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IIIe République - Faits divers - Scandales

STAVISKY Serge Alexandre (1886-1934)

93eme division
vendredi 14 novembre 2008.
 

Un scandale sous la IIIe République

Serge Alexandre Stavisky, voit le jour en Ukraine le 20 novembre 1886 et décédé à Chamonix le 8 janvier 1934.

Escroc français d’origine russe, de haute volée (sic) dont le nom reste associé à l’affaire Stavisky.

De famille juive, il est naturalisé français en 1910. Séducteur et beau parleur, il devient rapidement un escroc professionnel. Impliqué dans plusieurs affaires de vol et arrêté à Marly-le-Roi, il écope de dix-huit mois de prison de la Santé, à Paris, en 1926.

Malgré ses appuis dans les milieux économiques et parmi les hommes politiques, il se compromet définitivement avec l’affaire des bons de Bayonne où il réussit à détourner, sous le nom de Serge Alexandre, plus de 200 millions de francs au détriment du Crédit municipal de Bayonne avec la complicité du député-maire de la ville, Joseph Garat.

L’arnaque est découverte à la fin de l’année 1933. Stavisky est alors recherché et il prend la fuite. La police le traque jusqu’à son chalet près de Chamonix, dit le Vieux logis. Lorsque les policiers entrent dans la résidence, le 8 janvier 1934, un coup de feu retentit et Stavisky est trouvé mort, une balle dans la tête.

Il s’est suicidé ( ?). Cet événement sera extrêmement médiatisé. Les milieux de droite exploiteront l’affaire afin de critiquer le gouvernement de Camille Chautemps, ce qui donnera lieu à une crise politique désormais connue sous le nom de l’Affaire Stavisky.

Cette affaire a fait l’objet du film Stavisky d’Alain Résnais avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle-titre.

L’affaire Stavisky

L’Affaire Stavisky est une crise politique française survenue en janvier 1934, succédant au décès dans des circonstances mystérieuses d’Alexandre Stavisky, dit « le beau Sacha ». Ce scandale devait symboliser la crise d’un régime instable soupçonné de corruption et contribuer à la chute du gouvernement Camille Chautemps et au déclenchement des émeutes antiparlementaires du 6 février 1934.

Le 23 décembre 1933, le directeur du Crédit communal de Bayonne, Gustave Tissier fut arrêté pour fraude et mise en circulation de faux-billets pour un montant de 235 millions de francs. On découvrit rapidement que Tissier n’était que l’exécutant du fondateur du Crédit communal, Serge Alexandre Stavisky, qui avait co-organisé cette fraude avec le député-maire de Bayonne, Dominique-Joseph Garat. Alexandre Stavisky avait été poursuivi pour fraude à plusieurs reprises au cours des années précédentes.

L’enquête, menée tambour battant, permit de découvrir les nombreuses relations entretenues par l’escroc dans les milieux de la police, de la presse et de la justice : le député Bonnaure, le sénateur Renoult, le ministre des Colonies et ancien ministre de la Justice Albert Dalimier, les directeurs de journaux Dubarry et Aymard avaient profité de ses largesses en échange de leur appui ; le procureur général Pressard, beau-frère du président du Conseil Camille Chautemps, avait fait en sorte que Stavisky vît son procès indéfiniment reporté. Beaucoup de personnalités avaient été du dernier bien avec « le beau Sacha » et comptaient sur son silence, de sorte que lorsque la police retrouva Stavisky agonisant dans un chalet de Chamonix, le 7 janvier 1934, on se demanda à qui le suicide ou le crime (car les circonstances de la mort étaient mystérieuses) profitaient le plus.

Le Canard enchaîné de l’époque titra « Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant. » ou encore « Stavisky s’est suicidé d’une balle tirée à 3 mètres. Voilà ce que c’est que d’avoir le bras long. » En résumé Stavisky avait été couvert par des politiques et cette affaire a déclenché une grande polémique et divisé la France en deux clans : ceux qui le croyaient coupable et ceux qui le croyaient non-coupable.

L’affaire fit éclater un scandale politique puisqu’il se révéla que Stavisky était déjà poursuivi par la justice, poursuites étouffées sur intervention de ministres ou de parlementaires corrompus (chute du gouvernement de Camille Chautemps). Les adversaires du gouvernement affirmèrent que cette mort profitait le plus à la gauche, aux radicaux dont Chautemps. André Tardieu publia une liste fantaisiste de parlementaires ayant « touché », qui rappelait les « chéquards » de l’affaire de Panama. Léon Daudet dénonça en Chautemps le chef d’une bande de voleurs et d’assassins. Les adversaires du régime voyaient dans cette affaire une nouvelle preuve de son abaissement. Un accès d’antiparlementarisme saisit le pays, encore plus violent que celui occasionné par l’affaire Hanau, ou encore l’affaire Oustric. Il aboutit à l’émeute du 6 février 1934.

