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MERCOEUR Elisa (1809-1835)

17eme division (1ere ligne, V, 25)
samedi 29 octobre 2005.
 

Elisa Mercoeur, La muse armoricaine

Au bord de la 17eme division se trouve le tombeau en ruine d’Elisa Mercoeur, jeune poétesse décédée à l’âge de 26 ans en 1835.

Ce monument devrait faire l’objet d’une restauration prochaine. Ce personnage, bien que connu, son nom figure sur bien des plaques de rues, peu de gens connaissent réellement ce jeune météore de la littérature, Le dictionnaire de la littérature française, Hachette 1889 lui accorde trois lignes, le Web un entrefilet dans la rubrique d’une librairie, deux rappels de son noms sous formes d’adresses et c’est tout....

La jeune Elisa est née à Nantes en 1809, abandonnée à sa naissance, elle fut recueillie et élevée par sa mère adoptive, appartenant à la bourgeoisie. Elle eut la chance de pouvoir côtoyer toute la bonne société nantaise, très tôt les salons lui furent ouverts. On lui découvrit de bonne heure un assez beau brin de plume, une jolie tournure de vers, un talent certain. A l’âge de dix huit ans, elle composa son premier ouvrage, c’est l’imprimeur Mellinet-Malassis qui s’offrit pour éditer l’ouvrage de notre jeune prodige. Avec une souscription organisée dans les salons de la ville, on réunit une somme énorme pour l’époque de trois mille francs, ce qui couvrit au-delà de toute espérance tous les frais d’impression et d’édition. La préface de ce recueil fut écrite par Méllinet-Malassis lui-même, le livre dédié à Chateaubriand à qui la jeune fille adressait cette supplique invocatoire : « J’ai besoin faible enfant, qu’on veille à mon berceau. Et l’aigle peut, du moins, à l’ombre de son aile, protéger le timide oiseau ». Mais Chateaubriand répondit à l’oiselle qu’il ne prenait personne sous son aile. Douche glacée pour notre poétesse, qui se mis à pleurer, à compter de ce jour elle pleura beaucoup et souvent.

Malgré les louanges, les dons, l’assistance et les encouragements qu’on lui prodigua (et dont elle profita largement) elle ne cessa jamais de se plaindre et de pleurnicher, pourtant la duchesse de Berry et toutes les bonnes familles nantaises figurent parmi les généreux donateurs.

Une année après la publication de son recueil, la muse armoricaine décida de conquérir Paris. Elle s’y installa avec sa mère grâce à une pension que lui fit le ministre Martignac, ce qui couvrit les frais d’installation. Malheureusement pour elle, vint la révolution de 1830, fini la pension, parti le ministre Martignac. Elisa se vit obligée de travailler de sa plume en prose pour des journaux et des almanachs dont le fameux Journal des Demoiselles si recherché par les amateurs de nos jours.

Grâce à Casimir Delavigne, tout puissant et célèbre auteur en vue, elle se vit octroyer une nouvelle pension de neuf cent francs, ce qui ne l’empêcha point de se répandre en gémissements et en plaintes de toutes sortes .On la vit avec tout ce que Paris comptait alors de célébrités, Dumas, Hugo entre autres. Elle inonda sous d’interminables poèmes toutes les personnes qui pouvaient lui servir.

Elle eut des vélleïtés d’écriture théâtrale et écrivit une tragédie, Boabdil, qui fut présentée au comité de lecture de la Comédie Française en 1831, hélas, trois fois hélas, sur le conseil du baron Taylor son œuvre sur qui elle misait tout fut refusée. Elle fut piquée au cœur par ce refus qui anéantissait tous ses espoirs de gloire et de fortune, elle tomba malade, dépérit à vue d’œil et fini par rendre le dernier soupir dans les bras de sa mère le 7 janvier 1835.

Son tombeau porte sur ses côtés des strophes de ses poèmes dont voici un extrait marquant :

Qu’importe qu’en un jour on dépense une vie

Si on doit en aimant épuiser tout son cœur,

Et doucement penché sur la coupe remplie,

Si l’on doit y goûter le nectar du bonheur....

Elisa Mercoeur, Rêverie

Qui résume le mieux la vie et l’œuvre d’Elisa Mercoeur ? Sans aucun doute le poème que lui dédia la délicate et sensible Rosemonde Gérard (1866-1953), poétesse, épouse du grand Edmond Rostand....

En quelques vers, elle nous livre une jeune fille ardente et tourmentée, une vie brisée très tôt, une œuvre inachevée...

1809-1835

ELISA MERCOEUR

Lamartine disait : « Cette petite fille

Nous dépassera tous tant que nous sommes... » Quand

Le poète daigna, d’une âme si gentille,

Laisser tomber sur elle un pareil compliment,

*

Je m’imagine bien que tant de politesse

Exagérait un peu, ce soir-là... Mais tant pis,

J’aime mieux, pour juger la frêle poétesse,

M’en remettre à ces mots qu’à tout ce que je lis...

