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Le Père-Lachaise sous l’occupation

1940-1944
dimanche 16 octobre 2005.
 

Le Père-Lachaise sous l’occupation (1940-1944)

Cette période peu glorieuse de notre histoire eut aussi un retentissement néfaste sur le cimetière du Père-Lachaise. Cet endroit que l’on pourrait penser à l’abri des querelles et des guerres des vivants, eut à subir, lui aussi les rigueurs de l’occupant et de ses séides du gouvernement de Vichy. Si beaucoup de militaires allemands se contentèrent d’être des visiteurs attentifs et respectueux, il n’en est pas de même des sinistres cohortes accompagnant les troupes d’occupation. De triste mémoire, la Gestapo imposa dès 1941 l’obligation d’anonymat après crématisation de leurs restes mortels pour les « terroristes » morts lors de leur interrogatoire ou de leur transfert après tortures, sévices, et exécution (Jean Moulin, Pierre Brossolette et bien d’autres....) Ils furent donc incinérés . Ces quelques cases, portant en leur coin un drapeau français avec la mention inconnu, restent aujourd’hui un témoignage poignant de cette époque troublée. Si l’histoire leur rend justice en reconnaissant leur sacrifice, il n’en demeure pas moins que ces hommes, résistants, soldats de l’ombre, n’ont aujourd’hui encore de sépulture à leur nom. Jean Moulin, dont les cendres furent transférées au Panthéon par la volonté du Général de Gaulle et de son ministre de la Culture, André Malraux, est le seul ayant bénéficié de la reconnaissance nationale. Pierre Brossolette est encore du nombre des bannis, son urne funéraire n’ayant pas à ce jour été identifiée.

Gerda Taro, de son vrai nom Gerda Pohorylle, jeune photographe de guerre, eut l’honneur d’être la première femme photographe sur le terrain des opérations, lors de la guerre d’Espagne. Née le 1er août 1901, d’origine juive allemande, elle fut la compagne du photographe Robert Capa, lui aussi correspondant de guerre pendant ce conflit, elle fut tuée accidentellement par un char loyaliste qui l’écrasa lors d’une fausse manœuvre en 1937 à Brunette à l’ouest de Madrid, alors qu’elle se trouvait sur le marchepied de sa voiture. Cette jeune femme fut inhumée au Père-Lachaise dans la 97e division. Une inscription sur sa tombe faisait mention de son engagement lors de la guerre fratricide Espagnole, c’est le plus illégalement du monde que l’occupant nazi fit supprimer l’inscription gravée sur sa sépulture.

Dans le même temps, Edouard Drumont, chantre pamphlétaire de l’anti-sémitisme primaire se voit honorer sur sa tombe d’une inscription pour le moins révélatrice des orientations de l’époque (1943) pour son œuvre « immortelle » La France juive. Ce tissu d’inepties renvoyant a la vindicte populaire pour appartenance au judaïsme, pêle-mêle, Napoléon, Masséna et quelques autres... C’est en 2000, suite a un arrêté municipal du conseil de Paris conforme à la loi, que cette inscription fut rayée.

La frénésie de recherche de sources et de matières premières des nazis n’épargna pas le Père-Lachaise. L’occupant, non content de déboulonner les statues de nos célébrités dans les squares de Paris (Voltaire, Arago et beaucoup d’autres) s’attaqua dès 1941 aux monuments comportant des structures de fonte, bronze etc..... C’est ainsi que les chaînes ceinturant la sépulture de Victor Noir furent réduites à l’état de métal pour la fonte de canons. Nous n’avons pas d’autres éléments concernant d’autres sépultures.

Cette période noire de notre pays alimente encore bien des légendes au Père-Lachaise. Caches d’armes pour la résistance, point de repli pour la milice, dernier refuge pour les collabos traqués et recherchés, que d’histoires entendues, que de contre vérités dont l’histoire officielle a fait table rase, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui encore, de vieux messieurs, de vielles dames racontent encore à qui leur accorde un instant d’attention, ces anecdotes d’un autre âge, ultime témoignage de leur jeunesse et de leurs souffrances.

(Recueilli par Régis Dufour Forrestier. Sources : C. Charlet, C. Del Nin.