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Auteurs dramatiques - Arts de la scène

LABICHE Eugène (1815-1888)

17eme division (1ere ligne, 6)
dimanche 9 novembre 2008.
 

Auteur dramatique

Eugène Labiche voit le jour à Paris le 6 mai 1815 et décédé dans cette même ville le 22 janvier 1888. Il a été élu à l’Académie française en 1880.

Eugène Marin Labiche est né à Paris le 6 mai 1815 dans une famille bourgeoise aisée. Son père, tout d’abord épicier en gros, est devenu industriel en montant puis en exploitant à Rueil-Malmaison, dans la banlieue ouest de Paris, une petite usine de fabrication de glucose.

Eugène fait des études de jeune homme de bonne famille : il suit les cours au lycée Condorcet, qui s’appelle alors le collège Bourbon, et il obtient facilement son Baccalauréat de lettres à 18 ans, en 1833.

Il n’entame pas immédiatement des études supérieures. D’une part, le décès de sa mère cette année-là lui a procuré des revenus convenables, et d’autre part il est attiré par l’écriture littéraire.

L’année suivante, en 1834, son père l’autorise à faire un voyage en Italie avec quelques camarades. L’un d’entre eux, Alphonse Leveaux, sera un ami de toute une vie et comptera aussi plus tard parmi ses collaborateurs en adoptant le pseudonyme d’Alphonse Jolly pour éviter l’association Labiche/Leveaux.

Au retour du voyage, qui a duré plus de 6 mois, il entame des études de droit qu’il poursuivra jusqu’à la licence, tout en faisant publier dans de petits magazines de courtes nouvelles. Il rencontre ainsi Auguste Lefranc et Marc-Michel, avec lesquels il va fonder une association en vue de créer des pièces de théâtre. Ils prennent le pseudonyme collectif de Paul Dandré.

À leur grande surprise, leurs pièces sont acceptées immédiatement et sans le moindre problème. Labiche confiera plus tard : « Je suis vraiment honteux de la simplicité de mon début. [....] Je n’ai eu qu’à tirer le cordon pour entrer. » Il est possible que la parenté d’Auguste Lefranc avec Eugène Scribe (ils étaient cousins) ait beaucoup aidé les choses, sans même que Labiche s’en soit rendu compte.

Considérant sans doute la comédie comme un genre inférieur comparé au drame, ils favorisent plutôt ce genre dans leurs premières productions. Mais les succès mitigés de ces spectacles, et sans doute aussi leurs caractères gais et fantaisistes, vont les faire se tourner exclusivement vers la comédie et ses sous-types : vaudeville, farce, pochade, revues et leurs hybrides. Ils rédigeront également les livrets de plusieurs opéras-comiques et opérettes.

Labiche commence aussi à produire en dehors de l’association « Paul Dandré », mais presque toujours avec des collaborateurs. Sur les 174 pièces qu’il signera, il n’en écrira que 4 seul :

Un jeune homme pressé, Un garçon de chez Véry, Le Petit Voyage et 29 degrés à l’ombre.

Pour toutes ses autres pièces, il s’entourera d’une, de deux, voire de trois personnes. Au total, 46 collaborateurs différents furent associés à sa création théâtrale. Aujourd’hui encore, on ignore comment s’organisait le travail, et cette organisation variait sans doute selon chaque cas. Toujours est-il qu’aucun collaborateur n’a revendiqué par la suite la paternité, ni la propriété d’une pièce et Labiche a pu publier en 1878 son Théâtre complet en 10 volumes sans aucune contestation.

Quand Edmond Gondinet publia à son tour son Théâtre complet, il indiqua pour la pièce écrite en commun avec Labiche (Le Plus Heureux des trois) : collaborateur Labiche, ce qui semble montrer qu’il n’y avait pas de hiérarchie définie dans ces travaux partagés.

Ces associations furent diverses, tant par leur durée (éphémère, épisodique ou régulière) que par la notoriété des collaborateurs. Ceux-ci pouvaient être soit d’obscurs littérateurs, dont le nom n’est resté dans l’Histoire que par cette seule mention de collaborateur en première page d’une pièce (le reste, c’est-à-dire leur vie et leur œuvre, ayant totalement disparu de toutes les données écrites actuelles), soit des dramaturges prolifiques tel Anicet-Bourgeois, auteur de 200 pièces, soit enfin des écrivains prestigieux de l’époque tels Émile Augier ou Ernest Legouvé, tous deux appartenant à l’Académie française plus de 20 ans avant Labiche.

Les méthodes de travail de Labiche furent raillées bien sûr, même si ces pratiques étaient communes à l’époque. Lors de sa candidature à l’Académie française, quelqu’un ne put s’empêcher de glisser que Labiche ne briguait pas un fauteuil de cette vénérable institution, mais un banc pour y asseoir tous ses collaborateurs.[réf. nécessaire]

Débutant en 1837, la production de Labiche est tout d’abord modeste, 2 ou 3 pièces en moyenne par an, parfois aucune pour cause de voyages à l’étranger, en fait le rythme d’un jeune bourgeois dilettante aimant l’écriture théâtrale mais n’en ayant pas véritablement le besoin pour vivre. Mais, à partir de 1848, cette production s’accélère, puisqu’il fait jouer en moyenne près de 10 pièces par an jusqu’en 1859. Puis le rythme se ralentit progressivement. Ce ralentissement peut s’expliquer par les évènements vécus par Labiche : il se marie le 25 avril 1842 avec une riche héritière de 18 ans, Adèle Hubert ; il achète en 1853 le château de Launoy à Souvigny-en-Sologne, avec 900 hectares de terre qu’il exploite lui-même, a son seul enfant le 12 mars 1856 et enfin est élu maire de Souvigny en 1868. À cette occasion, il dira modestement qu’il a gagné cette élection, car il était le seul de la commune à posséder et à utiliser un mouchoir.[réf. nécessaire]

Il connaît alors son apogée. En 1864, sa comédie Le Point de mire est présentée en première à la Cour à Compiègne avant d’être jouée à Paris au théâtre du Gymnase. Sa comédie-vaudeville La Grammaire sera également jouée à Compiègne. Le Prince impérial et ses amis la joueront devant leurs parents.

Enfin arrive 1877, date de sa dernière pièce, La Clé. Labiche avait dit auparavant : « J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de plus difficile à faire jouer que la première pièce... C’est la dernière. Songez au vieil auteur démonétisé.... »

Après le relatif échec de cette pièce, Labiche prend la décision de ne plus écrire, et il s’y tient. Il a alors 62 ans.

Il lui reste à vivre encore une dizaine d’années, ponctuées par de nombreuses reprises de ses pièces, certaines triomphales, des joies et des deuils :

élection à l’Académie française le 28 février 1880, succédant au fauteuil 15 à Ustazade Silvestre de Sacy, malgré l’indignation de Brunetière qui déplore "l’invasion des genres inférieurs", et le refus de Victor Hugo de voter pour lui.

Souffrant depuis plusieurs années de sérieux problèmes cardiaques, il meurt le 22 janvier 1888 à son domicile parisien, 67 rue Caumartin, à l’âge de 73 ans. Ses obsèques ont lieu au cimetière de Montmartre. Ludovic Halévy prononçe l’éloge funèbre au nom de la Société des auteurs et maître Edmond Rousse au nom de l’Académie française.

Crédit photo : Annie_photo (APPL 2008)

Portrait d’Eugène Labiche par Desboutin.