec son camarade Paul Lacomme d’Estalenx : Les Mystères des croisades, histoires de Louis VII et Eléonor d’Aquitaine

1847. Sa mère, veuve, demande légalement le remboursement des emprunts faits aux Cassagnac par son mari, emprunts qu’ils avaient contractés en hypothéquant, pour sauver leur propriété et l’entreprise de ces gentilhommes verriers, même si une dot considérable avait été, pourtant, apportée par les Lissagaray pour le mariage de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac avec la tante de Prosper Olivier, Ursule Lissagaray.

1860, installation à Paris après un voyage en Amérique. Il dirige une société littéraire à but non lucrative du type des Entretiens et Lectures d’Albert Le Roy. Lissagaray et Juette deviennent les fondateurs des conférences publiques avec les conférences de la rue de la Paix. Il écrit une Revue des études littéraires destinée aux scolaires.

1864, conférence houleuse sur Alfred de Musset, mort en 1857 et très populaire. Pour Lissagaray, Musset « est un homme sans opinion, sans conviction, sans principes, qui prétend incarner dans lui-même l’esprit de cette époque ». Il y dénonce les côtés vicieux et débauchés du poète et de ce fait n’est point un modèle pour la jeunesse : « Nous n’avons plus le temps d’être jeune. Soyons vieux à vingt-cinq, si nous ne voulons pas être serfs à trente... ».

Conférence mal accueillie même de par la jeunesse, il publie donc son texte Alfred de Musset devant la jeunesse pour que nul ne l’oublie.

1868, engagement contre l’Empire et le 15 août, création du journal l’Avenir à Auch qui veut « rallier dans le Gers toutes les forces éparses du grand parti de la révolution... » dont la ligne est :

le « droit de réunion et d’association » et « la presse, la parole et la conscience libres », « les élections loyales... », « la responsabilité effective » des agents d’état, « la supression des emplois publics et des monopoles », puis « des octroi », « la séparation de l’église et l’Etat », « l’instruction gratuite et obligatoire », « le rachat de la dette », puis « la suppression de l’armée permanente », Et, « la paix qui ne peut résulter du libre accord des démocrates. ». Le 30 août 1968, un duel à l’épée s’engage avec victoire de Paul de Cassagnac, son cousin germain [6]. Ces premières cibles sont effectivement les Cassagnacs, notables, royalistes et députés du Gers.

1869, l’Avenir à Auch devient le Journal démocratique du Gers et des Hautes Pyrénées à partir du n°93 (3 août 1869). Installé à Paris, Lissagaray collabore à La Réforme de Malespine d’octobre au novembre sans pour autant quitter son journal du Gers.

1870, Il crée avec Henri Rochefort La Marseillaise en janvier. Dés le 4 janvier, les condamnations pleuvent : une pour duel à Auch et une à la prison Sainte-Pélagie pour « offenses envers les personnes de l’empereur et de l’impératrice », même si c’est effectivement Émile Ollivier qui l’aurait du l’être.

En prison, Il écrit Jacques Bonhomme - Entretiens de politique primaire. Il y dénonce également dans L’Avenir le meurtre de Victor Noir. Une émeute « trop prématurée » est évitée par l’intervention de Rochefort lors des obsèques du jeune Victor, ce qui vaudra la démission de Jules Vallès.

Suit une arrestation de tous les rédacteurs de La Marseillaise qui rejoignent Lissagaray. « Dans l’impossibilité d’envoyer des article à L’Avenir, à Auch ; encore moins de le diriger », il quitte son journal du Gers.

Libéré, le 6 Avril, il prend part aux réunions publiques contre le plébiscite de Louis-Napoléon. Puis, les amendes et deux nouvelles condamnations de prison « envers l’empereur » à Auch tombent de nouveau. Sans attendre, le 10 mai, il s’exile pour 3 mois à Bruxelles.

Il rentre à Paris où règnent des manifestations pour la République qui va être proclamé le 4 septembre 1870.

