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Mon Karma avec le cimetière du Père Lachaise...

mardi 7 octobre 2008.
 

Mon karma avec le cimetière du Père-Lachaise

Après la guerre de Corée (1950-1953), l’existentialisme faisait rage dans le milieu intellectuel de la Corée.

On ne citait que Camus, Sartre. On ne trouvait que leurs oeuvres : l’Etranger, la Peste, la Nausée, le Mur, Huit-clos, Qu’est-ce que la littérature ? etc..

Dans ce contexte, il est tout à fait normal que la littérature française fût un passage obligé pour les universitaires coréens. Un marronnier a été transplanté dans la cour de la faculté de Lettres à l’université nationale de Séoul. Et cet arbre est toujours là, rebaptisé comme le jardin Marronnier, en plein cœur de Séoul.

En 1979, j’ai lu un article très intéressant dans le journal Chosun, quand j’étais étudiant à la section des études françaises. Cet article a été écrit par le correspondant de Paris.

Le voici :

Nécropole : les Parisiens dialoguent avec des morts.

Dans Paris, on peut trouver un cimetière du Père-Lachaise. Les Parisiens aiment se promener même en poussant la poussette. Ils dialoguent avec des morts. Ils réfléchissent à la vie et à la mort. Ils sont philosophes. Vivre à côté de ce cimetière ne les dérange pas [....].

***

En Corée, on va voir le tombeau des parents une ou deux fois par an. Personne ne va au cimetière où l’on ne peut pas trouver le tombeau de sa famille. Le tombeau est toujours sinistre.

Dans cet esprit, cet article était un coup de massue pour moi. Je m’étais déjà intéressé à la littérature française. Mais cet article m’a donné un choc terrible. A sa lecture, je suis allé au tapis d’un seul coup. Je l’ai relu et je l’ai collé contre le mur. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’aller voir un jour, coûte que coûte, ce cimetière célèbre.

Trois ans après sa lecture, en octobre 1982, j’avais l’occasion de visiter Paris. Je suis allé tout de suite au cimetière du Père-Lachaise un après-midi grisâtre. J’ai été très ému. Heureusement, une dame française m’a appris beaucoup de choses sur ce lieu en faisant une promenade avec moi.

Deux ans après ma première visite, en 1984, je me suis installé à Montpellier pour mes études. J’ai tenté de me rendre au cimetière à la moindre occasion, quand je suis monté à Paris avec ma famille.

En 1988, je suis monté à Paris pour continuer mes études. J’ai profité de cette occasion pour voir plus souvent le Père-Lachaise.

Et en 1994, avant de rentrer en Corée après l’obtention de mon doctorat, je suis revenu au cimetière pour lui dire au revoir.

Et 14 ans après, en 2008, je suis revenu avec ma fille pour lui montrer ce patrimoine culturel. Je suis fidèle à cet endroit de recueillement. Je pense à la vie et à la mort. Je ne dialogue pas avec des morts.

Mais venir au Père-Lachaise me donne l’envie de vivre plus intensément la vie. Peut-être suis-je influencé par le principe de Allan Kardec. On peut lire sur la pierre de son tombeau :

Naître, Mourir, Renaître encore et Progresser sans cesse. Telle est la loi.

Crédit photos : M. SHIN Kwang-soon (APPL 2008 Tous droits réservés)