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Monuments remarquables - Translation

Procès verbal de la translation au Père Lachaise des restes d’Héloïse et d’Abélard

7eme division
samedi 25 octobre 2008.
 

La question le plus souvent posée sur le monument d’Héloïse et d’Abelard, c’est :

-  C’est bien un cénotaphe ? leurs dépouilles n’est pas ici ?

Et bien, si, ils reposent tous les deux sous ce monument semblant quelque peu incongru dans ce cimetière datant du XIXe siécle...

Ils dorment ici, de leur dernier sommeil comme l’atteste ce document authentique...

R. Dufour-Forrestier

Héloïse et Abélard

Les amants célèbres

translation au Père Lachaise

Aujourd’hui, 16 juin 1817, à 10 heures du matin, devant nous, Jean-François Sabry, jurisconsulte, pensionnaire du Roi, commissaire de police à Paris, quartier du faubourg Saint-Germain, est comparu le sieur Capron, économe de la Ville de Paris, demeurant à l’Hôtel de ville, lequel nous a déclaré qu’un arrêté de M. le comte de Chabrol, Conseiller d’état, Préfet du département de la Seine, l’a chargé de faire transporter les restes d’Abailard et d’Héloïse, du dépôt des Monuments Français de la rue des Petits-Augustins, où ils ont été recueillis aprés la destruction du monastère du Paraclet, pour les mettre dans le tombeau qu’il leur a fait préparer au cimetière de l’Est, dit de Montlouis.

Ledit sieur Capron nous a déclaré que, le monument actuel étant fini d’être démoli et les pierres qui couvrent le tombeau prêtes à être levées, il requérait notre présence pour en constater l’ouverture et donner une authenticité légale au transport qui allait être fait des restes de ces deux personnages célèbres, conformément à l’arrêté de M. le Préfet, qu’il nous a exhibé, et il a signé sa réquisition.

Capron, Sobry

A quoi nous, commissaire susdit, déférent, nous nous sommes rendu, avec ledit sieur Capron, au dépôt des Monuments, rue des Petits-Augustins, où nous avons trouvé le sieur Lenoir, chevalier de l’ordre royal de la Légion d’Honneur, administrateur dudit dépôt, lequel nous a conduit auprès du monument contenant les restes d’Abailard et d’Héloïse.

Là était le sieur Godde, architecte des églises de Paris, ayant sous ses ordres un nombre d’ouvriers suffisant pour enlever les pierres qui couvrent les cercueils. Les pierres ayant été levées en notre présence, nous avons reconnus que la tombe était séparée en deux parties, l’une contenant les restes d’Abailard, indiqués par une inscription ; l’autre partie contenant les restes d’Héloïse, indiqués par une inscription.

Les restes d’Abailard, consistants en ossements en grande partie détruits, mais ayant encore une partie de leurs formes ont été mis dans une bière avec une étiquette portant son nom. Les restes d’Héloïse ont été mis dans une autre bière aussi avec son nom, et paraissant un peu moins détruits.

L’un et l’autre ont été placés sur un corbillard pour être transportés, et le sieur Lenoir a signé avec nous.

Le Chevalier Alexandre Lenoir, Sobry, Godde, Capron

Le corbillard a été de suite conduit en pompe funèbre, accompagné par le sieur Allier, l’un des ordonnateurs des convois de Paris, jusqu’à l’église paroissiale de Saint-Germain des Prés, où le clergé a reçu les deux cercueils et les a introduits dans l’église. M. Barbier, l’un des vicaires, a célébré une grand’messe sur ces cercueils, entourés de flambeaux et couverts de somptueux draps mortuaires.

Après le service funèbre, les deux cercueils ont été transportés, toujours accompagnés par nous, au cimetière de l’Est, dit de Montlouis, où ils ont été déposés dans une salle au rez-de-chaussée, en présence des sieurs Capron, et Godde.

Là, M. Barbier a achevé de faire sur ces corps les prières de la liturgie des morts. Nous avons mis ensuite nos scellés sur les deux bières, nous avons fermé la salle qui les contient, et nous avons mis le tout sous la garde du sieur Asseline, concierge dudit cimetière, et des sieurs Denuelle et Klein, gardiens des tombeaux dans le dit enclos, jusqu’à ce que le monument qu’on construit pour recevoir les restes des dépouilles mortelles de ces deux personnages illustres soit achevé et en état de les contenir.

Dont procès-verbal, fait et clos ledit jour, à quatre heures de relevée, et que les sieurs Capron, Godde,Barbier, Asseline, denuelle et Klein ont signé avec nous.

Allier, Barbier, Sobry, asseline, Godde, Capron, Denuelle, Klein.

Sources :Archives du Musée des Monuments Français, tome III - Paris, 1817. Texte In-extenso du PV original.

Crédit photo : APPL 2008 et divers.

Remerciements à Mme Guénola Groud, conservatrice du patrimoine, pour ces renseignements précieux. (APPL 2008)