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Chansonnier - Poéte - Littérateur

SOUBISE Camille (1833-1901)

52eme division (5e ligne, S, 14)
vendredi 17 juillet 2009.
 

Chansonnier et poéte

Camille Soubise, de son vrai nom Alphonse Vanden Camp naquit à Bruxelles le 17 juin 1833. L’on n’est guère renseigné sur ses années de jeunesse ; il semble les avoir passées dans une petite localité du Brabant wallon, Perwez.

Entre 1850 et 1852, très jeune donc, il rejoint une élite intellectuelle qui se passionne pour les idées du philosophe Fourier. Ces sympathisants belges créent à travers le pays un réseau de correspondance dans lequel on a la surprise de le retrouver en qualité de correspondant pour Perwez.

A la même époque, le 31 octobre 1852, se crée dans une petite ville voisine, Jodoigne, une feuille qui se veut résolument progressiste. Ce Messager de Jodoigne [p.55] veut marcher " dans le chemin du progrès " et, de manière emphatique, déclare qu’il a " le front baigné des lueurs de l’avenir " et " l’oreille tendue vers le bruit sourd qu’on entend monter de tous les coins du globe ". Hostile au clergé, à la noblesse, favorable à l’amélioration des " classes laborieuses ", ce journal avait pour rédacteur en chef Alphonse Vanden Camp, dont la personnalité devait être déjà bien affirmée : diriger une feuille de combat, à moins de vingt ans, dans une campagne arriérée ne pouvait que lui attirer haines et inimitiés. De 1853 à 1855, le jeune journaliste s’oriente vers la littérature et envoie de nombreux textes à un journal d’étudiants publié à Bruxelles, Le Crocodile : créé et animé par des étudiants de l’Université de cette ville, il attaque avec virulence Napoléon III et son régime. Ce sont essentiellement des fables et des poésies présentant de frappantes analogies avec celles du fabuliste Lachambeaudie qu’envoie Vanden Camp aux rédacteurs du Crocodile. Le 2 mars 1856 sortait à Gembloux, ville également proche de Perwez, le premier numéro d’une feuille au titre éloquent : Le Libre Penseur.

Vanden Camp s’en affirme le rédacteur en chef et déclare vouloir préparer les esprits à des " temps meilleurs " : ses amis et lui estimant que les " luttes du forum " leur restant encore fermées, il convenait d’entreprendre sans tarder l’éducation " tant morale que sociale " du paysan, afin de pouvoir l’affranchir " de sa misère, de ses terreurs, de sa superstition ".

En 1859, on retrouve Vanden Camp rédacteur d’un journal progressiste : Le Courrier de Charleroi, qui est publié dans la métropole industrielle du Hainaut. À la même époque, il est impliqué dans une affaire de faux sur laquelle on manque de détails. D’abord acquitté en première instance, il se retrouve en appel, car le ministère public n’a pas admis sa mise hors de cause ; il est condamné, mais cet arrêt semble avoir été cassé par la suite. En décembre 1860, c’est à un journal bruxellois, L’Observateur, qu’il collabore sous forme d’un feuilleton : Le Mandarin.

Face à des difficultés financières, Vanden Camp tente à devenir en 1864-1865 courtier en librairie. Mais ce négoce, qu’il pratique à Bruxelles, ne semble pas lui avoir apporté fût-ce une modeste aisance. C’est sans doute ce qui le pousse à s’expatrier et à gagner Paris, espérant y trouver, comme tant d’autres, gloire et fortune.

De quoi Vanden Camp alias du Camp, son pseudonyme habituel, vivait-il en ce second Empire finissant ? Il semble s’être compromis dans des affaires douteuses : plus tard, durant les années 1870, les services de police de Bruxelles signaleront sa condamnation à cinq ans de prison prononcée par la Sixième Chambre du tribunal correctionnel de Paris (.

C’est à cette époque (1867-1870) qu’il prend un nouveau pseudonyme, Camille Soubise, pour éviter d’être confondu avec Maxime du Camp, dont la notoriété était déjà grande à l’époque, et qui aurait sans doute pris ombrage de voir ce nouveau venu se servir de son patronyme.

C’est vraisemblablement durant ces dernières années du second Empire que Vanden Camp écrivit, en collaboration avec un certain Lemaître, les paroles de La Chanson des blés d’or, qui allait prendre place parmi les grands classiques du genre. Mais les événements se précipitent et la guerre de 1870 surprend notre chansonnier-poète à Paris.

