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Actrices - Comédiennes - Arts de la scène

FEYGHINE Julie (1861-1882)

81eme division
mardi 31 mars 2009.
 

Actrice française

Julie Feyghine voit le jour en 1861. Elle s’est donné la mort en 1882.

Cette jeune actrice repose dans la 81e division dans un tombeau que lui fit construire le fils du duc de Morny, son amant.

Selon une des versions qui circulent de bouche à oreille, cette jeune femme, au demeurant d’un roux éclatant et fort jolie, eut l’idée d’envoyer à son amant de ses cheveux et de sa pilosité.

Celui ci, fort délicat, déclina l’envoi et lui retourna avec cette bluette : "les rousses sentent mauvais" (sic).

Toujours est-il que la jeune actrice mit fin à ses jours... L’une des histoires d’amour du Père Lachaise, celle là, bien triste...

Les tendances suicidaires de Julie FEYGINE

Mlle Feyghine, de la- Comédie-Française, a voulu se tuer. Elle s’est tiré un coup de pistolet dans la nuit de dimanche à lundi, à deux heures du matin. La balle l’a atteinte au dessous du sein gauche.

Mlle Feyghine n’était pas chez elle quand elle a pris tout à coup cette résolution désespérée.

Elle était chez le duc de Morny.

Mlle Feyghine habite un petit hôtel au numéro 116 de l’avenue d Eylau, où son installation est loin d’être complète.

Samedi, a cinq heures du soir, elle partit avec des malles, accompagnée de sa femme de chambre, comme pour un voyage «  Je suis souffrante », dit-elle, à ses gens ; un changement d’air me fera du bien. Elle donna l’ordre à la femme de chambre de se rendre chez le duc avec les malles et elle-même alla faire un tour de promenade au bois de Boulogne.

Chez elle, hier encore, on la croyait à Vichy.

A la Comédie-Française, également, ceux de ses camarades que nous avons pu interroger la supposaient en déplacement.

A l’hôtel de l’avenue d’Eylau, personne qu’une cuisinière sourde et forcément discrète, car elle ne semble pas savoir autre chose que ce que lui a dit sa maîtresse en partant.

Mlle Feyghine, la belle, l’enviée Mlle Feyghine, est une personne étrange par ses qualités éminentes de cœur et d’esprit, aussi bien que par le caractère tout particulier de sa personne.

Il paraît qu’elle avait comme une mystérieuse vocation pour le suicide.

C’est la quatrième fois qu’elle attente a ses jours.

Il y a trois ans, elle manifesta la volonté d’entrer au théâtre.

Comme elle appartient à une famille non seulement honorable, mais austère, elle trouva chez son père une résistance qui s’explique facilement.

Dans son exaltation, elle voulut mourir, elle, qui entrait à peine dans la vie.

Il y a trois jours, elle était descendue dans la cave de son hôtel.

Sa femme de chambre l’entendit qui tirait des coups de pistolet.

Inquiète, elle s’élança pour rejoindre sa maîtresse. Elle la vit remonter plus calme, plus souriante que jamais, de son beau sourire de sphinx animé et, calmant l’émotion que les détonations avaient excitée chez sa suivante « Je suis descendue à la cave, lui dit-elle, pour m’assurer si mes cartouches étaient bonnes ».

C’avait été un grand désespoir pour Mlle Feyghine que le succès de beauté qui accueillit son apparition à la Comédie-Française.

On alla jusqu’à dire qu’elle parlait le français comme un Auvergnat, et le mot lui était resté sur le cœur.

Son succès de femme n’était rien à ses yeux. Ce qu’elle rêvait, c’était un succès d’artiste.

Ses amis lui ont souvent entendu dire que, si elle n’arrivait pas au succès sur la scène de la Comédie-Française, elle se tuerait d’un coup de pistolet au cœur.

On riait de cette menace, comme d’une mutinerie d’enfant gâtée.

Samedi, avant de sortir, elle écrivit une lettre, à Vichy, à un de ses amis, M. Henri H. Sa lettre n’est pas partie. Elle a été retrouvée sur son bureau. La voici dans, son laconisme désespéré :

Mon ami,

J’ai bien besoin de vous. Je suis malheureuse à en mourir. Venez, si vous voulez me sauver de moi-même. Donnez-moi la force et le courage de vivre...

FEYCHINE.

A sept heures du soir, le duc de Morny en rentrant chez lui, rue de Marignan, y trouva Mlle Feyghine qui venait de sa promenade à l’avenue des Acacias.