Il obtient une fonction de chef de Cabinet d’un avocat proche de Gambetta qui le suit à Tours. En octobre, Gambetta nomme Lissagaray commissaire de la guerre à Toulouse pour lever un corps de Franc-tireur. Puis, avec le Commandant Major Jay, il monte un projet de camp d’instruction accepté par Gambetta, le 3 novembre. En janvier 1871, «  afin d’être au plus près du feu », il rejoint l’armée du général Chanzy en tant que Chef d’escadron à l’état majors de l’armée de la Loire.

1871, le 18 mars, il participe à la Commune de Paris du coté des insurgés en tant que « simple du rang ».

Il crée l’Action dans lequel, Lissagaray :

Refuse toute conciliation avec le « Triumgueusat » : Favres, Thiers et Picard puisque « qu’il n’y a qu’une autorité, celle de la commune », Dénonce l’inexistence de généraux et de jeunes chefs et l’incapacité des députés, Veut l’interdiction des journaux anti-commune contrairement à Vallès, Réclame le programme de la commune : « Nous avons le droit d’être impatients du programmes de la Commune. Plus le dangers est grand, plus ce programme devient nécessaire. [...] Que la France,... apprennent au plus vite pourquoi Paris se bat : Voilà votre premier devoir, hommes de la Commune. ».

Souhaite que « que les intérêts des paysans rejoindront ceux des ouvriers si l’éducation peut s’étendre dans les campagnes » Seul 6 numéros paraissent en deux semaines et L’Action cesse le 9 avril. Le reste du temps, il est avec son fusil sur les remparts.

Il crée ensuite le Tribun du Peuple qui sort en continu du 17 mai au 24 mai 1871. Ces derniers écrits dans le journal sont «  Au feu maintenant ! Il ne s’agit plus de crier « Vive la République ! » mais de la vivre ! ».

Et Lissagaray, « dernier soldat de la Commune réussissait à s’échapper » de la dernière barricade ce dernier jour sanglant.

Recherché comme beaucoup de communards, il s’exile à Bruxelles où il publie les Huit journées de mai derrière les barricades, dont Jenny Marx rapportera, en décembre 1871 à Kugulman, que « A une seule exception près, tous les livres sur la Commune qui ont paru jusqu’à présent ne valent rien. Cette unique exception à la règle générale, c’est l’ouvrage de Lissagaray » .

De Belgique, il part rapidement pour l’Angleterre où il va rencontrer la famille Marx et Eléanor. Sans le sou, travaillant un peu à droite et à gauche, il organise des conférences ou y participe, collabore toujours aux journaux comme Le Rappel, Le Mot d’ordre ou Le courrier de l’Europe. Il soufflette René de Pont-Jest, journaliste du Figaro pour son article fallacieux sur Les communards à Londres. Il écope d’une amende et d’un avertissement. Puis, dans le même temps, il entreprend « de raconter la Commune ».

En 1876, après de longues recherches journalistiques et historiques, il publie L’histoire de la commune de 1871, interdite en France mais diffusée sous le manteau. La publication de la traduction anglaise par Éléanor Marx de l’Histoire de la Commune de 1871 se fera en 1886.

1880, le 11 juillet, Gambetta prononce, malgré sa position, l’amnistie des communards voulu depuis longtemps par Victor Hugo. C’est le retour de Lissagaray à Paris. La première chose est de demander rétractations et excuses de René de Pont-Jest pour son article calomnieux sur les communards à Londres, paru quelques années auparavant. De pont-Jest refuse, Lissagaray demande réparation par les armes. De Pont-Jest refuse encore, c’est par la plume que Lissagaray touche dans Le Rappel du 25 juillet 1880.

