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Entrepreneurs - Hommes d’affaires - Industriels

BLANC François (1806-1877)

56eme division (1ere ligne)
dimanche 11 mai 2008.
 

Le fondateur du casino de Monte-Carlo

François Blanc surnommé « le magicien de Homburg » ou « le magicien de Monte-Carlo » voit le jour en 1806.

Il fut un trés important promoteur immobilier, homme d’affaires français et important organisateur de jeux de hasard. Il fut le fondateur entre autres de Monte-Carlo, du Casino de Monte-Carlo et de l’Hôtel de Paris, etc, avec l’appui du prince Charles III de Monaco.

Le jeune François est originaire du village médiéval de Courthézon dans le Vaucluse en Provence. Son père Claude Agricol est receveur des contributions directes et sa mère Marie, née Janin, est mère au foyer.

Il naît le 12 décembre 1806 après son frère jumeau, Louis. Comme beaucoup de vrais jumeaux, le destin de François et Louis sera lié et ils ne se quitteront plus.

François mène une jeunesse paisible dans leur village natal. Mais avec son frère jumeau Louis, ils aspirent à une vie plus exaltante et rêvent de faire fortune. Lors de la visite d’un cirque itinérant qui fait étape dans leur village, ils sont fascinés par le montreur de cartes qui faisait des tours et empochent les mises des badauds. Ils décident immédiatement de suivre ce cirque ambulant avec son bonimenteur et quittent à jamais le foyer familial. Ils deviennent assistants du manipulateur de cartes et apprennent les jeux de hasard sur les routes du sud de la France.

Les deux frères sont très attirés par les jeux de hasard et l’enrichissement rapide au détriment d’autrui,ils se s’encombrent pas de scrupules inutiles. On retrouve François et Louis à la tête d’une maison de jeux (ou casino) à Marseille. Ils le dirigeront quelques années et cela leur permettra d’amasser un intéressant fond de roulement pour leurs futures affaires.

Ils ont 28 ans lorsqu’ils s’établissent en 1834 à Bordeaux à la tête d’une société de placement qui mise sur la hausse ou la baisse des valeurs de la Bourse de Bordeaux. Comme ils spéculaient sur les fluctuations des rentes de l’État, il leur était nécessaire de connaître avant les autres si les cours étaient en hausse ou en baisse à Paris afin d’acheter ou de vendre avant que le marché local ne s’aligne sur celui de Paris. À l’époque, les Rothschild utilisaient déjà des pigeons voyageurs pour transmettre les nouvelles essentielles entre leurs bureaux.

Les deux frères utilisent le télégraphe Chappe - une chaîne de sémaphores - avec la complicité des fonctionnaires en charge de son fonctionnement. Un fonctionnaire complice introduisait dans un quelconque message officiel, une « coquille » qui en fait signifiait « marché en baisse » ou « marché en hausse ». Un autre complice à Bordeaux se chargeait de les prévenir de l’anomalie constatée une fois le message réceptionné, ce qui leur permettait d’avoir toujours une demi-heure d’avance sur tous les autres agents de change.

Leur stratagème est découvert après deux ans de fonctionnement, ils sont traduits en justice. Lors du procès, ils reconnaissent que si le système est techniquement frauduleux, ils n’ont finalement causé de tort à aucun investisseur privé et que tous les financiers utilisent des moyens du même ordre. Finalement, ils sont juste condamnés à une amende pour corruption de fonctionnaires et au paiement des frais du procès. Quittant définitivement Bordeaux, ils s’installent à Paris avec les poches déjà bien remplies.

Àrrivés à Paris, ils fréquentent les galeries du Palais Royal où officiaient alors un grand nombre de d’établissements de jeux. Très vite, ils comprennent qu’il y a beaucoup d’argent à gagner avec deux des nouveaux jeux à la mode : le « trente-et-quarante » et la «  roulette ». Profitant de l’absence de règlementation en la matière, ils ouvrent une maison de jeux dans une des galeries en bois du très agité Palais-Royal. Hélas pour eux, le roi Louis Philippe, cédant aux demandes des ligues bien-pensantes, promulgue une loi, le 21 mai 1836, prohibant « les loteries particulières et les maisons de jeux ». Le 1er janvier 1838, les 18 maisons de jeux du Palais-Royal ainsi que toutes celles de France, sont définitivement fermées.

François et Louis décident alors de s’exiler dans le duché de Luxembourg qui était à l’époque une place forte germanique sous le contrôle du Landgraf Ludwig von Homburg. Ils recommencent leurs activités autour des jeux de hasard, ouvrent un cercle privé et continuent à s’enrichir.

Mais, ils ont alors un grand projet, celui d’ouvrir ex-nihilo une nouvelle station. Rencontrant le Landgraf qui se lie à ces deux français très entreprenants et il entrevoit une possible solution aux problèmes financiers de son petit État, la Hesse-Hombourg, une minuscule principauté de 250 hectares à proximité de Francfort.

