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MOURGUE Scipion (1772-1860)

39eme division
samedi 2 mai 2009.
 

Ancien préfet

Jean Scipion Anne Mourgue est né à Montpellier le 22 février 1772 alors que son père y était encore dans les affaires d’importation.

Depuis 1779, l’instruction des enfants de protestants par les jésuites cesse d’être obligatoire, mais leurs parents ont pris l’habitude de les envoyer faire leurs études à l’étranger, et il est fort probable que Scipion fait un long séjour en Angleterre, où il s’assimile la langue et les moeurs anglaises qui lui seront d’une grande utilité au cours de sa vie aventureuse.

Son père, Jacques Antoine Mourgue avait occupé pendant quelques jours le poste de ministre de l’Intérieur : en donnant sa démission au Roi Louis XVI, il obtient que Scipion soit nommé second secrétaire à la Légation de Londres où M de Chauvelin est ambassadeur.

Les négociations avec l’Angleterre sont ardues, les rapports tendus. on sait que Pitt paye largement les émeutiers de Paris ; M de Chauvelin est rappelé. Mourgue est chargé de continuer les négociations avec Pitt au sujet de la libération des échanges entre les deux pays. Nous gardons cependant une représentation à Londres sous les ordres de Maret (futur Duc de Bassano) qui nomme Scipion premier secrétaire de légation et le laisse à Londres comme agent secret ; mais le 1 février 1793 la guerre est déclarée ; Scipion reçoit une lettre comminatoire du gouvernement anglais qui l’invite à quitter le royaume dans les sept jours ; il revient à Paris ; et est nommé commis principal au ministère des Affaires Etrangères.

Ce magnifique début dans la Carrière est stoppé net, le décret du 13 septembre 93 sur les suspects (les Girondins et leurs amis) le force à quitter Paris. Il arrive à échapper à la conscription et va se réfugier avec son père au Vigan. Ruinés par la dévaluation des assignats, ils vivent de la récolte du salpêtre. Il devient agent officiel des Poudres et Salpêtres et on le charge d’exploiter certaines forêts pour récolter la potasse incluse dans les cendres de bois.

Scipion apprend au Vigan que ses deux jeunes frères et sa soeur, qui faisaient leurs études en Angleterre, sont déclarés "immigrés" ; Il n’hésite pas à aller les défendre lui-même devant le comité révolutionnaire , prouve qu’ils sont partis avec un passeport régulier, et les arrache ainsi aux foudres du comité. Il va les chercher à Genève, où ils attendaient de pouvoir rentrer en France, et les ramène au Vigan.

Il est en butte à la jalousie des jacobins du cru, et se fait réclamer par Paris, où on le réintègre comme commis au ministère des Relations Extérieurs. Il part finalement comme simple dragon dans l’armée d’Italie ; Il y rencontre un ami de sa famille qui l’emploie comme inspecteur des vivres, puis comme adjoint au Commissaire des Guerres. C’est à ce titre qu’il participe à l’occupation de Venise.

Venise avait été déclarée neutre dès l’entrée dès l’entrée des Français en Italie, mais cette neutralité est tellement mensongère que les vénitiens coulent un vaisseau français et en massacrent l’équipage ; la ville est occupée, la République détruite, et le Doge est contraint de prêter serment de fidélité au représentant de Bonaparte (l’armée française y réquisitionne 40 chariots d’or qui seront envoyés sous bonne escorte en France) ; Le traité de Campo-Formio rend Venise à l’Autriche (17 octobre 97).

Scipion doit la quitter , non sans regrets. Un vieux texte familial dit que "les charmes de la guerre" (voir Caroline Chérie) l’incitent à aller rejoindre l’armée d’occupation de Rome et de Naples sous le commandement de Mac Donald . Si cette occupation ne manque pas de charme pour un jeune et brillant intendant de l’armée française, elle n’en est pas moins laborieuse pour son général ; La division est constamment harcelée par des soulèvements ; finalement, elle abandonne le sud de l’Italie pour rejoindre le gros de l’armée dans le Nord.

Scipion Mourgue , dont cela constitue une spécialité, est laissé en arrière comme inspecteur principal des finances, et bientôt Ministre des Finances de la République Romaine ! La petite garnison française est obligée de capituler sous la pression des insurgés, et d’une escadre anglaise. C’est Scipion qui est chargé des négociations ; il est fait prisonnier, et rapatrié par les Anglais (1799).

En 1800, le général Berthier, ministre de la guerre, est chargé d’organiser "l’armée de réserve de Dijon". Il prend Scipion Mourgue comme administrateur général des vivres. Peu à peu, cette armée de réserve passe discrètement par petits groupes en Suisse, où elle se reforme sous les ordres de Bonaparte, qui lui fait envahir l’Italie par le Saint-Bernard (15 mai 1800) Scipion fait toute la campagne y compris Marengo. Après être resté cinq ans en tout en Italie, il y tombe malade et rentre en France (Est-ce de cette maladie que vient l’atavisme de surdité des Mourgue ?).

Il s’associa un moment avec des Marseillais, Amiel et Valette, dans une société de fournitures aux Armées.

Chaptal, ancien industriel chimique à Montpellier, est ministre de l’Intérieur ; voilà encore Scipion une fois Secrétaire Général de Ministère, ; il y restera jusqu’en 1804. Il déplaît à l’Empereur, car il a laissé jouer une pièce de théâtre "Edouard V en Ecosse" qui contient des allusions politiques ; il préfère donner lui-même sa démission.

