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Seconde Guerre Mondiale - Libération de Paris

CALVET Lucienne, née CALMETTES (1926-1944)

43eme division (1ere ligne, chemin des anglais)
lundi 23 novembre 2009.
 

Lorsque notre ami Thierry nous a proposé ce drapeau et cette émouvante histoire pour notre exposition, nous avons eu un long moment d’hésitation...

Puis, nous n’avons pu résister à tant d’émotion et de symbolique contenues dans cet étendard fait de chiffons et de drap, si lourd d’espoir, de jeunesse et de joie de vivre anéantis...

Bientôt, les témoins de l’histoire de cette époque choisiront le grand silence propice à l’oubli. De toutes ces tragédies, il ne restera bien souvent qu’un sourire gravé sur de la pierre,une photo jaunie, instant fugitif de bonheur et de joie

Nous dédions cet hommage à Lucienne, foudroyée en sa prime jeunesse et à Mme Andrée qui a su préserver ce souvenir intact plus de soixante années aprés... C’est celà aussi notre Père Lachaise...

Régis Dufour Forrestier

Victime civile de la libération de Paris

Lucienne Calvet

A Madame Andrée...

Se promener dans les allées du cimetière du Père Lachaise c’est bien sûr tourner des pages de notre histoire, c’est découvrir un musée d’art funéraire mais c’est aussi rencontrer des personnes pour qui ce cimetière est avant tout un lieu de recueillement : les concessionnaires. J’ai toujours attaché une très grande importance au respect du lieu et de ceux qui le fréquentent lors de mes promenades commentées.

Si je marche devant les visiteurs qui m’accompagnent, certes c’est pour les guider mais c’est aussi pour repérer un convoi ou une famille devant son caveau et dans ce cas, soit je modifie mon parcours, soit je vais à la rencontre des concessionnaires et leur demande l’autorisation de faire un hommage au personnage qui repose non loin d’eux.

Cette démarche m’a permis de connaître beaucoup de concessionnaires du cimetière qui ont même, par la suite, assisté à mes ballades nécropolitaines.

Je vais évoquer une rencontre qui a maintenant une influence dans mes promenades commentées au cimetière du Père Lachaise.

Madame Andrée

J’ai un réel plaisir à montrer au public l’œuvre de Jules Dalou élevé à l’emplacement où repose le journaliste Yvan Salmon plus connu sous son nom de plume Victor Noir. Depuis des années j’essaie de mettre en valeur ce gisant d’une facture exceptionnelle.

Très souvent, lors de mon hommage à Victor Noir, je voyais une dame, de petite taille et coquette, qui stationnait non loin pour écouter mon commentaire. J’ai très vite compris qu’il s’agissait là d’une concessionnaire qui écoutait un énième discours sur la tombe de Victor Noir mais je m’attachais toujours à la saluer poliment. Et des mois et des mois passèrent, jusqu’au jour où elle décide de m’aborder à un moment où je laisse les visiteurs apprécier (à sa juste valeur) la sculpture de Dalou. Je me souviendrai toujours de ses premiers mots : «  C’est bien monsieur ce que vous dites, ce n’est pas comme les autres qui parlent que du ... ! »

Bien sûr je l’ai remerciée mais je ne pouvais m’attarder compte tenu de la présence du public. Mais depuis ce jour là, à chaque fois que je m’arrête à Victor Noir, elle est là, elle m’attend pour que nous échangions quelques mots. Parfois, même, elle me dit : «  Mais vous êtes en retard !!! » ce qui démontre que ce rendez-vous est devenu pour elle un moment attendu.

Et petit à petit nous avons fait connaissance, et Madame Andrée a participé à plusieurs de mes promenades sans oublier de rendre visite à son mari et son fils qui reposent donc non loin de Victor Noir ! Mais cette rencontre a aussi enrichi mes promenades car un jour, elle me raconte l’histoire suivante qui justifie la présence de ce drapeau français dans cette exposition.

Madame Andrée, un petit sac à la main, m’emmène non loin de son caveau à la tombe de Lucienne Calvet née Calmettes dont l’épitaphe indique « Victime de la Libération de Paris ». Cette sépulture ne m’était pas inconnue d’autant plus qu’il y a une belle statue.

« Vous voyez, Thierry, cette chère Lucienne je l’ai connue, nous étions de grandes amies »

Vous imaginez mon étonnement en entendant ces quelques mots ...

Et madame Andrée me narre l’histoire :

En 1944, j’habitais dans le quartier Montparnasse, Lucienne, elle, vivait dans le quartier des Halles, son père avait une affaire en fruits et légumes. Au mois d’août 1944, l’annonce de l’avance rapide des Alliés entraîne une rumeur d’une proche libération de Paris. Quelques jours avant l’arrivée des troupes françaises les Résistants ont mis à mal les occupants. Je téléphonais souvent à Lucienne pour lui dire ce qui se passait dans mon quartier et Lucienne était enthousiaste et prête à vivre ce moment que nous attendions tous depuis longtemps. Nous avions confectionnés avec ce que l’on pouvait des drapeaux tricolores dans cette attente.

Mais c’était aussi la confusion et le 20 août 1944, Lucienne entendant comme le bruit de blindé et supposant être les libérateurs se met à sa fenêtre et agite son drapeau tricolore ... malheureusement c’était une troupe allemande et un coup de feu tua Lucienne. Voilà, Thierry, comment on est une victime de ce qui devait être un moment de joie : la libération de Paris.

Et après m’avoir raconté cette émouvante histoire, madame Andrée sort de son sac un petit paquet et me le donne : « Tenez c’est pour vous ». Très curieux je déballe et je découvre un drapeau tricolore et en le dépliant madame Andrée me dit : « Vous voyez ce drapeau cousu à la main, Lucienne l’a agité à sa fenêtre » et à ce moment des larmes ont coulé sur mes joues.

Aussi, maintenant, au mois d’août, je suis fier de montrer au public devant la sépulture de Lucienne ce drapeau.

Voilà comment en étant passionné de ce cimetière musée et en essayant de partager avec le plus grand nombre cette passion, on passe de l’assassinat de Victor Noir en 1870 à l’assassinat de Lucienne Calvet le 20 août 1944.

Merci madame Andrée...