Navigation







Révolution - Empire - Restauration - Monarchie de juillet

MAUBREUIL D’ORVAULT, comte de Guerry de Beauregard (1783-1869)

68eme division (1ere ligne, Z, 8)
samedi 8 décembre 2007.
 

Ecuyer de Jérôme Bonaparte

Jacques Marie Armand Guerry de Beauregard, dit le comte de Maubreuil et marquis d’Orvault (1783-1866), fut capitaine aux Chevaux-Légers et écuyer de Jérôme Bonaparte.

Il mèna une vie toute au moins originale. Ami des plaisirs, des grandes réunions mondaines, il se plaisait à réunir, sous le Consulat, toute une jeunesse impérialiste : Vilmain, Halgon, Cossin, Trébillard du Verger, Grassal, Jérôme Bonaparte, tous officiers de marine.

Maubreuil épouse en novembre 1866, dans le Luxembourg, étant âgé de quatre vingt trois ans, Catherine Schumacher, qui se fait appeler Mme de la Bruyère.

Il meurt à Paris, à l’hôtel de Bordeaux, rue Capron, près de la butte Montmartre, le 17 juin 1869. Il repose dans la 68e division.

Le marquis de Maubreuil

et les bijoux de la Couronne

Né le 26 mai 1783 dans le château de Maubreuil, le marquis de Maubreuil est un personnage singulier.

L’une des énigmes les plus rocambolesques du XIXe siècle a débuté au printemps 1814, non loin de Villeneuve-la-Guyard. Elle met en scène la belle-sœur de Napoléon et un aventurier un peu fou, et surtout sans scrupules.

Le 21 avril 1814, au petit matin, sur la route de Fontainebleau à Sens, aux confins de l’Yonne. Une berline tractée par six chevaux ouvre la voie à cinq autres voitures. Le convoi s’apprête à faire halte au relais de poste du Fossart (Seine-et-Marne), non loin de Villeneuve-la-Guyard. Les bêtes sont fourbues ; on les remplacera par des chevaux frais. Soudain, un groupe de cavaliers stoppe les équipages. Le détachement est commandé par un colonel de hussards ; l’homme s’approche de la première voiture et s’adresse à une passagère qui a mis la tête à la portière : « Je suis chargé, Madame, de saisir vos bagages et de les ramener à Paris. Vous êtes soupçonnée d’avoir enlevé les diamants de la Couronne ». Ainsi débute l’affaire Maubreuil, l’un des épisodes les plus rocambolesques du XIXe siècle, dont on ne parviendra jamais à éclaircir le mystère.

Le face-à-face de Fossart oppose deux caractères : la femme n’est autre que la reine Catherine de Westphalie, nièce du tsar Alexandre, épouse de Jérôme, frère cadet de Bonaparte ; le hussard est le marquis de Maubreuil, aventurier sans scrupule, bagarreur réputé et... ancien écuyer de Catherine.

Depuis plusieurs semaines, les troupes autrichiennes, allemandes, russes et anglaises occupent la France. L’Empire n’est plus que ruines. Le 6 avril, Napoléon a signé son abdication : « Les puissances alliées ayant proclamé que l’Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France ». Le Sénat a voté le rétablissement des Bourbons, et le comte d’Artois, lieutenant général du royaume, prépare l’avènement de Louis XVIII, réfugié en Angleterre.

Tandis que Paris s’abandonne au désordre, la famille impériale se résout à l’exil. Ainsi, Catherine de Wurtemberg s’apprête-t-elle à rejoindre son époux, Jérôme Bonaparte, ex-roi de Westphalie, en Suisse. Le 17 avril, elle prend ses dispositions pour quitter la capitale, avec ses bagages, ses bijoux et ses diamants. Elle ignore encore que, dans l’ombre, Maubreuil est tenu informé des préparatifs de départ.

Le marquis de Maubreuil est un personnage singulier. Il s’appelle en réalité Jacques-Marie-Armand Guerry. Il est né le 26 mai 1783 dans le château de Maubreuil, à Carquefou, un bourg situé à quelque 20 kilomètres de Nantes. Bien que l’origine des titres dont elle se prévaut demeure mystérieuse, la famille du jeune Jacques-Marie-Armand compte parmi la meilleure noblesse vendéenne. Une mère qui décède quelques mois après sa naissance, un père contraint d’émigrer pendant la Révolution : l’enfant vit une adolescence difficile. Esprit aventureux, il participe à la Chouannerie puis, la paix revenue, mène grand train, tantôt à Maubreuil, tantôt à Nantes. Nantes où il fait connaissance, vraisemblablement en 1802, avec Jérôme Bonaparte, frère turbulent du Premier Consul d’alors. Les jeunes gens sont des fêtards et partagent d’heureux moments.

Maubreuil qui, après deux héritages, dispose d’une belle fortune, dilapide à tous vents. Opportun en diable, il a oublié son passé chouan et s’affiche comme fervent adepte du nouveau régime. Plus tard, il se rappellera au bon souvenir de Jérôme, devenu roi de Westphalie ; le souverain en fera son capitaine des chasses et un écuyer de la reine Catherine. En 1809, une félonie brise l’estime entre les deux hommes : après avoir séduit l’une des maîtresses de Jérôme, le marquis de Maubreuil est contraint de partir guerroyer en Espagne.

