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Monuments oubliés - Personnalités exceptionnelles

CALMER Liefman (1711-1784)

7eme division (6eme ligne, AE, 24)
mardi 10 février 2009.
 

UN BARON JUIF A AMIENS AU XVIIIeme SIECLE

Au Père Lachaise, il n’y a pas qu’Héloïse et Abélard, Molière et La Fontaine (entre autres) a être décédés avant l’ouverture du cimetière et inhumés en ce lieu, Calmer Liefman, personnage haut en couleurs repose toujours dans la 7e division.

Liefmann Calmer, né à Aurick, en Oost Friese, et naturalisé français, Vidame d’Amiens, Seigneur de Vignacourt et autres lieux, décédé à Paris le 7 décembre 1784, âgé de soixante-treize ans.

Comment Liefman Calmer, Juif de Hollande ayant reçu une lettre de nationalité française, devint-il Baron ? Isidore Loeb dans son article Un Baron Juif français au XVIIIème siècle : Liefman Calmer dans L’Annuaire des Archives Juives répond tout simplement en achetant une baronnie.

En effet, le 12 avril 1774, par l’intermédiaire de Pierre Briet, écuyer, sieur de Bernaprè, Liefman Calmer achète des créanciers du Duc des Chaulnes les baronnies de Picquigny et Vidamé d’Amiens pour le prix de 1.500.500 livres.

Le fief de Picquigny est une des plus anciennes des baronnies et une des terres les plus importantes du royaume pour son étendue, ses prérogatives et le nombre de ses vassaux, qui se montent à plus de 1800.

En vertu de ses droits féodaux, Liefman Calmer confère une des prébendes de la Collégiale de Saint-Martin de Picquigny au Sieur Filleux de Roncières, et la trésorerie au Sieur Hiel. L’Evêque d’Amiens, ne voulant pas admettre qu’un juif peut nommer à des fonctions de ce genre, a désigné pour les remplir, le Sieur Hecquet à la prébende, et le Sieur Poulet pour la trésorerie. L’affaire fait scandale, la qualité de Juif de Calmer ne fait aucun doute, il ne la nie pas.

Pourtant un arrêt du 13 février 1777 déclare que l’Evêque d’Amiens n’a pas pu s’emparer sans abus de la collation des canonicats appartenant à Calmer et la Cour n’admet pas qu’on fasse la preuve que Calmer est Juif, cela n’a rien à voir avec les droits féodaux.

Liefman Calmer, Vidame d’Amiens, Seigneur de la Baronnie de Picquigny et dépendances, demeure au coin de la Rue Sainte-Barbe, Boulevard Poissonnière, à Paris. Il a quatre fils : Calman Calmer, l’aîné et son seul héritier, A.L.J. Calmer, Louis Benjamin Calmer et Meyer Calmer.

Le 4 floréal an II (19 avril 1794), le tribunal révolutionnaire condamne à mort Louis Benjamin, courtier de change et chef de la synagogue de la rue Brisemiche et A.L.J. Calmer est condamné à mort à son tour le 29 messidor an II (17 juillet 1794).

Liefman Calmer, qui a tenté de fonder un cimetière Juif à La Villette après avoir refuse de participer aux négociations sur l’ouverture du cimetière de Montrouge, est enterré avec son épouse et leur dernier fils Meyer au Père-Lachaise. Leurs pierres tombales portent des inscriptions hébraïques et françaises, reproduites ainsi :

-  Ici repose le corps de Messire Liefmann Calmer, né à Aurick, en Oost Friese, et naturalisé français, Vidame d’Amiens, Seigneur de Vignacourt et autres lieux, décédé à Paris le 7 décembre 1784, âgé de soixante-treize ans.

-  Ici repose la dame Rachel Moïses Isacks, veuve Liefman Calmer, née à La Haye en Hollande,le 3 janvier 1721 ; décédée à Paris le 23 décembre 1817.

-  Ici repose Meyer Calmer, né à La Haye, en Hollande, décédé à Paris le 11 septembre 1823, âgé de soixante-dix ans.

Après avoir joué un grand rôle dans l’histoire de la Communauté Juive de Paris, cette famille disparaît complètement après la mort de Meyer Calmer. Il ne reste d’elle que quelques documents portant son nom et deux tombes couvertes de mousse dont les noms sont à moitié effacés et dont personne ne se souvient.

Sources : Un baron juif au XVIIIe siècle, par Isidore Loeb. Annuaire des Archives juives. Jules Moiroux, Guide illustré du Père Lachaise, Paris 1911.