Ironie de l’histoire ou hasard administratif, toujours est-il que le Beau Sacha repose dans la 93e division avec comme voisin immédiat (à sa tête) l’écrivain Édouard Drummont, antisémite notoire, auteur de brûlots antijuif tel son ouvrage La France juive (tout un programme...).

L’AFFAIRE du CONSEILLER PRINCE :

L’affaire du conseiller Prince a son origine dans la découverte, le 20 février 1934, du corps déchiqueté d’Albert Prince (1883-1934) attaché aux rails, au kilomètre 311 de la voie ferrée Paris-Dijon, à proximité de cette dernière ville, au lieu-dit La Combe-aux-Fées.

Une mallette ouverte et vide est retrouvée non loin de son corps. Conseiller à la cour d’appel de Paris et chef de la section financière du parquet de Paris, il avait enquêté sur Alexandre Stavisky, un financier véreux retrouvé « suicidé » la même année.

Albert Prince naît en 1883 à Châtenois-les-Forges dans le Territoire de Belfort. Sa carrière judiciaire débute en 1907 au parquet de la Seine. Il s’illustre pendant la Première Guerre mondiale, où de simple sergent, il s’élève au grade de capitaine. Il est par deux fois blessé au combat, décoré de la croix de guerre avec deux citations, puis obtient la Légion d’honneur.

Fait prisonnier, de 1916 à 1918 il est interné dans le camp de Vöhrenbach dans le grand-duché de Bade. Il poursuit sa carrière de magistrat après 1918 et est nommé procureur de la République à Troyes, le 5 octobre 1922. Il reste à ce poste presque trois ans. À la fin des années 1920, il est nommé responsable de la section financière du tribunal de la Seine, un poste concerné par l’affaire Stavisky.

Voie ferrée évoquant la mort du conseiller Prince. (lieu dit La Roche-aux-Fées)

L’affaire Prince est contemporaine de la naissance en France du thème de la « mafia » réputée toute-puissante, illustrée dans ce photomontage à la une de l’hebdomadaire communiste Regards de mars 1934 par les quatre principaux malfrats un temps accusés : de haut, en bas, Paul Carbone, Georges Hainnaux, Gaëtan de Lussats et François Spirito. En arrière-plan, derrière les personnages cagoulés, une voie de chemin de fer illustrant le lieu du crime, La Combe-aux-Fées.

un truand, familèrement accoudé au bureau du juge L’effondrement des accusations contre Carbone, Spirito et de Lussats, dessin de Paul Iribe dans Le Journal du 7 avril 1934 : « Monsieur le juge, tous mes amis peuvent vous le dire : ce jour-là, je déjeunais à Marseille, à Cannes, à Nice et à Monte-Carlo. »

Des témoignages font pencher l’enquête en faveur d’un meurtre : son rapport sur l’affaire Stavisky a disparu, il a été faussement attiré à Dijon où demeure sa mère et certains assurent l’avoir vu se débattre à l’arrière d’une voiture.

Malgré tout, les commissaires Belin et Guillaume ne privilégient que la thèse du suicide. L’inspecteur Pierre Bonny va ensuite, sur la base de faux éléments, accuser les caïds marseillais Paul Carbone, François Spirito et Gaëtan de Lussats qui sont incarcérés le 29 mars suivant à la maison d’arrêt de Dijon. En moins d’un mois, les deux premiers furent relaxés et de Lussats transféré à Paris puis à Nice sous l’inculpation de recel de timbres fiscaux volés.

Photomontage à la une : les quatre malfrats en costume.

L’affaire fut classée en janvier 1937. En 1944, Pierre Bonny aurait confié à son fils ainsi qu’au médecin légiste présent lors de son exécution qu’il était responsable de l’assassinat de Prince et que le meurtre avait été commis pour « défendre la République ».

Le 20 février 1934, Léon Daudet, dans une lettre ouverte intitulée La Maçonnerie et les événements actuels, attaque violemment la franc-maçonnerie à qui il attribue l’assassinat du magistrat. Une opinion partagée par Alfred Détrez dans ses essais. Albert Vigneau désigne la maçonnerie comme liée à l’assassinat d’Albert Prince, tout comme à l’affaire Stavisky et la dissolution des ligues après la crise du 6 février 19348.

Sources : XWikipédia, Les Pégriots, Auguste Le Breton , Fayard, 1973, et divers.

Photo Arlette Stavisky : Roger Violet. Paris