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Peintre et écrivain - Dessinateurs - Illustrateurs

ZÜRN Unica (1916-1970)

9eme division
lundi 29 décembre 2008.
 

Peintre et écrivain

Unica Zürn, auteure et peintre allemande née à Grunewald le 6 juillet 1916.

Il est difficile d’établir une biographie fidèle d’Unica Zürn sans tenir compte de son œuvre littéraire où elle s’est plu à se mettre en scène à la troisième personne, et ce, en se regardant à travers la lunette déformante du souvenir.

Il n’est pas tant important de tenir compte de la nature des éléments biographiques en eux même, que de se tourner vers la perception qu’elle en a eu rétrospectivement et qu’elle a traduit dans ses textes. Sa perception est fortement affectée par sa pathologie.

Néanmoins il est primordial de ne pas résumer l’œuvre d’Unica Zürn à l’expression d’une aberration mentale, la densité de son œuvre fait d’elle une artiste à part, dont la vie et l’œuvre sont indissociables mais non assimilables l’une à l’autre.

Unica Zürn est le second enfant de Ralph Zürn un journaliste « voyageur » et d’ Helene Pauline Heerdt issue d’une famille très fortunée. Née à Berlin sous l’identité de Nora, Berta, Unika, Ruth Zürn le 6 juillet 1916.

Dans ses écrits, Unica aime à raconter son enfance mêlant éléments biographiques et éléments fantasmés. Cependant, dans « Sombre Printemps », certains passages mettent en avant son amour profond, presque « œdipien » pour son père, ainsi que ses relations conflictuelles avec son frère, qui aurait ( si l’on en croit le récit fait dans « Sombre Printemps ») abusé d’elle sexuellement.

Le 2 décembre 1930, les parents d’Unica divorcent, c’est un choc pour la jeune adolescente « elle ne sait pas que le mariage de ses parents est un échec, mais elle s’en doute pourtant lorsqu’un jour son père amène à la maison une étrangère belle et élégante qui lui apporte en cadeau une grande et superbe poupée »comme elle l’écrit dans «  Sombre Printemps ».

Dans « Note d’une anémique », elle voit ce drame familial comme le point de départ de sa confusion, et elle écrit : «  d’où mon malheur peut il venir ? D’avoir confondu tous les visages avec ce seul visage. Parce que mon enfance s’est arrêtée à l’heure où j’ai compris le drame de mes parents, et qu’au même moment s’est brisé ce merveilleux instinct pour le visage unique ? »

En 1931, sa mère épouse Heinrich Doehle, un ministre d’Hindenburg, qui deviendra plus tard un des hauts dignitaires du IIIème Reich.

Unica Zürn est une élève « moyenne » qui fait des études commerciales, puis en 1933 elle est engagée comme sténotypiste aux studios de L’Universum Film AG de Berlin. On sait par sa correspondance que cette année à l’UFA a été frivole et pleine d’amitiés et intrigues amoureuses (d’après l’édition allemande des « œuvres complètes d’Unica Zürn »en huit volumes publié par Brinkmann & Bose, Berlin). De 1936 à 1942, elle travaille de manière constante comme scénariste et auteur de films publicitaires.

Quand son père meurt, le 6 Janvier 1939, Unica entretient alors de bonnes relations avec sa mère qui l’introduit dans la haute société nazie. En 1942, Unica épouse Erich Laupenmühlen, un commerçant, qu’elle épouse à l’époque par amour et dont elle aura deux enfants (Katrin, née le 23 Mai 1943 et Christian le 11 février 1945, l’année où Unica voit sa mère pour la dernière fois et où Heinrich Doehle est condamné à passer deux ans en camps d’internement ). Ne supportant pas les infidélités notoires d’Erich Laupenmühlen, Unica et lui divorcent en 1949.

1949 est pour Unica une année prolifique. Seule et relativement pauvre, elle publie des petits récits en prose dans la presse, réalise des contes radiophoniques et fréquente le milieu « artiste », surtout celui du cabaret. Pourtant, l’année suivante, ses soucis financiers font que la garde de ses enfants lui est retirée, elle ne les verra plus qu’une fois par mois.

Si 1949 est un tournant idéologique pour Unica, c’est en 1953 qu’a lieu une des rencontres les plus prolifiques et destructrices de sa vie, la connaissance de l’artiste Hans Bellmer, qui sera son compagnon jusqu’à la fin de ses jours.

Unica suit Hans Bellmer à Paris, ils vivront ensemble pendant 12 ans dans des hôtels rue Mouffetard, une rue qu’Unica qualifie d’une «  des plus belles et des plus pittoresques de Paris. »

En 1954, le couple passe quelques mois à Berlin où ils travaillent ensemble ; lui, achevant d’écrire la « petite anatomie de l’image », et elle, composant les anagrammes et dessins qui seront publiés sous le titre d’« Hexentexte » par la galerie Springer.

De retour en France, ils séjournent les deux mois d’étés à Montpellier, puis Unica repart seule à Berlin. Cette première séparation avec Hans Bellmer est particulièrement douloureuse, car cette année 1955 est marquée par ses préoccupations pour son fils Christian et pas son premier avortement.

Ce séjour en solitaire à Berlin est aussi marqué par d’heureuses rencontres comme celle de Roberto Matta, Victor Brauner, Man Ray, Max Ernst ou encore Jean Arp.

Pendant ce début 1956, Unica connait une passade artistique singulière où elle expérimente la peinture à l’huile (technique qu’elle abandonnera vite) et où elle ambitionne de cesser d’écrire pour ne vivre que de ses dessins.

