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Comédiens - Acteurs - Arts de la scène

LUTHER Amédine (1830-1861)

24eme division (1ere ligne, Q, 21)
mardi 10 mars 2009.
 

Pensionnaire de la Comédie française

Amédine Luther voit le jour en 1830.

Comédienne, elle eut une carrière éphémère, et décéda brutalement à l’âge de 31 ans en 1861.

Fille d’ateurs, ele avait commencé à courir la province avant de parvenir à se faire engager au Théatre-Français où elle débuta en 1847, dans le rôle d’Abigaïl, du Verre d’eau et dans celui de Cécile de Il ne faut jurer de rien.

Sous employée, dépitée de ne point assez paraitre devant son public, elle quitta la Comédie-Française pour entrer au théâtre du gymnase où elle créa le rôle principal de la Tentation d’Antoinette.

Son jeu spitituel, sa beauté mutine, des dons d’d’incomparable ingénue lui firent remporter un un véritable triomphe que virent encore accentuer les regrets unanimes causés par sa mort subite en 1861.

Elle fut l’épouse du comédien Félix, fut surnommée Luperger. Elle repose dans la 24e division. Dans sa chapelle funéraire est inscrit ce distique :

"Artiste, elle nous laisse un sillon tout vermeil

Et, femme, un souvenir tout humecté de larmes."

Le poéte Théodore de Banville lui a dédié un poéme.

Les Exilés

Amédine Luther

À Madame Anna Luther

Adieu, bras de neige, adieu, front de rose ! Adieu, lèvre hier déclose !

Amédine, hélas ! notre cher trésor ! Blanche, douce, enfant encor !

Elle était rieuse, elle était vermeille, Plus légère que l’abeille !

Ses cheveux tombaient en flots triomphants, Blonds comme ceux des enfants,

Et resplendissaient, fiers de leur finesse, Sur ce front pur de Déesse.

Ils prenaient dans l’ombre, et comme par jeu, Des ruissellements de feu,

Et l’air se jouait parmi la dorure De cette noble parure.

Ô pâle ornement d’un front sidéral, Vapeur d’un or idéal !

Nulle n’aura plus, nulle enfant au monde, L’or sacré, la toison blonde

Qu’on voyait frémir autour de ton front ! Jamais ils ne renaîtront

Ces rayons riants qui dans les ravines Jetaient des lueurs divines,

Lorsque tu courais, avec tes seize ans ! Ô mort farouche ! Ô présents

Qu’ici-bas l’exil ne garde qu’une heure ! Muse, gémis ! lyre, pleure !

N’est-ce pas hier qu’en sa voix passait La tendresse de Musset,

Et qu’elle parut, foulant le théâtre De son petit pied folâtre,

Si jeune, oh ! si jeune, espoirs adorés ! Avec ses cheveux dorés

Et sa voix naïve, et son front qui penche ! Sa petite robe blanche,

Hélas ! je la vois encor. Nous disions : L’ange des illusions,

C’est elle ! Jamais lèvre plus choisie Ne versa la poésie.

Celle-ci n’est pas jeune pour un jour ! Mais éclatante d’amour,

Pour jamais la grâce en fleur la décore Comme le lys et l’aurore !

Et déjà, déjà, pauvre ange mortel, Tu fuis dans l’horreur du ciel,

Dans l’immensité bleue aux sombres voiles Où frissonnent les étoiles !

Le lys est brisé. C’est fini. Plus rien Qu’un fantôme aérien

Dont les cheveux blonds aux mourantes flammes Caressent encor nos âmes.

Mais, va, jeune Grâce aux yeux si touchants ! Tu renaîtras dans les chants

Des rimeurs plaintifs qui savent encore Éveiller le luth sonore.

Ils diront comment tu fus notre sœur Par l’enfantine douceur,

Et comment ta voix eut l’attrait magique D’une suave musique.

Amédine ! Aux champs tout la saluait, L’églantine et le bleuet !

Oh ! rien qu’en disant ce nom d’Amédine, Je la revois enfantine

Et riante ; l’air baisait son bras nu ; Son petit cœur ingénu

Dans la forêt verte, où rit la pervenche, Soulevait sa robe blanche.

Elle était la joie, elle était l’orgueil De sa mère, que le deuil

Entoure à présent de crêpes funèbres ! Ah ! coulez dans les ténèbres,

Pleurs désespérés, pleurs silencieux ! Quand les étoiles aux cieux

Scintilleront, moi j’évoquerai celle Dont le front pâle étincelle.

Elle reviendra, mais, comme jadis, Jeune enfant pareille au lys,

Libre en sa Bretagne, errante et sans chaînes, Attentive aux bruits des chênes ;

Ou comédienne aux riches habits, Sous les éclairs des rubis

Et des robes d’or, semant sa parole Pensive, ingénue et folle,

Et d’un pas léger grimpant le coteau Du vieux parc cher à Wateau !

Et plus tard, tous ceux dont la Muse est reine, À l’heure où la nuit sereine

Sur le front des fleurs met ses diamants, Les rêveurs et les amants,

Écoutant avec le souffle des brises Pleurer mes strophes éprises,

Reverront son pur visage, arrosé, Neige en fleur, d’un feu rosé.

Et toi, lueur vive, aux reflets d’opale, Ô toison, flamme idéale

Qui baignais de feu son col et ses bras, À jamais tu brilleras,

Clair rayonnement, chevelure d’Ève, Par mes vers ; car en mon rêve

Amédine vit, ange au front doré ! Oh ! que de fois je croirai,

Cherchant ses regards qui versaient les charmes, Les voir à travers mes larmes !

Bordeaux, 15 août 1861.