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LEMERCIER Népomucène (1787-1840)

30eme division (1ere ligne, T, 33)
lundi 6 juillet 2009.
 

Littérateur, poéte dramatique

Louis Jean Népomucène Lemercier, voit le jour le 21 avril 1771 à Paris. poète et auteur dramatique français.

Népomucène Lemercier, dont le père était secrétaire des commandements après avoir été intendant du comte de Toulouse et du duc de Penthièvre, eut pour marraine la princesse de Lamballe et fut protégé, à ses débuts, par Marie-Antoinette qui ordonna, alors qu’il n’était âgé que de 17 ans, de créer sa tragédie de Méléagre, qui n’eut toutefois qu’une seule représentation, bien que la pièce, jouée en présence de la reine, de la princesse et de toute la cour, eût été applaudie triomphalement.

Mais le jeune homme déclara aux comédiens le lendemain matin : « Messieurs, mon succès d’hier m’a beaucoup touché, mais ne m’a pas fait illusion. Ma pièce est une œuvre d’enfant, c’est un enfant que le public a applaudi pour l’encourager ; je n’ai qu’une manière de me montrer digne de son indulgence, c’est de ne pas en abuser. De telles bontés ne se renouvellent pas. Je retire mon ouvrage, et je tâcherai que ma seconde tragédie soit plus digne de vos talents. »

Un accident survenu dans l’enfance le laissa en partie paralysé durant le restant de ses jours. « Au sortir de l’enfance, écrit Jean-François Ducis, pour guérir son jeune corps dont la moitié avait été frappée de paralysie, il a passé par toutes les tortures, et il a monté de supplice en supplice dans la sphère supérieure qu’il habite. Il tient dans sa main les rênes de ce corps, il en conduit avec sagesse et fermeté la partie vivante et la partie morte. Dans la partie vivante existe son âme, avec des redoublements d’esprit, une étendue de vues, une audace de conception, qui en font pour moi un phénomène charmant, tandis que la partie morte en fait pour moi un martyr qui m’attendrit, un héros de la douleur qui m’étonne, et c’est tout cela qui m’explique les grandes passions qu’il a inspirées et ressenties, car les femmes ont des yeux pour comprendre et adorer ces prodiges. »

Il donna ensuite, en 1792, un drame en vers, Clarisse Harlowe, inspiré du roman de Samuel Richardson, qui fit dire que l’auteur n’était « pas assez roué pour peindre les roueries ». Partisan de la Révolution mais ennemi de ses excès, il les dénonça en 1795 dans Le Tartufe révolutionnaire, rempli d’allusions politiques audacieuses et qui fut supprimé après la cinquième représentation. Puis il donna en 1796 une tragédie, Le Lévite d’Éphraïm avant de faire jouer, l’année suivante, son Agamemnon qui remporta un grand succès et apporta la célébrité à son auteur.

On cria au génie et on se disputa dès lors Népomucène Lemercier dans les salons du Directoire - chez Mme Tallien, Mme Pourrat ou Mme de Staël - où il était tenu, selon Talleyrand, pour « l’homme de France qui cause le mieux ».

C’est à cette époque qu’il accepta, par défi, de traduire en vers, sans choquer la bienséance, les œuvres licencieuses du cabinet de Naples. Il composa Les Quatre Métamorphoses (1798), c’est-à-dire celles, sous l’effet de la passion amoureuse, de Diane en chèvre, de Jupiter en aigle, de Vulcain en tigre et de Bacchus en vigne.

Il composa également un drame historique en prose, Pinto, ou la Journée d’une conspiration (1800) qui met en scène la révolution qui porta le duc de Bragance sur le trône du Portugal et annonce le drame romantique : « De cette œuvre, observe Charles Labitte, aurait daté la rénovation de la scène française, s’il n’eût été coupé court aux hardiesses par la régularité de l’Empire. »

Lemercier avait d’abord été lié avec Bonaparte. Il avait fréquenté son salon dès son mariage avec Joséphine et sa tragédie d’Ophis, sur un sujet égyptien, avait été représentée le jour même où l’on apprenait à Paris la nouvelle des succès militaires de l’expédition d’Égypte : plusieurs passages en avaient été vivement applaudis en l’honneur du héros du jour.

Après le 18 Brumaire, Lemercier fut l’hôte régulier de la Malmaison, mais sa franchise commença à indisposer le Premier Consul, qui l’appelait « mon petit romain » : il lui prédisait que, s’il rétablissait la monarchie, il ne règnerait pas dix ans ; lorsque l’Empire fut proclamé, il renvoya sa Légion d’honneur.

Dès lors, il fut en butte à la censure impériale, évita tout contact autre que purement protocolaire avec Napoléon, ne paraissant aux Tuileries qu’aux réceptions solennelles de l’Académie française, où il fut élu en 1810. Il réduisit fortement son activité littéraire. À l’Empereur qui lui demandait un jour : « Et vous, Lemercier, quand nous donnerez-vous quelque chose ? », il osa répondre : « Sire, j’attends ! »

Néanmoins, à la chute de l’Empire, son inspiration s’était tarie. S’il publia en 1819 son œuvre la plus connue, La Panhypocrisiade ou la comédie infernale du XVIe siècle, le texte en avait été presque complètement terminé sous le Consulat.

C’est un ouvrage étrange, déjà nettement romantique, « une sorte de chimère littéraire, dit Victor Hugo, une espèce de monstre à trois têtes, qui chante, qui rit et qui aboie. »

La critique ne fut pas tendre pour cette œuvre étonnante. « Il y a dans cette œuvre, écrivit Charles Nodier dans Le Journal des Débats, tout ce qu’il fallait de ridicule pour gâter toutes les épopées de tous les siècles, et, à côté de cela, tout ce qu’il fallait d’inspiration pour fonder une grande réputation littéraire. Ce chaos monstrueux de vers étonnés de se rencontrer ensemble rappelle de temps en temps ce que le goût a de plus pur. C’est quelquefois Rabelais, Aristophane, Lucien, Milton, à travers le fatras d’un parodiste de Chapelain. » Le poème fait surtout penser aux Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, dont il retrouve les accents d’indignation et la poésie étrange.

L’essor du mouvement romantique fit apparaître Lemercier décalé et démodé. Ses ouvrages n’eurent guère de succès, à l’exception de sa tragédie de Frédégonde et Brunehaut (1821), qui d’ailleurs ne resta pas longtemps à l’affiche. Oubliant que lui-même, en avance sur son temps, avait été traité de fou sous l’Empire, il vitupéra les Romantiques. Lorsqu’on lui disait qu’ils étaient ses enfants, il disait : « Oui, des enfants trouvés ! » et, à l’Académie, il refusa obstinément son suffrage à Victor Hugo, qui finit pourtant par lui succéder.

Némomucène Lemercier s’est éteint à Paris le 7 juin 1840, il repose dans la 30e division sous un monument orné d’un médaillon en marbre oeuvre de David d’Angers.