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ROCHEFORT Christiane (1917-1998)

22ème division
mercredi 14 septembre 2005.
 

Femme de lettres

Une simple dalle de pierre, agrémentée d’un pittoresque éléphanteau taillé densément dans la même matière, marque le dernier emplacement de l’auteur Christiane Rochefort. Discrètement égarée au cœur de la 22ème division, la sépulture de cette talentueuse romancière semble exhiber cet imposant mammifère ongulé dans le seul but de tromper « énormément » la vigilance légitime de ses admirateurs. Par ailleurs, le nom de Christiane Rochefort ne figure étrangement sur aucun des derniers guides du cimetière du Père-Lachaise.

Arrivée tardivement à l’écriture après s’être consacrée à divers métiers dont celui d’attachée de presse pour le festival de Cannes, ce n’est qu’à l’âge de quarante et un ans qu’elle obtint son premier succès littéraire avec Le Repos du guerrier, un récit enduit de souffre dans lequel se dessinent déjà les traits de la combattante avant-gardiste et anticonformiste qui ne tarda pas à irriter vivement la bienséance. L’œuvre fut adapté au cinéma par Roger Vadim qui n’hésita pas à octroyer le rôle principal à sa voluptueuse épouse Brigitte Bardot, au grand dépit de l’auteur.

Trois ans plus tard, la parution de Les Petits enfants du siècle fut accueillie par les mêmes cris d’orfraie qui accompagnèrent la bataille d’Hernani menée par un enfant du rock bondissant devant le parterre hostile de l’Alhambra. Il faut préciser que cet ouvrage met en exergue le langage acerbe et les mœurs indociles de la nouvelle génération issue des grands ensembles de la banlieue parisienne et fruit de la politique nataliste. Sa réputation d’écrivain contestatrice fut dès lors affermie.

Dans son troisième roman intitulé Les Stances à Sophie et parut en 1963, Christiane Rochefort met à bas l’institution du mariage qu’elle pressent comme «  une consécration totale à la vie domestique, avec service de nuit ». Cette œuvre fut également adaptée au cinéma par Moshé Mizrahi en 1970.

Une rose pour Morrison parut en 1966 est une véritable diatribe contre la morale étriquée de son époque. Toutes les récriminations de la jeunesse de 1968 y sont déversées.

Avec Printemps au parking publié en 1969, Christiane Rochefort démonte le tabou de l’homosexualité masculine et signe là ses plus belles pages. Dans Archaos ou le jardin étincelant, parut en 1972, elle évoque pour la première fois l’inceste. Ce thème de l’enfant privé de parole ; de l’innocence bafouée par l’adulte corrompu et omnipotent joua un rôle itératif dans la poursuite de son dessein didactique. On le retrouve sous une autre forme dans Encore heureux qu’on va vers l’été, parut en 1975.

En 1982, Christiane Rochefort fait publier l’étrange Quand tu vas chez les femmes dont le titre est un emprunt nietzschéen très significatif. Six ans plus tard, elle remporte enfin un grand prix littéraire - le Médicis - avec La Porte du fond, un émouvant récit sur l’inceste narré à la première personne du singulier. À quatre-vingt ans, elle publie encore Adieu Andromède et enfin Confessions sans paroles, un texte impétueux dédié à sa mère.

En disparaissant le 24 avril 1998 au Pradet, cette petite femme grêle a laissé la trace d’une inlassable protestataire dont la plume acidulée et admirable a stigmatisé pendant quatre décennies le conservatisme, les préjugés et l’injustice contre les femmes et surtout contre les enfants.