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Monuments remarquables - Mécènes

SAMOÏLOVA, Yulia PAHLEN comtesse (1803-1875)

19eme division (1ere ligne, T, 26)
samedi 16 mai 2009.
 

Mécène et femme d’exception

Parmi toutes les femmes reposant au Père Lachaise, la comtesse Yulia Samoïlova, bien que moins connue du grand public, occupe une place importante.

D’un caractère en avance sur son époque et d’un comportement que ne désavoueraient pas nos féministes du XXIe siècle, elle représente la liberté et et la facilité d’esprit faites femmes.

Yulia Pavlovna Samoilova voit le jour en 1803. Comtesse, fille du Général Pahlen et de Maria Skavronskaia, elle est célèbre pour ses relations avec le peintre Karl Brullov.

Samoilova était une des femmes les plus riches de l’Empire Russe et appartenait aux familles les plus célèbres d’Europe : Fon der Pahlen, Skavronskii, Potemkin-Engelgart, Litta, Viskonti.

La mère de Yulia était la belle-fille d’un homme d’état : Gulio (Yulii Pompeevitch) Litta.

Litta a partagé son immense capital et ses collections de tableaux entre Yulia et ses deux enfants illégitimes.

Samoilova portait le surnom de « dernière des Skavronskii » puisqu’elle a hérité de toute la fortune de son grand-père.

Maria Skavronskaia, mère de Samoilova, possédait une grande fortune et appartenait à la famille de Skavronskie (famille de Catherine Iere, femme de Pierre Ier) et était la dernière représentante du nom Skavronskii.

Après son mariage et la naissance de sa fille, elle a laissé son enfant alors âgée cinq ans et est partie à Paris pour apprendre la musique et le chant.

Elle a divorcé avec Pahlen et s’est mariée avec le général Ojarovskii. Quand Yulia eut 25 ans, elle s’est remariée avec Nikolai Alexandrovitch Samoïlov qui était l’aide-aide-de-camp de l’empereur.

A cause de la passion du comte (les jeux et les dépenses inconsidérées) le mariage n’a pas duré trés longtemps. En 1827 ils ont divorcé en accord commun et Samoilov a rendu la dote.

Yulia est revenue auprés de son père Pahlen et a gardé des relations amicales avec son premier mari.

La comtesse s’est installée dans son domaine de Grafskaia Slavianka à côté de Saint-Pétersbourg, dans une maison magnifique, construite selon le projet du célèbre peintre architecte Alexandre Pavlovitch Brullov.

Plus tard, il a construit un palais pour elle sur l’île de Elagine. La comtesse affichait un comportement très indépendant. Dans sa maison elle réunissait un cercle de personnages instruits, ce qui ne plaisait pas beaucoup au tzar Nicolas Ier .

La comtesse a déménagé d’abord à Petersbourg et ensuite en Italie où elle était entrée en amitié avec Rossini et Donizetti et offrait sa protection aux peintres et musiciens. Elle participait beaucoup à la vie culturelle du pays. On pense que c’est elle qui a payé l’échec de l’opéra de Bellini « « Norma » et le succès d’opéra de Paccini « Korsar ».

Avec le frère de l’architecte, Karl, ils se sont rencontré à Rome, dans le célèbre salon de Zinaida Volkonskaia. Le début de leurs relations date de 1827. En été ils voyageaient ensemble en Italie et se promenaient dans les ruines de Pompéi.

C’est à ce moment-là que Karl a eu l’idée de son célèbre tableau « « Dernier jour de Pompéi ». A la fin de l’année 1835 par recommandation de Nicolas Ier Karl Brullov rentre en Russie et obtient le poste due professeur d’académie des Beaux Arts à Saint-Pétersbourg et commence son enseignement.

En 1839 Karl s’est marié, mais Son mariage n’a duré que deux mois...

En 1839 la comtesse retourne de nouveau à Petersbourg et offre sa protection à Karl Brullov, la société n’étant pas satisfaite de son divorce.

Le peintre passe beaucoup de temps dans la villa de la comtesse Samoilova en Lombardie. La comtesse possédait aussi le Château de Groussay (France), un palais à Milan et un palais sur le lac Como.

Il y a beaucoup de lettres qui nous sont parvenues de nos jours et qui témoignent des relations de ces personnes.

La comtesse avait deux filles adoptives : la cadette Amazilia (née en 1828) et l’aînée Giovaninna Paccini, enfants du chanteur-compositeur de Milan, Giovanni Paccini. Il a écrit l’opéra «  Dernière jour de Pompéi », dont Brullov fut très impressionné.

On pense que la comtesse était une des maîtresses du compositeur, ainsi que Pauline Borgese, sœur de Napoléon. La date à laquelle Samoilova a adopté Amazilia n’est pas définie mais, d’après le tableau « L‘amazone », peint en 1832, la petite fille avait 4 ans.

Les documents témoignent que le compositeur, en effet, n’avait qu’une fille. Il existe une autre version : le vrai nom de deuxième fille de Giovannina serait Carmine Bertolotti et elle serait une fille illégitime de Clémentine Perry, la sœur du deuxième mari de Samoilova.

En 1845 elle prend la décision de se séparer de Brullov. En 1846 elle se marie avec le ténor Pierre Antonin Perry, perd la citoyenneté Russe, vend le domaine de Grafskaya Slavianka et vend, de même, le reste du patrimoine.

Son deuxième mari, le chanteur d’opéra Perry, qui était d’une beauté exceptionnelle d’aprés ses contemporains, meurt un an après le mariage de la tuberculose en 1847.

Un an après la mort de Perry, le premier mari de Yulia Pavlovna meurt aussi. Elle portera le deuil longtemps pour ses deux maris.

Les témoins qui l’ont vue en cette période de sa vie, disaient que le deuil de veuve lui allait très bien et qu’elle l’utilisait avec originalité. Sur la longue queue de sa robe de veuve Samoilova mettait les enfants et les promenait sur les parquets de ses palais. »

Son troisième mari, le diplomate Comte de Mornay (le mariage a été célébré en 1863), quitta sa femme assez âgée un an après le mariage, expliquant le divorce par l’incompatibilité des caractères.

A la fin de sa vie Samoilova a perdu presque toute sa fortune. Ses filles adoptives faisaient procès sur procès à la comtesse.

Elle s’est morte à Paris, le 14 mars 1875 et est enterrée au Père-Lachaise avec son deuxième mari dans la 19eme division.

Dans le tableau de Karl Brullov « Dernier jour de Pompéi » elle est présente 3 fois : tenant une carafe à coté du peintre ; deuxième fois tombée par terre et troisième fois en mère, serrante des filles.

Il reste encore deux portraits de la comtesse, dessinés par Brullov.

L’autre portrait d’elle a été laissé par Petre Basin.

Le poéte Pouchkine lui a consacré un poème.

Sources :Les femmes célèbres, Paris, 1888 et divers

Nos remerciements à M. Sergey Diakonov, pour ses informations.

Les cavalières, Portraits de Giovanina et Amacilia Paccini. K. Brullov, 1832

Le dernier jour de Pompéi, Karl Brullov.