Navigation







Odes et Poémes

Princesse de Salm

Par Rosemonde Gérard (les Muses françaises)
dimanche 20 avril 2008.
 
Ce poéme, né sous la plume de Rosemonde Gérard, célèbre Constance de Théis, princesse de Salm-Dyck, écrivain et poétesse du XIXe siècle reposant dans la 26e division.

Princesse de Salm

Son mari étant botaniste,

C’est, sans doute, au bord du gazon,

Où sitôt que le rêve existe,

Il interroge la raison,

*

Qu’elle du contracter, sans trève,

Cette habitude assurément

De ne pouvoir, au bord du rêve,

Que de rêver raisonnablement.

*

A chaque instant, la raison brille

Parmi ses ouvrages divers :

Que ce soit son drame Camille,

Ou bien ses Epîtres en vers,

*

Ses essais sur l’Indépendance

Ou sur la rime, c’est toujours

Avec la raison qu’elle pense,

Et même en pensant à l’amour.

*

Si bien qu’un soir, sur un programme,

Un journaliste admirateur

La nomma "le Boileau des femmes"...

Etait-ce vraiment très flatteur ?

*

Cher Boileau, je voudrais vous dire

Ce que je pense exactement :

J’adore votre bon sourire

Et votre simple jugement.

*

Autrefois sur les bancs rustiques

De mon vieux couvent de Neuilly,

Votre fameux Art Poétique

Me laissait les yeux éblouis...

*

Vos vers me chantaient dans la tête

Avec un air de clavecin,

Je voyais le beau jour de fête...

La bergère et le pré voisin...

*

J’évoquais l’innocente idylle

Tremblante sous les arbres verts...

Et tous les beaux conseils utiles

Pour ceux qui s’expliquent en vers...

*

Mais, malgré votre bon sourire

Et votre rêve si sensé,

Et malgré tout ce qu’on peut dire,

Et tout ce qu’on pourrait penser,

*

Je suis sûre que vous, dont l’âme

Avait tant de grâce et de goût,

Vous préfereriez qu’une femme

Ne vous ressemblat pas du tout !

*

Rosemonde Gérard (1871-1953) Les Muses françaises, Paris, 1943, Biblothèque Charpentier.