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Sculpteurs - Fondeurs - Bronzeurs

DALOU Jules (1838-1902)

dimanche 18 janvier 2009.
 

Sculpteur officiel de la République

Dalou est né à Paris, le 31 décembre 1838, dans une famille d’artisans gantiers. Ses parents protestants l’élèveront dans la laïcité et l’amour de la République. L’enfant connut les enthousiasmes populaires et naïfs de la IIe République, la Sociale, il suivit les foules de 1848 qui allaient écouter Lamartine exalter la démocratie aux trois couleurs de la France. Il grandit dans l’utopie du « Printemps des peuples » qui signifiait à la fois l’émancipation du citoyen et l’affirmation de la souveraineté nationale par le suffrage universel.

La guerre franco-allemande de 1870, qui balaya le Second Empire et ses fastes, fit naître le soulèvement populaire de la Commune de Paris, un drame au cœur de la nation où le destin de Dalou basculera.

Jules Dalou avait montré très jeune des dons pour le modelage et le dessin, ce qui lui avait valu l’attention de Jean-Baptiste Carpeaux, lequel le fit entrer en 1852 à la Petite École (future École nationale supérieure des arts décoratifs) où il suit les cours de Horace Lecoq de Boisbaudran.

C’est là qu’il se lia d’amitié avec Rodin. Puis en 1854 il fut admis à l’École des Beaux-Arts de Paris . Le jeune artiste gagna sa vie dans les grands chantiers de la capitale en se formant à l’architecture et à la décoration des immeubles sur les grandes avenues parisiennes. Il travailla également pour un atelier d’orfèvrerie.

Durant ces années obscures de formation, Dalou épousa Irma Vuillier, une femme de fort caractère qui le soutiendra toute sa vie. Le couple n’aura qu’un enfant, Georgette, une fille née avec un handicap mental qui nécessita, jusqu’à sa mort pendant la première guerre mondiale, la présence à ses côtés d’un adulte responsable. C’est pour cela que Dalou lèguera son atelier à l’Orphelinat des Arts et c’est pour cela que les chercheurs disposent actuellement de plus de 300 œuvres achetées par la ville de Paris à l’orphelinat en 1905.

Lorsque éclate la guerre de 1870, Dalou âgé d’une trentaine d’années a déjà amorcé sa carrière de sculpteur. Un marbre « Daphnis et Chloé » présenté au Salon a été acheté par l’État, une «  Brodeuse » recevra un troisième prix. Des échecs répétés au Prix de Rome lui démontrent les intrigues de l’institution et suscitent sa méfiance envers le conformisme tout puissant.

Le conflit franco-allemand bouleverse l’ordre du Second Empire et la défaite de Sedan provoque la proclamation de la IIIe République. Dalou s’engage dans le combat. On le retrouve officier au 83e bataillon des fédérés. Gustave Courbet que l’on vient d’élire à la Fédération des Artistes de la Commune de Paris, appelle Dalou auprès de lui comme curateur au Louvre.

Le 21 mai 1871 commence la semaine sanglante, un des moments les plus sinistres de notre histoire et des moins compréhensibles pour la France profonde. Les Tuileries brûlent, l’hôtel de ville est attaqué. On fusille au Père-Lachaise (Mur des Fédérés).

La Commune de Paris avait nommé Dalou, administrateur provisoire adjoint au Louvre avec mission de protéger les collections du vandalisme. Le 17 mai, il s’était installé avec sa petite famille dans le musée.

Après le triomphe des Versaillais, au cours du mois de juillet, Dalou et sa famille quittent Paris et vont chercher refuge à Montrouge chez un de leurs amis. Ils seront hébergés chez le sculpteur Alexis André. Et le 6 juillet 1871 ils pourront fuir la répression et se réfugier en Angleterre.

Le 13 mai 1874, le 3eme conseil de guerre du gouvernement Mac-Mahon, qui vient d’interdire les bustes de Marianne dans les lieux publics, condamne par contumace Aimé-Jules Dalou aux travaux forcés à perpétuité, pour ses fonctions dans la Commune et son poste d’administrateur adjoint du Louvre, ainsi que de nombreux intellectuels.

Intègre et fier, Dalou n’acceptera jamais le pouvoir issu de la répression. Ses lectures le rapprochent de Proudhon et de Blanqui davantage que de Thiers.

À Londres, les premières années sont misérables, mais en 1874, Dalou trouve un emploi de professeur de modelage auRoyal Collège of Art et sa réputation d’artiste se confirme. Il reçoit des commandes importantes. Ses succès londoniens lui vaudront d’être sélectionné pour figurer dans de grandes expositions internationales. Il reçoit commande d’une fontaine publique et d’un monument pour le château de Windsor.

Ce n’est qu’en mai 1879, après avoir été amnistié sous le président Jules Grévy, le premier président républicain authentique, que Dalou et sa famille rentrent d’exil.

Jules Dalou s’installe à Paris et commence une extraordinaire carrière de sculpteur, prenant pour modèles le monde du travail et la paysannerie. Il réalisa quelques-uns des plus beaux monuments publics du XIXe siècle. Ses pièces majeures figurent dans les musées du monde et sur les places de Paris, Bordeaux, Quiberon, Bourges, Auteuil, Londres, Vierzon. Ses gisants de Blanqui et de Noir sont des chefs-d’œuvre, et le jardin du Luxembourg abrite trois groupes parmi les plus réussis. Une vingtaine d’années de labeur acharné.

Le sculpteur Aimé-Jules Dalou, élève de Carpeaux, ami de Rodin, est peu connu du public français, même de ceux des Parisiens qui tournent chaque jour autour de l’extraordinaire bronze du « Triomphe de la République » que l’on voit au centre de la place de la Nation.

Dalou est mort le 15 avril 1902. Il repose au cimetière du Montparnasse.

Sources : article de P. Forthuny, "Jules Dalou" Revue d’art du 4/11/1899 - Maurice Dreyfous "Dalou, sa vie et son oeuvre" Paris Laurens, 1903, P. 70.

Portrait de Dalou par Legros (haut de page).

Crédit photos : Annie_photos/Hugo_photos (APPL 2009)