En Mars 1956, elle rompt par lettre et de manière définitive tout contact avec sa mère qui l’avait associée à « la période criminelle nazie ».

Du 11 ou 31 mai 1956, c’est la première exposition personnelle et parisienne d’Unica Zürn à la galerie Le Soleil dans la Tête. Elle parvient à vendre quatre tableaux.

De 1957 à 1959, Hans et Unica continuent leur vie d’artiste entre Paris et Ermenonville, avec plus ou moins de continuité. En 1957, le couple rencontre Henri Michaux, qui sera une des rencontres les plus marquantes d’Unica. Cette même année, la Galerie le Soleil dans la Tête consacre une seconde exposition sur Unica Zürn du 11 ou 31 octobre. Parallèlement, les clichés d’Unica nue et ficelée, pris par Hans Bellmer, font la couverture du magazine « Surréalisme ». 1958 est une année mitigée, car si elle marque l’heureuse parution de « Notes d’une anémique », elle marque aussi le premier internement d’Unica à la Maison des malades du 30 Avril au 9 mai.

Cependant, l’année suivante semble un heureux rebondissement pour le couple : tout deux sont conviés à participer à l’Exposition internationale du surréalisme qui a lieu chez Cordier. C’est par cette première exposition de « die puppe » qu’Hans Bellmer connaît une reconnaissance et un engouement immédiats.

Cette nouvelle « célébrité » améliore la situation financière du couple. Unica fait la connaissance de Ruth Henry, une des rares femmes avec laquelle elle aura une vraie relation d’amitié.

En 1960, Unica prend quelques distances avec Hans Bellmer, elle passe six mois dans le midi de la France puis, de retour à Paris, elle quitte Bellmer et prend seule une chambre d’hôtel. C’est à ce moment là qu’a lieu sa première « crise », si bien décrite dans les premières pages de « L’Homme-jasmin ».

Perdue, elle retourne à Berlin où elle arrive le 29 Septembre. Elle erre et jette son passeport avant d’être arrêtée par la Police, puis internée à la clinique psychiatrique de Karl-Bonhöffer-Heilsätten. Là, elle continue à dessiner et malgré un fort traitement à base de neuroleptique, elle fait une première tentative de suicide.

Lorsqu’elle retourne à Paris le 2 mars 1961, son état est si critique qu’elle ne se déplace qu’en chaise roulante. Alors que la revue « der Monat » publie certains de ses anagrammes, Unica Zürn semble perdre tout espoirs et détruit une grande partie de ses dessins.

A partir de fin septembre 1961, elle est admise à l’hopital Sainte-Anne dans le service psychiatrique. Henri Michaux lui apporte encre, pinceaux et papiers, qui permettent à Unica de dessiner.

Alors qu’elle est toujours internée à Sainte-Anne, a lieu une troisième exposition sur son œuvre au Point Cardinal, rue Jacob.

En 1964, après l’aboutissement de plusieurs projets artistiques comme « Im Hinterhalt » ou « Oracles et spectacles », et après avoir effectué plusieurs séjours à l’Île de Ré, elle revoit sa fille Katrin. Pourtant, le 1e août de cette même année, elle est admise à « la fond », un établissement psychiatrique de La Rochelle. De retour à Paris, elle marque à nouveau son désir de rompre avec Hans Bellmer.

Elle vit seule dans un hôtel et une nouvelle exposition lui est consacrée au Point Cardinal du 10 décembre au 15 janvier, exposition dont Max Ernst crée les invitations au vernissage. Cependant, alors que la notoriété d’Unica Zürn est à son zénith, la jeune artiste vacille et est de nouveau internée à Sainte-Anne.

En septembre 1965, Hans Bellmer et elle aménagent ensemble rue de la Plaine (au numéro 4), tandis qu’Unica commence la rédaction de son œuvre littéraire majeure : « L’Homme-jasmin » (Der Mann in Jasmin).

Le 6 Juin 1966, alors qu’elle travaille sur «  L’Homme-jasmin », elle a une nouvelle « crise » de folie. Elle est internée à la Maison Blanche, d’où elle écrira plusieurs lettres et notes. En 1969, Hans Bellmer devient hémiplégique suite à un accident vasculaire cérébral, il restera enfermé dans un profond mutisme jusqu’à la fin de sa vie.

Cette même année, Unica Zürn publie « Sombre Printemps » et est à nouveau internée à la maison Blanche, cette fois-ci, comme en 1960, son état est si critique qu’elle ne peut plus ni dessiner ni écrire.

Au début de 1970 se succèdent les événements, elle est pour la troisième fois internée à la maison Blanche, elle rédige un journal de souvenirs intitulé « crécy » , et « livre de lecture pour enfants », et le 7 Avril elle écrit à Hans Bellmer une lettre de rupture.

Après un nouvel internement et la visite de sa fille Katrin, son état s’améliore, elle fini la rédaction de « L’Homme-jasmin », de « Vacances à la maison Blanche », de «  Rencontre avec Hans Bellmer » et envisage d’écrire « L’Homme poubelle » comme suite à « L’Homme-Jasmin ».

Mais ce sursaut de vie est de courte durée, car autorisée à sortir quelques jours de la clinique, elle se rend chez Hans Bellmer le 18 Octobre, jour de sa sortie, et se défenestre le 19 Octobre 1970, depuis le balcon de l’appartement de la rue de la Plaine.

Elle repose dans la 9e division avec Hans Bellmer.