A son retour, redevenu civil, il s’installe à Paris et place sa fortune dans diverses entreprises, avec plus ou moins de bonheur. Sans doute meilleur soldat (son comportement en Espagne a été récompensé par la Légion d’honneur) que financier, il voit fondre son trésor et s’accumuler les dettes.

En 1814, la France est envahie par les troupes alliées. Maubreuil, qui conserve encore confiance en l’Empereur, voit là une belle occasion de retrouver son rang et de servir la France : il propose au ministre de la Guerre de lever, à ses frais, « un ou deux escadrons de cavalerie légère ». La demande sera classée, et le marquis meurtri par une telle désinvolture.

Sans doute faut-il trouver dans cet oubli l’une des raisons qui entraînent Maubreuil sur la route de Fossard ce 21 avril 1814 ! Surpris par la déconfiture de l’Empire, l’aventurier, chouan avant-hier, bonapartiste hier, espère aujourd’hui le retour des Bourbons.

Muni d’authentiques ordres de mission, il se prétend chargé par le gouvernement provisoire de veiller à ce que les diamants de la Couronne de France ne quittent pas le pays. Flanqué de Dasies, un compère, Maubreuil fait conduire les voitures jusqu’au relais de Fossard et décharger onze caisses. Puis il réclame les clés des coffres à la reine Catherine, qui proteste mais obéit. Sept malles contiennent les bijoux de la souveraine, une les diamants de Jérôme. Lorsque Maubreuil et Dasies l’informent que ses bagages vont être ramenés à Paris, mais qu’elle peut poursuivre sa route, Catherine s’évanouit. Ayant repris ses esprits, elle demande à son ancien écuyer de lui laisser au moins un coffret d’or. Maubreuil refuse, lui tend une ceinture chargée de pièces d’or - « C’est tout ce que je puis faire pour vous » - et ordonne le retour sur la capitale. Catherine de Westphalie, elle, prend la direction de Sens. Elle s’arrêtera toutefois à Pont-sur-Yonne, où elle déposera plainte.

L’affaire fait grand bruit, d’autant qu’alerté, le tsar ne cache pas sa colère. La police recherche Maubreuil et son complice. Le 22 avril, on livre les caisses de la reine Catherine chez le baron de Vitrolles, secrétaire des conseils du roi, mais il manque deux malles. Le 24 avril, le marquis se présente en personne chez le baron de Vitrolles. Comme on lui demande des explications, Maubreuil ne se démonte pas : il n’a fait que son devoir et remplit une mission. Hautain, il ajoute : « Si dans tout cela on veut me compromettre, j’en compromettrai bien d’autres ! ». Pressé de question, l’homme livre alors une explication qui paraît invraisemblable. Au début de ce mois d’avril, un émissaire de Talleyrand l’a chargé... d’assassiner Napoléon, alors en route vers l’île d’Elbe, contre promesses d’argent et de titre de duc. Alors qu’il était sur la trace de l’empereur déchu, il a intercepté le convoi de l’ex-reine de Westphalie et crut de son devoir de réquisitionner les bagages...

Le soir même, le marquis était emprisonné. Plus tard, un nommé Huet expliquera avoir remonté de la Seine un bracelet en or, des peignes sertis de diamants. Au cours de fouilles dans le fleuve, on découvrira des colliers, des pièces d’or, des diadèmes... En dépit de ce faisceau de preuves, Maubreuil maintiendra ses dénégations. Sans doute en savait-il trop puisqu’on le libérera lorsque Napoléon parviendra à s’échapper de l’île d’Elbe. Arrêté à nouveau, évadé, réincarcéré, puis relâché, le marquis n’aura de cesse de faire parler de lui. Jugé, il sera finalement condamné à cinq ans d’emprisonnement pour le vol de Fossard. Un jugement rendu par défaut puisque, entre temps, le prisonnier s’était fait la belle...

Réfugié en Angleterre, il commettra de nombreux articles dans lesquels il mêlera le vol des bijoux, l’assassinat de l’empereur, commandité selon lui par la Russie, la Prusse et les Bourbons.

La vérité sur l’affaire Maubreuil a suscité de nombreuses controverses ; certains historiens ont ainsi soutenu la thèse du complot avancé par le marquis. Une seule certitude demeure : Jacques-Marie-Armand Guerry était homme de peu de foi, à l’esprit vraisemblablement dérangé...

Sources : La Tumultueuse existence de Maubreuil, marquis d’Orvault, par Maurice Garçon. Editions Hachette, 1954.

« Le Marquis de Maubreuil a-t-il volé les diamants de la reine Catherine ? », article de Bernard Boringe paru dans Historia.

« L’affaire Maubreuil », article de Jules Bertaut paru dans Historia.

« Talleyrand a-t-il tenté de faire assassiner Napoléon ? », article de Léon Noël paru dans les Annales de Bourgogne, 1947

Revue de presse : Yonne-Magazine/ R.V et sources diverses.

Wikipédia/Wikimédia et divers

(APPL 2016)