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Sciences - Techniques - Education

MARGUERIN Emile (1820-1884)

49eme division (8eme ligne, Q, 10)
lundi 2 juin 2008.
 

Directeur de l’école Turgot

Emile Marguerin, pédagogue français, est né le 14 octobre 1820 et mort à Paris le 4 octobre 1884.

Ses parents, d’humble origine et sans fortune, ne ménagèrent aucun sacrifice pour lui assurer le bienfait d’une éducation élevée. Il justifia, dès le début, leurs espérances. Placé dans une pension qui suivait les cours du collège Bourbon (aujourd’hui lycée Condorcet), Marguerin, sans être ce qu’on appelle un élève à succès, comptait parmi les meilleurs esprits de sa classe.

« Il était de ceux, a dit un des amis de sa jeunesse, Henri Baudrillart, que les maîtres remarquent et que leurs camarades classent entre eux au premier rang.

Indépendamment des avantages de sa personne et d’un air de distinction naturelle, on était frappé par son ouverture d’esprit ; sa passion de lecture s’en prenait aux livres de tout genre ; aucun d’entre nous, en rhétorique ou en philosophie, n’était plus au courant de ce monde intellectuel qui comprend les poètes, les romanciers, les historiens et les philosophes. » Ses goûts l’attiraient surtout vers l’histoire. C’est à cet ordre d’enseignement qu’il avait l’ambition de se consacrer (1841). Cependant, tout en se préparant à ses examens, il fallait vivre et venir en aide à sa famille. Cette préoccupation de la famille, - nous empruntons encore cette observation aux souvenirs de M. Baudrillart. - Marguerin devait, toute sa vie, la porter jusqu’au dévouement : dévouement pour sa mère d’abord, qu’il entoura pendant trente ans des soins les plus tendres, dévouement pour tous les parents qui tenaient à sa mère par quelque lien. Il partageait son temps entre les leçons particulières qui lui assuraient de modestes ressources, ses études propres, et la vie du monde dont il goûtait les plaisirs délicats. Reçu licencié ès lettres en 1843, il fut, l’année suivante, chargé au collège Bourbon des cours spéciaux qui venaient d’être fondes par Villemain, et il conserva cet emploi jusqu’en 1852, mûrissant son savoir et perfectionnant son talent.

En 1853, les emplois de chargés de cours ayant été supprimés à Paris, Marguerin, qui n’avait pu affronter encore les concours de l’agrégation, fut pourvu d’une chaire dans un lycée de province. Il ne crut pas devoir l’accepter. Presque au même moment, la direction de l’école municipale Turgot était devenue vacante : obéissant à une sorte de vocation secrète, il sollicita le poste et l’obtint. Il y trouva l’intérêt et l’honneur de sa vie.

Il eut la satisfaction de voir s’élever entre ses mains les écoles Colbert, Lavoisier, Jean-Baptiste Say, Arago. Au titre d’administrateur général des écoles supérieures de la ville de Paris, qui lui avait été conféré, étaient attachées de laborieuses fonctions, qu’il remplissait avec un zèle toujours égal. Un moment vint où la charge fut trouvée insuffisante. On lui demanda d’y ajouter la direction d’un de ces établissements qu’il avait contribué à fonder ; il dut accepter, et fit bientôt de Jean-Baptiste Say ce qu’il avait fait de Turgot. Mais cette tâche accomplie, il se retira.

En 1881, l’Institut consacra ses éminents services en lui décernant le prix Halphen, prix attribué « à » ceux qui, par leur action personnelle et par leurs travaux, ont le mieux servi les progrès de l’instruction primaire ».

On retrouvera la plupart de ces mérites dans ses écrits, bien qu’il reconnût lui-même qu’il avait moins de goût pour la plume que pour la parole. Ses premiers essais - les articles qu’il donna au Courrier français de mai à novembre 1844 - contiennent en germe toutes les qualités que la vie, cette maîtresse supérieure, devait développer en lui.

Ses deux ouvrages principaux sont : le Rapport sur l’éducation des classes moyennes en Angleterre et les Grandes époques de l’histoire de France.

Le Rapport sur l’éducation des classes moyennes en Angleterre, qui date de 1864, a ouvert, pour ainsi dire, la série des grandes enquêtes pédagogiques dont notre temps s’honore à juste titre. Le document est riche en faits bien observés, en considérations intéressantes. C’est à la demande du Conseil municipal de Paris que Marguerin, accompagné d’un jeune professeur distingué, M. Motheré, avait accompli ce voyage scolaire. Tout ce qu’il en a rapporté d’observations utiles et pratiques n’a pas trouvé place dans son livre, mais il s’en est inspiré dans son administration.

Les Grandes époques de l’histoire de France ont été cependant, et de beaucoup, son oeuvre de prédilection. C’est avec M. Hubault qu’il l’avait entreprise. Marguerin aimait le travail en collaboration. C’était presque un besoin de son esprit. Il excellait à faire un plan, à concevoir le dessein d’un ouvrage, d’un chapitre, d’un article ; le chapitre ou l’article écrit par un autre, il le critiquait supérieurement. Ses amis, les grands amis de sa jeunesse, Thiers, Mignet, Guizot, Cousin, ont plus d’une fois pensé à lui confier la direction d’un journal ; il y aurait certainement réussi.

Dans les dernières années de sa vie, lorsque la retraite eut accru ses loisirs, Marguerin essaya de revenir à ces études historiques que l’observation des révolutions politiques et sociales auxquelles il avait assisté lui rendaient, disait-il, plus chères. Il avait commencé un Précis de l’histoire d’Orient ; mais la lecture des textes lui fatiguait la vue qu’il avait toujours eue délicate, et il ne se sentait plus les forces nécessaires pour suivre un travail de longue haleine.

Emile Marguerin avait écrit, pour la première édition du Dictionnaire de pédagogie, l’article Littérature. Le nom de Marguerin a été donné à une rue de Paris (XIVe arrondissement).

(APPL 2016)