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Monarchie de juillet - Seconde République - Second Empire - IIIeme république

LEGRAND Arthur (1833-1916)

73eme division
dimanche 7 septembre 2008.
 
Dernier inscrit de nos rédacteurs, Jean-Jacques SALDAT nous a contacté pour nous proposer la biographie de ce personnage, parlementaire exemplaire dans son mandat et sa longévité à la chambre des députés, reposant lui aussi au cimetière du Père Lachaise...

Economiste

Député bonapartiste de la Manche

Arthur Legrand voit le jour en 1833. Avant de suivre la trace de son père Alexis qui fut lui-même député, Arthur Legrand fit son droit et fut en 1857 auditeur au Conseil d’État.

Attaché à la section des travaux publics, il devint secrétaire d’un grand nombre de commissions. En 1862, il fut chargé d’une mission en Angleterre à l’occasion de l’Exposition Universelle et fut à son retour décoré de la Légion d’Honneur. En 1866, il fut nommé Maître des requêtes au Conseil d’État.

Arthur Legrand fut l’un des parlementaires de la IIIe République qui eurent une longue carrière politique.

Député de la Manche durant 41 années (1871-1885 et 1889-1916), maire de Milly de 1867 à 1916 et conseiller général de Barenton de 1866 à 1907. Ses concitoyens aimaient en lui ses qualités morales et la dignité de son caractère. S’il eut des adversaires, il n’eut jamais d’ennemis politiques.

Homme sympathique, affable et courtois, il ne laissait jamais une lettre sans réponse. Son épouse avait aussi une grande générosité et une gentillesse que connaissaient les indigents qui lui faisaient appel.

Politiquement, Arthur Legrand resta toujours fidèle à son idéal politique.

Profondément démocrate, ce bonapartiste resta toujours le défenseur du suffrage universel, de la propriété, de la religion, et des bouilleurs de cru.

En 1871,il s’inscrivit au groupe de l’Appel au Peuple dont il fut l’un des premiers fondateurs, puis quelques années plus tard à celui des indépendants et des non-inscrits.

Au début du siècle dernier, il fut l’un des dirigeants du Comité Central de l’Appel au Peuple (président, puis président d’honneur).

Ses élections de député furent généralement toujours gagnées "haut la main" et l’étude de celles-ci le prouvent :

Élections de 1871 : A. Legrand fut élu le quatrième de sa liste sur onze, par 72 427 voix sur 98 856 votants (73,26%) Au cours de cette législature, il fit notamment partie de la commission du Sacré-cœur de Montmartre à laquelle il soumit un rapport qui devint texte de loi.

Élections de 1876 : Réélu par 9 898 voix (71,71 %) contre 3 904 voix à son concurrent républicain Jules Labiche (négociant qui s’était taillé une coquette fortune au Mexique et aux États Unis).

Élections de 1877 : Réélu par 9 577 voix (62,62%), contre 5 720 voix à Jules Labiche.

Élections de 1881 : Réélu par 7 597 voix (52,38%) contre 6 906 voix à Alfred Lefresne, républicain.

Élections de 1885 : Celles-ci eurent lieu au scrutin de liste départemental et Arthur Legrand refusa de s’y présenter car la liste conservatrice n’était pas composée comme il l’aurait souhaité. Il fut remplacé pour l’arrondissement de Mortain par un monarchiste Sylvain Gaudin de Villaine.

Élections de 1889 : Elu par 8 220 voix (54,77 %) contre 6 787 voix à M. Poisson.

Au début de la campagne électorale, le comité d’arbitrage de l’Union Conservatrice, composé de 12 membres et présidé par M. de Mackau, avait décidé de présenter dans l’arrondissement de Mortain, le député sortant Sylvain Gaudin de Villaine, Arthur Legrand sembla s’incliner mais après réflexion, paru désireux d’être candidat. Il eut donc un différent, notamment par vois de presse, avec M. Sylvain Gaudin de Villaine. Finalement, Arthur Legrand fut le candidat des conservateurs à Mortain.

Élections de 1893 : Réélu par 8 884 voix (66,68 %) contre 4 439 voix à M. Lefresne.

Élections de 1898 : Réélu sans concurrent.

Élections de 1902 : Réélu par 10 922 voix (73,22 %) contre 3 995 voix à M. Julien Fouqué.

Élections de 1906 : Réélu sans concurrent par 12 094 voix sur 13 387 votants. Dans sa profession de foi, Arthur Legrand écrivait alors : "le chef de l’État doit être nommé, non pas par un groupe de 800 sénateurs et députés, mais par la France entière qui compte plus de 10 millions d’électeurs".

Élections de 1910 : Réélu par 8 476 voix (58,46 %) contre 4 320 voix (29,78 %) à M. Bechet, républicain et 1 709 voix (11,78 %) à M. Hesloin, radical.

Élections de 1914 : Réélu sans concurrent sérieux par 10 543 voix, les républicains votèrent en partie pour lui.

Dans sa dernière profession de foi, Arthur Legrand faisait comprendre que même s’il avait un certain âge (81 ans), il restait jeune de cœur et d’esprit.

Après toute une vie consacrée aux affaires publiques, Arthur Legrand s’éteignit le 8 mai 1916 à Paris, en plein conflit mondial. A ses obsèques à l’église de la Madeleine et au cimetière du Père Lachaise (73e division) se pressèrent ses collègues, ses amis, mais aussi le représentant personnel du Prince Napoléon (qui ne pouvait être présent du fait de la loi d’exil) et l’élite de l’aristocratie impériale, les Princes Murat et de la Moskowa.

Voici quelques lignes de l’oraison funèbre que le président de la Chambre des Députés, Paul Deschanel, consacra à son collègue disparu :

"Cette longue fidélité des électeurs à l’élu et de l’élu aux électeurs est une marque de noblesse et pour le suffrage universel et pour ceux qui savent conquérir et garder sa confiance.

Nous sentions combien il en était digne. Sa valeur morale et la fermeté de ses opinions lui valaient l’universel respect. Des hommes tels que M. Legrand sont aux yeux de leurs adversaires politiques eux-même l’honneur de notre assemblée. Nous nous associons au deuil du département de la Manche déjà durement éprouvé par la mort de M. Maurice Rauline et nous partageons la douleur des siens.

La-haut, près de Mortain, dans sa petite patrie, à cette chapelle célèbre d’où l’on voit un des plus beaux panoramas du monde, le souvenir de ce bon serviteur de la Normandie et de la France restera vivant".

Sources : Jean-Jacques SALDAT, biographie des parlementaires. (APPL 2008 - Tous droits réservés)

Documentation : A. Legrand, 7eme législature, Archives de l’Assemblée Nationale (APPL 2008)

Crédit photo : Arthur Legrand, coll. particulière (APPL 2008)