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Sciences et Techniques - Sciences mécaniques

JECKER François Antoine (1765-1834)

6eme division (1ere ligne, W, 27)
samedi 8 mars 2008.
 

Ingénieur mécanicien

François-Antoine JECKER voit le jour à Hirtzfelden, près de Colmar (Haut-Rhin), le 14 novembre 1765. Son père était un honnête cultivateur connu pour sa probité et ses moeurs patriarcales. Les premières années du jeune JECKER se passent à la campagne, au milieu de ses bons parents dont il partageait les travaux.

Encore enfant et dès son début dans la petite école de son village, JECKER avait manifesté les plus heureuses dispositions pour les arts mécaniques. Tout le temps qu’il pouvait dérober aux occupations rustiques de chaque jour, il l’employait à étudier quelques livres de science qu’il avait pu se procurer.

Il ne se bornait point à lire, il s’exerçait à imaginer des machines et à les exécuter. Vainement son père essaya t-il de lui inspirer le goût de l’agriculture, et de le fixer dans son pays natal ; le jeune mécanicien entraîné dans sa vocation brûlait du désir de quitter son village, pour aller s’instruire dans une grande ville.

Enfin, à l’âge de dix-neuf ans, JECKER obtint, non sans peine, la permission de se rendre à Besançon, ou deux de ses oncles étaient établis. Ils étaient musiciens et tout le charme de leur art ne put détourner leur neveu de son irrésistible penchant. Il sollicita comme une grâce la permission dde se placer apprenti chez un mécanicien. C’est là qu’il puisa les premières notions positives de la profession qu’il devait exercer avec gloire.

Jusqu’alors le pauvre villageois livré à lui-même, sans guide, sans maître, n’avair pu acquérir qu’une idée bien imparfaite des sciences physiques et de la mécanique. Au bout d’un an, JECKER en savait plus que son maître et avait épuisé les ressources scientifiques de Besançon.

Alors il voulut venir à Paris. Mais, nous l’avons dit, la France était alors bien inférieure à l’Angleterre pour toutes les branches de la mécanique. JECKER s’embarqua pour Londres en 1786 et va se présenter au premier des mécaniciens de la Grande-Bretagne, à RAMSDEN.

Celui-ci n’admit point de prime abord et sans examen dans ses ateliers notre jeune compatriote ; mais il reconnut en lui une intelligence si vive et si nette, et un amour si vrai de son art, qu’il le prit en affection et n’eut plus rien de cacher pour lui. En peu de temps, le maître et l’élève devinrent amis pour la vie.

RAMSDEN était alors à l’apogée de son talent et de sa renommée. Il avait accompli ses travaux les plus remarquables et approchait du terme de sa carrière. Enfin, la Société Royale de Londres venait de le recevoir en son sein. On sent combien l’exemple de RAMSDEN et sa protection durent être précieuses pour le jeune apprenti. Pendant six années qu’il passa auprès de son illustre ami, JECKER travailla sans relâche, approfondit les mystères de la science, s’initia à toutes les découvertes récentes et se lia avec plusieurs mécaniciens séparés.

En 1792, il revient en France, riche de savoir et d’espérances, prêt à employer au service de sa patrie son expérience et son talent. COULOMB, LAGRANGE, MONGE, CARNOT, DARCET, tendent les mains au jeune artiste. Sous leurs auspices, il présente au Bureau de Consultation des Arts, une machine propre à diviser les lignes droites en partie égales et le dessin d’une autre machine pour tailler la vis de toutes sortes de pas avec une très grande régularité.

Une récompense de trois mille francs lui est accordée par le bureau. Encouragé par ce premier succès et par les avis bienvaillants de plusieurs savants célèbres, JECKER ne se promit rien moins que de réaliser le rêve de sa jeunesse, que d’exécuter les plans qu’il avait mûris avec une laborieuse patience depuis huit ans.

Il veut affranchir son pays du tribut qu’il paie, ainsi que toute l’Europe, à l’Angleterre. Il va s’adonner exclusivement à la fabrication d’instruments de mathématiques et fonder une manufacture sur le modèle de celle de son ancien maître RAMSDEN : mais tout-à-coup, la réquisition l’enlève de ses travaux et le force d’ajourner ses projets.