Il suffit d’une quinzaine de jours pour qu’un accord soit trouvé entre le Landgraf, François et Louis. Les deux frères mirent tous leurs talents d’organisateur de jeux de hasard au service de ce petit État qui croulait alors sous les dettes. Le Landgraf Philippe qui lui succède, signe une concession de 30 ans avec les deux frères, le 29 juillet 1840. Très vite les projets s’enchaînent dans la ville d’Homburg : casino, établissement thermal, salle de spectacles, salle de bal pour mille personnes, jardins, restaurants et hôtels luxeux construits par d’autres entrepreneurs.

La roulette tourne pour la première fois dans le Kurhaus (salle de jeux), le 23 mai 1841. Dostoïevski fréquente leurs tapis verts pendant près de dix ans.

Entre-temps François fait la connaissance d’une charmante alsacienne Madeleine-Victoire Huguelin et malgré l’absence de trace d’un mariage, deux enfants naissent de cette union, Camille Blanc en 1847 et Charles Blanc en 1848. Après une longue série de succès, les premières mauvaises nouvelles arrivent en rafale.

En Europe, les jeux d’argent sont de moins en moins tolérés. Dès 1848, le Parlement de Francfort vote une loi, jamais appliquée, de fermeture des établissements de jeux. Madeleine-Victoire disparaît prématurément en 1852. Louis déjà malade, décède la même année à Ivry-sur-Seine, alors qu’il y était soigné.

Homburg n’était fréquentée que durant les beaux jours, durant l’hiver, la clientèle partait séjourner sur la Riviera. Le jeu étant interdit en France comme en Italie, la principauté de Monaco était l’unique endroit où pouvait être implantée une grande station.

Vers 1856, le prince Charles III de Monaco le souverain de ce rocher sans ressources avait essayé de s’inspirer des villes germaniques qui prospéraient grâce aux maisons de jeux. Après quelques tentatives infructueuses du fait du manque d’envergure des projets - les divers concessionnaires avaient une mentalité de gagne-petit et avaient fait tous faillite - ils se tourna vers l’homme qui accumulaient les succès, François Blanc. Pour la somme de 1,7 millions francs, et une somme annuelle de 50 000 francs plus 10 % des bénéfices nets, il obtient pour 50 ans la concession de jeux et signe l’accord le 31 mars 1860. François Blanc prend la tête de la Société des bains de mer et du Cercle des étrangers.

François Blanc procède à Monaco comme à Homburg en jouant la carte du luxe tout en passant à un niveau supérieur. Il investit le territoire d’une colline isolée nommé "les Spélugues" - l’actuel Monte-Carlo - qui à l’époque n’était qu’un hameau, et ne tarde pas à mettre en chantier, sur ses deniers personnels, de nombreuses constructions : siège du Casino de Monte-Carlo primitif et aménagement des jardins, des voies d’accès et de tout un ensemble de bâtiments destinés à l’agrément des joueurs. Le premier Casino de Monte-Carlo de l’ère Blanc est achevé en juillet 1866 et Charles III de Monaco rebaptise la colline en Monte-Carlo ("mont Charles") en son propre hommage. Ensuite suivra le prolongement de la ligne de chemin de fer Paris-Nice et des établissements très luxueux tels que l’Hôtel de Paris - à l’époque sans rival en matière de luxe et de confort - et le Café de Paris.

Dès la première année les bénéfices se montent à 800 000 francs et à deux millions trois ans plus tard. Ainsi, les affaires prospèrent tellement bien que le prince Charles III abandonne officiellement toute levée d’impôts sur la principauté.

Malgré le conflit franco-prussien de 1870, les jeux continuent dans la toute jeune Allemagne jusqu’au 31 décembre 1872, où le chancleir Bismarck fait fermer toutes les maisons de jeux. De ce fait, à partir de 1877, lorsque le dernier casino allemand, celui de Saxon-les-Bains, ferma le Casino de Monaco pu jouir d’un confortable monopole de fait en Europe, jusqu’en 1907 lors de la réouverture des casinos français.

François Blanc, dont le surnom est « le magicien de Homburg », aura régné en maître pendant plus de 30 ans dans cette ville. Le casino de Homburg fier de son héritage et conscient des nombreux apports de la famille Blanc, se surnomme aujourd’hui « von Monte Carlo » (la mère de Monte-Carlo). En 1870, les bénéfices se montent à 5 millions de francs. Ceci permet à François Blanc de participer au remboursement des dommages de guerre versés à l’Allemagne. Puis dans cet même lignée de générosité, il contribue au bouclage financier de la deuxième tranche de travaux du nouvel Opéra Garnier à Paris inauguré en 1875.

Souffrant de problèmes respiratoires, François Blanc meurt le 27 juillet 1877 à Loèche-les-Bains en Suisse, où il venait se faire soigner. Sa dépouille mortelle est transférée alors au Père Lachaise dans la 56eme division.

Crédit photos : Annie_photos (APPL 2008)