C’est à cette époque, en décembre 1803, qu’il épouse, à Paris, Elisabeth (Betsy) Filliettaz, fille d’un important homme d’affaires internationales genevois, qui possède des maisons de négoce à Anvers et Lorient, où il est associé aux Davillier.

Sur son contrat de mariage, il est précisé qu’il possède un domaine à Quadrypse, canton de Bergues département du Nord, dont il est membre du Conseil Général. Il entre dans la banque de Jean-Charles Davillier, parent de sa femme, mais n’y reste guère (Jean-Charles Davillier, qui fut Baron d’Empire et Régent de la Banque de France avait épousé la cousine germaine de Gabriel Filliettaz, père d’Elisabeth) ; La mode est à la création d’industries ; il rassemble des capitaux et fonde en 1807 une filature de coton à Rouval près de Doullens dans la Somme, exploitée sous la raison sociale Mourgue Vieusseux et Cie.

Les affaires marchent fort bien tant qu’on peut importer du coton par les neutres ou par la contrebande ; La filature occupe 8 à 900 personnes, et produit 5 à 600kgs de fil par jour Mais les revers militaires provoquent une crise financière et le premier geste du comte d’Artois en arrivant au pouvoir est de rétablir l’importation en France des fils anglais. Les affaires ne repartiront qu’entre 1816 et 1822 quand le gouvernement établira des primes d’exportation (il n’y a rien de nouveau dans le textile !) Il revendra l’affaire de Rouval en 1831.

Pendant les Cent jours, Scipion Mourgue est nommé député de la Somme à la Chambre des Représentants. Il faut croire qu’il manque d’enthousiasme, car un journal satirique lui décerne le titre de "Chevalier de l’Ordre de l’Eteignoir" qu’il réserve aux Bonapartistes un peu tièdes. Cela n’empêche qu’à la seconde restauration, les royalistes lui cherchent noise (Terreur blanche) et qu’il s’astreint à rester six mois sans sortir de son établissement.

Jusqu’en 1823, la filature marche bien, mais, alors qu’il se trouve au chevet de son fils gravement malade, Mourgue apprend que son usine brûle. Il ne se décourage pas, trouve des subsides auprès de ses nombreux amis, monte une société par actions (Les Associés commandités sont les financiers Davillier, Ogier et Hottinguer), et, en moins de trois mois, reconstruit son usine.

Une gravure de cette époque le montre avec sa filature qui brûle, ses plans de charpente déjà refaits, et portant sur son coeur le nouvel acte de société ; Pour garnir sa nouvelle usine des derniers perfectionnements techniques, que les Anglais veulent garder secrets, il n’hésite pas , en automne 1823, à aller lui-même en Angleterre faire de l’espionnage économique (pratique de bonne guerre en cette période d’évolution ultra rapide de la technique) Il se fait passer pour un ouvrier anglais, pénètre dans les usines, achète des indicateurs, prend des croquis qu’il rapporte à Rouval, pour les faire réaliser. Il ramène même quelques ouvriers anglais qu’il a débauchés. Son usine devient une filature modèle qu’on vient visiter de la France entière.

Vers 1830, nouvelle crise économique, bientôt suivie d’une crise politique. Scipion Mourgue est resté attaché aux idées libérales et à la maison d’Orléans ; il a créé dans sa région une véritable organisation de "Résistance" contre les Bourbons. Dès le début de la Révolution, il mobilise son réseau orléaniste et arrive à entraver les mouvements des troupes du général Dalton, qui avait reçu l’ordre de marcher pour dégager Paris. Il est le premier à Doullens à porter la cocarde tricolore et organise une réjouissance populaire quand le Duc d’Orléans est nommé Lieutenant Général du Royaume.

La situation financière de l’affaire est catastrophique ; il faut vendre pour rembourser créanciers et actionnaires. L’usine est adjugée au plus offrant, à un associé des Feray d’Essonnes : Louis Bocking dit Sydenham. Les membres du Comité de surveillance : A. Odier, le Baron Davillier et Hottinguer père, établissent un rapport de liquidation, où ils tiennent à constater les capacités , la ténacité et le courage de Scipion Mourgue, qui a seulement été victime des circonstances économiques désastreuses.

Scipion, ainsi que son père, sont à peu près ruinés. Scipion peut heureusement être admis dans la nouvelle administration de Louis-Philippe ; En récompense de son attachement, le Roi le nomme Préfet de la Loire (27 septembre 1830) ; il doit y réprimer une "sédition ouvrière" ; il est ensuite Préfet de la Dordogne, puis de la Haute-Vienne. A son entrée officielle dans Limoges, il est reçu par un charivari qui faillit tourner mal, et qui impressionne fortement sa petite Elise qui est avec lui dans la voiture officielle.

En 1835, il est envoyé en disgrâce comme Préfet de Gap et, enfin, en 1840, il est nommé à Paris receveur percepteur du premier arrondissement. Il finit sa vie dans cette sinécure, puis, avec une petite pension, et meurt aveugle le 31 juillet 1860.

Il est officier de la Légion d’Honneur.

Sa femme était morte à Paris en 1840 ; il en avait eu 6 enfants : Eugène, Claire, Edmond, Amélie, Frédéric et Elise.

Il repose dans la sépulture familiale de la 39e division.

Crédit photos : (APPL 2009) avec l’aimable autorisation de M. Gérard Orsel, descendant de Scipion Mourgue.