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Ecrivains - Littérateurs - Journalistes

PAWLOWSKI Gaston de (1874-1933)

23eme division
vendredi 28 mars 2008.
 

Docteur en droit et littérateur

Gaston de Pawlowski (1874-1933) est docteur en droit et reporter sportif, fondateur de l’Union vélocyclopédique de France, et auteur de quelques livres satiriques.

Connu pour son livre facétieux Les nouvelles inventions de M. de Pawlowski, où il caricature sans méchanceté en les illustrant de nombreux exemples inventés les abus de la méthode scientifique. Cet ouvrage vise en particulier, outre les débuts d’une société de consommation et du gadget (déjà !), le scientisme.

La postface de ce livre résuma la position de cette dernière mouvance :

Démontons et classons avec méthode tous les rouages de notre montre. Il serait étonnant qu’à la fin du processus nous ne sachions pas enfin l’heure qu’il est.

On y trouve dans l’ouvrage entre autres inventions surprenantes :

le mètre de poche ne mesurant que 10 cm, la baignoire à entrée latérale, le nouveau boomerang français qui, pour prévenir tout risque d’accident, ne revient pas à celui qui l’a lancé.

Gaston de Pawlowski s’y montre un précurseur - mais par le verbe et non l’image - du dessinateur Jacques Carelman.

Gaston de Pawlowski est connu aussi pour son livre Voyage au pays de la quatrième dimension (1912). Il participa aux débuts du journal le Canard enchaîné en 1916.

Il composa des ouvrages comme La philosophie du travail, et dirigea trois journaux : Le Vélo, L’Opinion, Comoedia.

Son nom à lui seul est un univers tout entier et il mériterait qu’on s’y arrête ou plutôt qu’on y revienne comme sur son indispensable roman de science-fiction (un des premiers du genre) Voyage au pays de la quatrième dimension.

Ce roman développe le thème de la quatrième dimension, inauguré par Charles Howard Hinton en 1882 avec son essai Qu’est-ce que la quatrième dimenson ?, où est exposé l’idée que le temps et l’espace ne sont que des illusions provoquées par la vision du monde à trois dimensions.

Dans le roman de Pawlowski, le narrateur raconte ses voyages dans le futur, que lui permettent la quatrième dimension. Il va passer par l’âge du Léviathan, du Savant absolu et enfin de l’Oiseau d’Or.

Gaston de Pawlowski développe ici, sans forcément les nommer tels qu’on les connait aujourd’hui, de nombreux thèmes de science-fiction devenus depuis des classiques : les androïdes, la reproduction artificielle, le biomécanisme, la dictature de la science etc. On peut même deviner que l’auteur avait présenti la webcam et le téléphone portable, en 1912 !

Au delà de son aspect précurseur, ce livre est un étrange mélange de fantastique et de science-fiction, d’humour, de nouvelles et de roman, de réflexions métaphysiques et même mystiques. L’écriture est peu narrative et s’apparente à une longue fresque sur l’histoire de l’humanité, sur la nature, sur l’univers, qu’il décrit avec la rigueur d’un scientifique tout en s’armant de l’humour contre le scientisme.

A noter que le livre a inflencé Marcel Duchamp pour son œuvre Le grand verre.

Les éditions La Bibliothèque ont la très bonne idée de publier dans sa collection Les Billets de Paysages animés, textes publiés en volume pour la première fois en 1906. La présentation d’Eric Walbecq et de Jacques Damade rappelle très justement l’époque dans laquelle baignait Pawlowski et souligne son influence sur Marcel Duchamp.

Composé d’un ensemble de vingt six petits textes, le volume vibre entre poésie et dérision et offre un regard décalé sur ce monde en profonde transformation. Paysage urbain, sensations nouvelles, Gaston de Pawlowski trace les lignes de cette modernité dont il voit le déploiement (il est né en 1874 et meurt en 1933). Le chapitre L’étrange voyage qui décrit le premier voyage en train du narrateur ne manque pas d’ironie et de férocité quant au tourisme balnéaire naissant. La description des milieux artistiques dans Au Salon, en trois portraits (Le riche amateur, l’amateur éclairé et Apoplexie) reste d’une cinglante actualité. En ces temps de foires, d’expositions d’arts diverses et variées, il est sûr qu’on croise toujours ces personnages esquissés par Pawlowki. Mais toujours la tendresse rivalise à cette dérision salvatrice comme en témoigne Le port abandonné que je ne résiste pas de citer ici :

Dans de grands bassins rapiécés avec des morceaux de ciel, les coques noires des bateaux se reflètent comme de larges taches d’encre coulant des quais.

A la lumière crue tombant des mâts électriques ce sont des cordes, des rails, des wagons, des passerelles, des paniers et des caisses : - lait condensé - lait condensé - lait condensé.

Sur le pont désert du paquebot un rat, ne connaissant que son devoir, s’avance par bonds successifs et prend possession du navire. Maintenant le capitaine peut venir.

Au hasard de la nuit les nuages passent rapides comme de longues bâches noires flottant dans le ciel. Par-ci par-là, une tache claire : des cheminées blanches, des manches à air doublées de brun.

Une grue noire, à ventre rouge, laisse flotter au vent sa chevelure blanche et, pour se distraire, lève sa jambe. Et comme dans ce chaos on ne saurait discerner des hommes habillés de noir, il semble que cet infernal sabbat, abandonné à lui-même, crie, grince, souffle et dévide follement ses engrenages sans contrôle possible, au seul gré des rafales.

Ses souvenirs d’enfance, disait-il, lui semblaient dater de Philippe Auguste... Il passa toute son enfance à Paris, suivit les cours du lycée Condorcet. Sur ses origines familiales et ses années de jeunesse on peut se reporter au n°80 de la revue Plein Chant (Bassac), court récit biographique intitulé Nous étions trois amis intimes qui avions vingt ans aux alentours de 1897, Bottini, Launay et moi..

Il nous a laissé : Dans les rides du front, 1917 On se moque de nous Polochon, La philosophie du travail, Voyage au pays de la quatrième dimension. Fasquelle, 1923. Inventions nouvelles et dernières nouveautés, Le jeune homme d’apparence chétive et la femme d’une grande beauté, Aristote à Paris, L’horloger de Brooklyn, Contes singuliers, Collection "In Extenso" N° 107, Nous étions trois amis intîmes qui avions vingt ans aux alentours de 1897, Bottini, Launay et moi... , Récit biographique, Plein Chant n° 80. Informations sur La Vie d’artiste...

Gaston de Pawlowski s’est éteint en 1933, il repose dans la 23eme division.