En avril 1871, sous la Commune, il a été membre du Comité central de la Garde nationale. Il fut un des signataires de la fameuse " affiche rouge " placardée sur les murs de Paris le 5 avril 1871. On le verra aussi signer, en sa qualité de membre du Comité central, un décret d’organisation des bataillons et légions fédérées, ainsi qu’un ordre au général fédéré Bergeret d’occuper avec un de ses bataillons les portes de Saint-Cloud, Auteuil et Passy. Sous le nom de du Camp, et en se faisant sans doute passer pour Français, il occupa les fonctions de membre du Conseil de la XVIIe légion fédérée et de secrétaire de la Commission municipale du XVIIe arrondissement. Enfin, il fut co-signataire d’une des dernières affiches du Comité central.

les révolutionnaires qui avaient en charge la gestion de la mairie du XVIIe arrondissement se rendirent très vite compte de la légèreté dont ils avaient fait preuve en permettant à un personnage au passé trouble de gérer des fonds de la collectivité. En effet, du Camp ne put justifier l’emploi d’une somme de quatre mille francs qui lui avait été confiée. Le 13 avril, il était arrêté et conduit à la Préfecture de Police, qui était toujours sous le contrôle des insurgés. Mais l’homme n’était pas sans ressort : il parvint à se disculper et fut rapidement relâché.

Mais des accusations plus graves allaient être portées contre Vanden Camp : le 21 mai 1871, le journal Paris libre, qui publiait chaque jour un Pilori des mouchards, le faisait entrer dans cette série. Est-ce à ce propos et pour répondre par anticipation à cette accusation que, la veille, le journal parisien L’Estafette informait ses lecteurs qu’un " accident de mise en page, arrivé a la dernière heure, nous force de remettre jusqu’à demain la publication d’une lettre du citoyen A. Du Camp, membre du Comité Central " ? Mais dans les trois numéros suivants, qui furent les derniers, il ne fut plus question de Vanden Camp alias du Camp.

On peut donc supposer que cette lettre de Vanden Camp était une tentative de justification d’un homme aux abois face à des accusations de plus en plus précises. Mais, le 28 mai, la chute de la Commune était consommée : le voilà sauvé. En revanche, un autre danger le guettait : les Versaillais. Si des unités de l’armée régulière se saisissaient de cet ancien membre du Comité central, elles ne s’embarrasseraient guère de procédures légales et n’auraient cure de vérifier le bien-fondé de la version qu’il n’aurait manqué de mettre en avant : un double jeu au service des forces de l’Ordre.

Risquant d’être fusillé au détour d’une rue, dans une cour de caserne, Vanden Camp parvint, on ne sait comment, à échapper à la traque menée à grande échelle par l’armée versaillaise après les derniers combats. Après les exécutions sommaires des dossiers à charge furent instruits par des Conseils de guerre. Dans le cas de l’ancien membre du Comité central, ce fut le Sixième Conseil qui instruisit l’affaire : le verdict, prononcé par contumace, tomba le 23 avril 1873 : déportation dans une enceinte fortifiée. Condamnation de pure forme, car Vanden Camp restait introuvable, mais, coup de théâtre, peu de temps après, en mai de la même année, le fugitif était arrêté. Se livra-t-il ou fut-il repéré par les services de police français, on ne sait. La suite est encore plus curieuse, car son affaire fut rejugée avec une célérité peu commune : le 23 mai 1873, il comparaissait devant les juges du Quatrième Conseil de guerre, lesquels allaient prononcer un ahurissant verdict d’acquittement.

Il s’empressa de regagner son pays natal où, toujours impécunieux - ce fut chez lui une constante -, il se lança à Bruxelles dans le petit journalisme.

Les activités journalistiques de Vanden Camp à Bruxelles ne lui apportèrent ni notoriété ni avantages matériels, et ce fut sans doute ce qui l’incita à rentrer à Paris en juin 1879. Là, il compose de nombreuses chansons.

Plus ambitieux fut le lancement sous sa direction d’une revue littéraire et artistique, La Muse française, qui semble n’avoir eu que six numéros, parus de mai à octobre 1887.

En 1892, ce fut en quelque sorte son testament littéraire que présenta Vanden Camp. Ce recueil de poésies, Les Lunes bleues, signé Camille Soubise, était divisé en trois parties : Floréal, Messidor, Brumaire.

Durant ses dernières années, qui coïncident avec la fin du siècle, Alphonse Vanden Camp avait aux yeux de tous définitivement perdu son identité première. Seul subsistait ce Camille Soubise qui menait une existence bourgeoise.

Quand il mourut, en 1901, en son domicile parisien du 2, rue Victor-Chevreuil, ce fut tout naturellement le nom de Camille Soubise qui fut imprimé sur le faire-part de décès diffusé par Mme Veuve Soubise et ses enfants. L’ancien rédacteur du Libre Penseur de 1856 avait gardé ses convictions laïques intactes : elles furent respectées par ses proches. Aucun prêtre ne fut appelé à son chevet et ses obsèques.

Il repose dans la 52e division.