Bien que très souffrant, le duc avait Un projet d’aller dîner à la campagne. Il en fit part à Mlle Feyghine, en lui disant qu’il comptait rentrer vers minuit. Elle ne fit aucune observation, aucune objection. « Je vais rentrer dîner chez moi », dit-elle.

Elle n’a pas reparu chez elle. Où a-t-elle dîné, si elle à dîné ? On l’ignore.

A minuit, le duc rentra comme il l’avait dit. Mlle Feyghine l’attendait.

On causa gaiement. Je partirai vers le 18, décembre, pour aller en Russie chasser chez le prince Demidoff.

"Avez-vous l’intention de m’emmener ?" Le duc objecta à l’artiste ses engagements envers la Comédie-Française et le tort qu’elle ferait à sa carrière d’artiste, à laquelle elle tenait tant, si elle s’éloignait.

C’est bien, dit-elle. La conversation continua, toujours sur un ton de parfaite sérénité.

Très souffrant, comme nous l’avons dit plus haut, M. de M. avoir fait préparer un bain dans son cabinet de toilette. Il y entra.

Sa baignoire était placée de telle façon que le duc tournait le dos à la glace placée au-dessus de la cheminée. Il fit remarquer à Mlle Feyghine qu’il était deux heures du matin et qu’elle ferait bien de rentrer chez elle. Elle s’approcha de la glace, et il la croyait occupée à mettre son chapeau. Elle se baissa vers lui, l’embrassa sur le front.

Bonsoir, dit-elle.

Au même moment, une détonation retentit.

Le duc se précipite hors de son bain. Il voit la malheureuse jeune femme gisant sur le tapis. Il

Il sonne, il appelle ; on se précipite sur le corps. Le duc constate la blessure faite par la balle au-dessous du sein gauche.

On court chez les médecins.

Le duc éperdu jette un peignoir sur ses épaules et se rend chez le commissaire de police des Champs-Elysées, 117 faubourg Saint-honoré. Il était absent. Il s’élance chez un autre, qui, immédiatement le suit et vient interroger la pauvre enfant :

Qui vous a tiré ce coup de pistolet ?

Moi-même.

-  Pourquoi ?

J’ai assez de la vie.

Avez-vous un grief contre le duc ?

Aucun.

Avez-vous eu quelque querelle en semble, auparavant ?

Aucune.

-  Mais enfin, mademoiselle, quelle raison aviez-vous d’attenter à vos jours ?

Je vous le répète, j’ai assez de la vie.

Le langage que Mlle Feyghine a tenu au commissaire de police, et que nous avons reproduit textuellement, croyons- nous, elle le tint également dans la journée d’hier et dans les mêmes termes à sa tante, la bonne Mme Damcke, la veuve du savant compositeur russe, qui lui servit de seconde mère et avec laquelle elle était venue à Paris.

Dans la nuit arrivèrent les docteur Péan et Lanoix,.

Circonstance aggravante du péril de la blessée une indisposition naturelle chez la femme empêchait l’emploi de la glace.

On sonda. On reconnut le trajet de là balle qui, après avoir longé une côte, est entrée dans l’estomac et l’a traversé de part en part. Il fat impossible à toute l’habileté des docteurs de sentir le projectile. Et par conséquent, de l’extraire.

Elle rendit par la bouche une pleine cuvette de sang, avec de gros caillots noirs. Auparavant, lorsqu’on avait coupe avec des ciseaux, le corsage de Mlle Feyghine, un long jet de sang avait y jailli et était venu éclabousser le nécessaire d’argent que le duc a hérité de son célèbre père.

La malheureuse jeune femme n’a pas perdu un seul instant sa connaissance. Elle est calme et paraît résignée à ce que la Providence décrétera d’elle. Elle n’a reçu aucune autre visite que celles du commissaire de police, des médecins et de sa tante.

Nous l’avons vue, sans qu’elle pu nous voir, couchée sur le côté même où est la blessure, assoupie, ses longs cheveux épars flottants sur ses épaules embellie par la poésie de la mort qui lutte avec la vie sur son visage pâti, mais calme, sans aucune crispation.- Le bras droit pend hors du lit, le bras gauche est replié sous la tête, et la main a demi-fermée.

En face du lit, le portrait en pied du duc de Morny, le père, par Patry, semble dominer le drame.

Hier soir, à neuf heures et demie le docteur Lanoix n’osait encore se prononcer. Il redoute une péritonite. Si cette complication ne se présente pas, on peut espérer.

Le duc de M. dans une des positions les plus critiques où un galant homme se puisse trouver, montre son cœur et la hauteur de son nom, et la force de son esprit lutte contre l’émotion de sa douleur...

Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

L’Illustration (extraits)

Crédit photos : Régis_Forrestier (APPL 2009)