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Odes et Poémes...

L’Enclos...

dimanche 30 mars 2008.
 

Elvire,charmante Elvire...

balade mélancolique au Père Lachaise...

L’ Enclos

Ainsi toujours poussés vers de doux paysages

Dans ce jour éternel emportés sans retour

Ne pourrons-nous sur l’ océan des ages

Jeter l’ ancre un seul jour

*

Cher enclos, l’ année à peine a fini sa carrière

Et sous tes arbres chéris qu’ il devait revoir

Regarde ! Je viens seul m’ asseoir sur cette pierre

Où tu le vis s’ asseoir ! *

Ils surgissaient ainsi de ces antres profonds ;

Ainsi leurs bras soulevaient les flancs décharnés ;

Ainsi ils étendaient leurs racines fécondes

Sur ses pieds adorés.

*

Un jour, t’ en souvient-il ? Nous marchions en silence ;

On entendait au loin, sur terre et sous les cieux,

Que le bruit des marcheurs qui frappaient en cadence

Ton sol harmonieux.

*

Tout à coup des accents inconnus à ta terre

Du ciel médusé, frappèrent les échos ;

Tes murs furent attentifs, et la voix qui m’ est chère

Laissa tomber ces mots :

*

« O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,

Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

*

« Assez de malheureux ici-bas nous implorent :

Mourrez, mourrez pour eux ;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent

Oubliez les heureux.

*

« Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’ échappe et fuit ;

Je dis à ce jour : « sois plus lent » ; et encore

De nouveau il s’ enfuit.

*

« Aimons donc, aimons donc ! De l’ heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons !

L’ homme n’ a point de port, le temps n’ a point de rive

Il court et nous passons ! »

*

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ ivresse,

Où l’ amour à longs flots nous berce de bonheur,

S’ envolent loin de nous de la même manière

Que les jours de malheur ?

*

Hé quoi ! N’ en pourrons-nous fixer au moins la trace ?

Quoi ? Passés pour jamais ? Quoi ? Tout entiers perdus ?

Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,

Ne nous les rendra plus ?

*

Eternité, néant, passé, sombres abîmes,

Que faîtes vous de ces jours que vous engloutissez ?

Parlez : vous rendrez-nous ces extases sublimes

Que vous nous ravissez ?

*

Cher enclos, pierres muettes, arbres, douces sépultures !

Vous que le temps épargne et qu’il peut chérir,

Gardez de ce jour, gardez belle nature

Au moins le souvenir !

*

Qu’ il soit dans ton repos, qu’ il soit dans tes orages

Bel enclos, et dans les ombres de tes noirs corbeaux,

Et dans tes doux feuillages, et dans tes chats sauvages

Qui habitent là-haut

*

Qu’ il soit dans cette brume qui frémit et qui passe,

Dans ton doux silence qui semble nous bercer

Dans cette lumière d’ or qui orne ta surface

De grisantes clartés !

*

Que le vent qui gémit, la peine qui soupire,

Que les parfums légers de ton air embaumé,

Que tout ce qu’ on entend, l’ on voit ou l’ on respire,

Tout dise « Ils ont aimé » !

*

D’ après « Le Lac » d’A. de Lamartine