*

Au lieu de la revoir, plus tard, cherchant sans cesse

Des honneurs, des amis, du crédit, de l’argent,

Mécontente de tout : des salons, de la presse,

Des éditeurs ingrats et des lecteurs changeants ;

*

Au lieu de la revoir, orgueilleuse et malade,

Et mourant de savoir qu’après tant d’insuccès

Son drame le meilleur, sur un Roi de Grenade,

Ne pourra pas entrer au Théâtre Français ;

Au lieu de la revoir, misérable et transie,

Ecrivant sans relâche entre quatre murs froids,

Et comprenant enfin que toute poésie

N’est qu’un malheur de plus qui tremble au bout des doigts,

*

Je la revoie toujours dès que je la situe,

Dans un décor qui semble unique sous le ciel :

Il n’y a d’un côté que des fleurs éperdues,

Et de l’autre, on ne voit qu’un grand lac immortel.

Elle entre, elle sourit... son petit collier brille...

Elle a sa robe blanche et son cœur enfantin...

Et le poète dit : « Cette petite fille

Nous dépasserons tous tant que nous sommes... Rien

*

Ne me fait oublier la sentence divine...

Et je verrai toujours, dans ce soir enchanteur

La fillette qu’in présentait à Lamartine :

« Cher Maître, elle a quinze ans. C’est Elisa Mercoeur. »

***

Rosemonde Gérard, Les Muse Françaises, bibliothèque Charpentier, Paris,1941.

Portrait de Rosemonde Gérard par Ernest HEBERT, premier quart du XXe siècle.

ROSEMONDE GERARD

Il y a quelques années, les hasards de la vie associative nous conduisaient vers un château XVIIe, situé prés de Meulan... Nous devions alors confier un vieux cheval réformé de l’Ecole Militaire de Paris aux bons soins d’un des résidents de ce manoir...

Régnait alors sur les lieux, un très vieux monsieur à l’apogée de son siècle d’existence, descendant d’une illustre famille qui comptait dans ses aïeux, un maréchal de France (Maurice Gérard, (1773-1852) comte) et une poétesse : Rosemonde Gérard... petite fille du maréchal...

Histoire, quand tu nous tient...

R.D-F

Un ouvrage consacré à Elisa Mercoeur....

Dans « Elisa Mercoeur - Muse armoricaine », l’auteur nantais Éric Lhomeau retrace la vie de cette enfant abandonnée qui connut la gloire à 19 ans et s’éteignit à 25 ans et demi. Après s’être intéressé aux origines nantaises de la famille de Jacques Prévert, Éric Lhomeau se penche cette fois sur l’histoire méconnue de la poétesse nantaise Elisa Mercoeur. Avec Karen Roberts, il retrace dans Elisa Mercoeur - La Muse armoricaine la courte vie de cette enfant trouvée dont le talent fut salué par les plus grands poètes de son époque.

Le billet d’abandon retrouvé

L’idée de ce nouveau livre est née à la suite d’une réflexion lâchée par un journaliste nantais comme quoi « Elisa Mercoeur était quelqu’un de mièvre ». Un jugement qui irrite profondément Éric Lhomeau. « Quand on regarde les blogs des jeunes filles, on se rend compte que le poème Rêveries d’Elisa Mercoeur y est souvent cité. »

Triste destin que celui d’Elisa Mercoeur abandonnée par sa mère, à la porte de l’hospice (actuelle maison de retraite Saint-Joseph), trois mois après sa naissance en 1809.

En fouillant dans les archives municipales de Nantes, Éric Lhomeau a retrouvé le billet d’abandon, le mot de papier que les mères glissaient dans les langes de leur enfant avant de le laisser sous un porche ou dans la rue.

Sur ce mot, sa mère a tracé d’une écriture fine qui laisse supposer une certaine éducation, les lettres d’Elisa.

Le nom de Mercoeur lui est donné par l’hospice.

« La mère était dentellière. On dit que le père pourrait être avocat, mais il n’existe aucune preuve. La mère devait venir d’un milieu relativement aisé où l’on ne pouvait accepter les filles mères. » Elisa est envoyée chez une nourrice à Carquefou. À cette époque où l’on trouvait en moyenne un enfant abandonné par jour, les chances de survie étaient infimes.

Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand...

Mais en 1811, le 30 avril exactement, elle vient réclamer son enfant avec laquelle elle vivra au 30 de la rue du Calvaire. Elisa est précoce : « À 12 ans, elle passe une annonce pour donner des cours de français, de géographie et de mythologie. » Elle publie son premier recueil de poésie à 18 ans. Puis, l’année suivante, monte à Paris pour faire éclater son talent. Là, elle est une habituée des salons littéraires et s’attire les louanges de Lamartine, Musset, Hugo, Chateaubriand... Elle se lie aussi d’amitié avec Mélanie Valdor et Mme Récamier.

Tombeau d’Elisa Mercoeur, restauré (11-2016)

Touchée par la phtisie, une maladie pulmonaire, elle s’éteint dans sa vingt-sixième année, rue du Bac à Paris, après avoir atteint la gloire mais jamais la fortune. En écrivant ce livre, qui reprend de nombreux poèmes d’Elisa Mercoeur ainsi que Le double moi, un troublant conte fantastique, Éric Lhomeau n’avait d’autre but que de donner envie de lire Elisa Mercoeur et de sensibiliser ses contemporains à la nécessité de sauver la tombe de la poétesse nantaise au cimetière du Père Lachaise où elle menace ruines.

Dominique Bloyet

« Elisa Mercoeur - La Muse armoricaine (1809-1835) », d’Éric Lhomeau et Karen Roberts. 23 €.

Elisa Mercoeur - Wikipédia

Sources : Presse Océan 2008

Photos tombeau : Régis Forrestier (APPL 2016)

(APPL 2016)