1881, il crée La Bataille, politique et sociale tant bien que mal dont le premier numéro paraîtra le 10 mai 1882. A ces débuts les collaborateurs Broussistes ont voulu le diriger et faire un journal de cette chapelle, mais sans y parvenir. Ensuite, le propriétaire du journal décide en 1882 de le fusionner avec Le Citoyen dirigé par Jules Guesde et « le lâche Paul Lafargue » : C’est Le Citoyen et la Bataille. Mais la collaboration est impossible ; d’une part en raison des petites rancœurs entre Lafargue et Lissagaray ; d’autre part, parce que les journalistes guesdistes ne veulent pas de Lissagaray comme rédacteur en chef, évinçant ainsi, Paul Lafargue de cette tâche. Avec toute cette cacophonie territoriale Le Citoyen disparaît. Lissagaray reprend les rênes de La Bataille tout court.

C’est un de ces évènements que Engels rapporte à Edouard Bernstein dans sa lettre du 2 novembre 1882 :

«  Quand vous ne cessez de répéter que le « marxisme » est en grand discrédit en France, vous n’avez en somme vous‑même d’autre source que celle‑là ‑ du Malon de seconde main. Ce que l’on appelle « marxisme » en France est certes un article tout spécial, au point que Marx a dit à Lafargue : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste ». Mais si Le Citoyen a tiré l’été dernier à 25 000 exemplaires et acquis une position telle que Lissagaray a mis en jeu sa réputation pour la conquérir, cela semble tout de même contredire quelque peu ce prétendu discrédit. »

Ainsi, La Bataille est ouverte « à tous ceux qui veulent la suppression des classes et travailler à l’émancipation des travailleurs », c’est-à-dire à toute diversité et disparité du mouvement socialiste. Cette union révolutionnaire lui vaudra les reproches de Vallès dans son premier Cri du peuple de novembre 1883. Cependant, le journal est le premier journal socialiste révolutionnaire avant Le Cri .

« La Bataille n’ignore pas qu’elle est le seul journal révolutionnaire de Paris, le seul qui se refuse à toute intrigue et qui se moque aussi bien du roi Jules Ferry que du dauphin Clemenceau, ignoré, renié ou combattu par tous les politiciens, même du socialisme ; n’ayant aucune préoccupation, pas même celle du tirage ; ne visant qu’au cœur et non aux théâtrales guenilles. »

1886, le 23 janvier, la concurrence du Cri et des journaux radicaux vont faire disparaître le journal. C’est le Radical d’Henri Maret qui prend la suite.

Cependant, La Bataille réapparaitra, en janvier 1889, non plus pour la défense des travailleurs, mais pour le sauvetage de la République contre le boulangisme.

Il écrit anonymement le livre fiction historique de Plus d’Angleterre qui a remporté un succès.

1887, le 3 décembre, Il organise une manifestation sous le nom des « fédérés de la rive gauche » contre Jules Ferry aux élections présidentielles.

La Bataille reparaît donc jusqu’en avril 1892 jusqu’à la fusion malgré lui avec La Marseillaise.

Il est également « Candidat aux élections législatives de 1885 et 1893 et à plusieurs élections partielles, non pour obtenir un siège, mais pour exprimer ses idées ».

1893, il crée la Grande Bataille qui dénonce un gouvernement corrompu, le scandale de Panama, et de « l’abdication des socialistes parlementaires » qui « Autant que les autres partis républicains, le parti socialiste a besoin de se renouveler ».

Le journal s’arrête le 6 juin 1893. Lissagaray écrit encore des articles sous le nom de Jacques Bonhommes dans Le Germinal, dont le rédacteur en chef est Paschal Grousset jusqu’à sa fermeture le 6 septembre 1893.

Il dirige ensuite la revue La Vie algérienne et tunisienne pendant 3 ans, mais il se consacre essentiellement à la réédition de l’Histoire de la Commune de 1871 qui paraîtra en 1896.

1901, suite à une laryngite, le « mousquetaire de la Sociale » décède à l’âge de 63 ans et sera incinéré au Père Lachaise en présence de deux mille personnes. Un monument lui est dédié à Auch, toujours visible depuis 1903.