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Le cimetière de Tokyo Aoyama Bochi

vendredi 21 mars 2008.
 

TOKYO - Le cimetière d’AYOAMA (AOYAMA BOCHI)

Ce cimetière est renommé pour ses vastes étendues (26 000m2) et les sommités du Japon contemporain qui y reposent. Il l’est aussi pour ses allées de cerisiers (plus de 200), sans oublier les azalées à profusion. Il attire les foules qui pique-niquent joyeusement prés des tombes, lors de la floraison des « sakura » en avril. Tout sentiment de profanation est ici exclu. Le cimetière a été ouvert en 1872 et regroupe environ 100 000 tombes familiales. Aoyama signifie la « montagne bleue » en japonais.

C’est une agréable promenade du dimanche pour les « tokyoïtes ». On y accède par une belle allée dallée de briques et on y rencontre des « joggeurs ». Des japonais s’exercent au « swing » avec leur parapluie, en vue de leurs prochains parcours de golf.. J’y ai vu des couples mimer une partie de tennis « virtuel », avec l’arbitre (un enfant de la famille) qui suit des yeux la balle fictive, ou des dames en kimono répéter leurs danses traditionnelles en vue d’un prochain spectacle !

C’est aussi le lieu de regroupement du quartier en cas de tremblement de terre. Il est situé entre le Palais Impérial et Meiji Park, prés d’Omotesando, le quartier branché, non loin d’Harajuku, où les punks se regroupent le dimanche.

Il existe une section de 2000 m2 réservées aux étrangers : c’est le « Gaijin Bochi ». Il existe également des emplacements réservés aux étrangers à Kobé, Nagasaki etc. mais celui-ci est le plus important. La plupart des sépultures datent de la fin du XIXe siècle, début XXe. On y trouve une douzaine de tombes de français, notamment des missionnaires des Missions étrangères de Paris, mais aussi le premier archevêque de Tokyo, Mgr Osuf (1829-1906), sans oublier Albert du Bousquet (1837-1882), lieutenant d’infanterie, interprète de l’ambassade de France et son épouse, ainsi que M. Sarrazin, consul de France honoraire.

Il y a aussi des britanniques dont Hugh Fraser (1837-1894), ambassadeur du Royaume Uni au Japon et le major-général Henry Palmer, né en Inde, ingénieur militaire qui travailla à la construction du port de Yokohama, des canadiens, des hollandais, des coréens, des russes, des irlandais : le capitaine Brinkley, conseiller du gouvernement japonais, créateur du journal « Japan Mail » (remplacé après la seconde guerre mondiale par le « Japan Times »), marié à une fille de samouraï et Charles Dickinson West, professeur d’architecture navale à l’université de Tokyo. Sa statue se trouve toujours sur le campus de l’Université.

Des allemands y sont enterrés. Parmi eux, Julius Karl Semba, chirurgien, professeur de dermatologie et de chirurgie pendant 25 années à l’Université de Tokyo, qui effectua en 1892, la première trépanation effectuée au Japon. Son buste se trouve encore aujourd’hui sur le campus de l’Université de Tokyo. Quelques italiens, dont Edoardo Chiossone, peintre officiel de l’empereur (1893) et graveur des premiers timbres et billets de banque de l’ère Meiji, y ont leurs sépultures. Enfin une trentaine d’américains, parmi eux des missionnaires mais aussi : Gilbert Bowles, fondateur de la « Peace Society » avec des diplomates japonais, afin de freiner l’effort de guerre japonais dans les années 1930, Edwin Din, qui supervisa l’élimination des chiens sauvages en Hokkaïdo et introduisit l’élevage bovin, Harry Hartshorn, quaker, professeur d’anatomie, de physiologie et d’hygiène. Duane Simmons, médecin installé à Yokohama, qui favorisa l’usage de la vaccination anti-variolique, la prise de mesures contre le choléra et le traitement des maladies infectieuses et vénériennes.

En 2005, une association s’est constituée pour sauver les tombes menacées de disparition, témoins de l’histoire du Japon sous l’ère Meiji. Le gouverneur de Tokyo a fait poser une pierre indiquant que cette section regroupe les sépultures d’hommes et de femmes venus au Japon pour contribuer à sa modernisation.

Je remercie M. Jean-Marie Thiébaud, président de la Fédération Internationale de Généalogie, qui s’est spécialisé dans l’inventaire des cimetières à l’étranger tels que : les sépultures russes au cimetière de Prague, le cimetière missionnaire historique de Séoul, le cimetière international d’Incheon en Corée du Sud, le cimetière de Nagasaki etc.... de m’avoir permis d’accéder à ses sources sur Internet pour le cimetière d’Aoyama. Merci aussi à Frédéric Gloppe pour l’accès libre de droits à ses photos, qui me rappellent tant de souvenirs car j’habitait à côté de ce cimetière.

Je ne voudrais pas terminer cet article, sans parler d’une coutume toujours très vivace au Japon, celle des « Mizuko Jizo ». Ce sont des cimetières pour enfants morts-nés. Les tombes sont représentées par de petites statues de moinillon, couvertes d’un tissu rouge, portant une canne de pèlerin avec six anneaux, et tenant pour la plupart un jouet (moulin à vent en plastique).

« Mizuko » signifie littéralement « enfant de l’eau ». On dit qu’il est envoyé selon la tradition bouddhiste, dans un endroit appelé Le lac sec de la rivière des âmes. « Jizo » est une divinité bouddhiste, protecteur des enfants, des femmes enceintes, des pompiers et des voyageurs. Au Japon, il est aussi protecteur des enfants avortés et mort-nés, envoyés sans baptême dans les limbes. On en trouve un peu partout mais ceux de Kamakura, à proximité de Tokyo, sont recommandés.

Michel Souloumiac

Sources : Jean-Marie Thiébaud

Crédit photos : Frédéric Glouppe (Tous droits réservés)