Aux armées, JECKER se fait remarquer par son courage et ses talents. Ses connaissances théoriques et pratiques le font nommer en très peu de temps capitaine du génie, et il serait sans doute parvenu aux premiers rangs dans cette arme, mais il se sentait appelé à remplir une autre mission. Il demanda son congé dès qu’il put le faire honorablement, et revint à Paris reprendre avec ardeur ses travaux.

Dès lors, la vie de JECKER n’est qu’une longue suite d’inventions ou d’importations. Il organise sur une vaste échelle, dans un des quartiers populeux de la capitale, une fabrique d’instruments d’astronomie, de géodésie et d’optique. Il enseigne à une classe nombreuse d’ouvriers, dont il devint le bienfaiteur et le père, l’art tout nouveau pour nos mécaniciens français de fabriquer des instruments de précision. Sous ses ordres s’exécutent successivement plusieurs machines dont la rare perfection excite l’admiration des hommes de l’art.

A la chute des assignats, lorsque les monnaies reparurent, le plus souvent rognées et altérées, JECKER rendit un service immense au commerce par l’invention d’un nouveau Pèse-Monnaies, d’une exactitude si rigoureuse qu’il était difficile de constater avec leur secours, les plus légères altérations. Plus de quatre-vingt mille de ces instruments se vendirent en peu de temps : jusqu’alors l’Angleterre en avait conserver la fabrication exclusive.

En 1801, JECKER obtient une médaille de l’honneur à l’exposition des produits de l’industrie française. A l’expédition suivante, en 1806, il reçoit une nouvelle médaille de première classe, en argent. Enfin, en quelques années, la maison JECKER est devenue célèbre non seulement en France, mais chez l’étranger. C’est lui qui approvisionne not flottes d’intruments nantiques ; sa réputation est européenne.

Le 3 août 1812, l’Institut impérial de France sanctionne d’une manière solennelle la renommée que JECKER s’est acquise comme opticien et ingénieur. Il avait soumis au jugement de l’Institut une machine pour diviser le cercle et ses parties inventée par RAMSDEN, mais remarquablement perfectionnée par lui ; une machine entièrement nouvelle pour tailler la vis ; un instrument également nouveau pour tailler les verres plans à faces parallèles ; et plusieurs autres ouvrages de mérite.

Portrait de F-A Jecker par Isabey

Les conclusions du rapport rédigé par les commissaires de la classe des sciences physiques et mathématiques accordent à JECKER cet éloge si honorable, dans ces temps de lutte contre les Anglais, que "ses efforts, en abaissant les prix de fabrication, contribuaient à fournir d’intruments nautiques toute cette brave et laborieuse jeunesse, qui s’empressait avec un enthousiasme si louable à servir sur les vaisseaux de l’état." Suivant les signatures de MM. ARAGO, BURCKARDT, ROSSEL, LÉVÈQUE et DELAMBRE.

Les Anglais eux-mêmes ne purent s’empêcher de rendre témoignage au talent de JECKER. En 1815, le major-général BRISBANE lui écrivit une lettre flateuse dans laquelle il le félicitait de ses brillants succès.

Nous-même, nous avons eu occasion récemment d’entendre en Angleterre des hommes de l’art parler de notre JECKER avec respect et admiration, non sans ajouter toutefois que l’Anglais RAMSDEN avait été son maître.

En 1819, JECKER reçut pour la quatrième fois une médaille et il fut breveté de confirmation à toutes les expositions suivantes : en 1823, 1827 et 1834. De nouveaux baromètres et de beaux instruments de géodésie valurent à JECKER les félicitations de tous les connaisseurs.

Dans cette vie laborieuse et honorable, il n’y eut pas une journée perdue. JECKER, dans l’âge du repos, déployait encore toute l’activité et l’ardeur de ses jeunes années, quand il fut soudainement enlevé par une congestion cérébrale, le 30 septembre 1834 à soixante-neuf ans. Il repose dans la 6eme division, sa sépulture est ornée d’un buste en bronze.

Sources : d’aprés Arthur BACKER, Paris 2007.