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Père Lachaise, les arbres nécrophages...

Quand la nature reprend ses droits...
mercredi 5 décembre 2007.
 

Les arbres nécrophages...

Les vivants piliers du Père Lachaise

Passionnés et visiteurs assidus du Père Lachaise que nous sommes, chacun d’entre nous a forcément été un jour interpellé, fasciné ou bouleversé par la force des racines des grands arbres centenaires qui peuplent la nécropole. En effet, ces dernières sont omniprésentes et en particulier dans les secteurs les plus anciens.

Elles se répandent tels d’immenses bras tentaculaires, prennent possession des lieux, pénètrent les profondeurs du sol pour en ressortir les bras chargés de souvenirs du passé : restes de pierres tombales décharnées, vieilles couronnes fossilisées.

Certaines personnes évoquent une « nécrophagie végétale ». Certes ! Il peut y avoir dans cette vision une notion de gloutonnerie, quelque chose de pantagruélique, d’ animal même comme si ces racines se transformaient en de véritables prédatrices carnivores prêtes à engloutir et à dévorer les reliques du passé. En laissant libre cours à son imagination, on peut déceler ça et là des mâchoires de crocodile, des visages d’hippopotames, des silhouettes de reptiles.

Une autre approche de ce phénomène, plus cartésienne, peut bien sur être avancée : on peut en effet tout simplement évoquer le pouvoir du végétal sur le minéral. Mais ce phénomène naturel évident est-il vraiment satisfaisant pour des esprits curieux et imaginatifs ? Ne pourrions nous pas l’envisager d’une manière plus poétique, plus symbolique, comme une union charnelle et complice entre les deux éléments. Au hasard de nos promenades dans les allées du Père Lachaise, il nous est tous arrivé de les surprendre entrelacés, l’un dans l’autre, confondus presque.

La Nature est un temple ou de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers

Ecrivait Charles Baudelaire dans le poème « Correspondances »

Les paroles des arbres-piliers du Père Lachaise peuvent parfois paraître confuses. Mais, le promeneur complice et amoureux de l’endroit ne peut rester totalement sourd. En prêtant une oreille attentive à ces grands arbres, il est possible de deviner leurs voix qui semblent nous murmurer : « N’oubliez pas nos défunts, ils sont toujours là parmi nous. Et en voici la preuve... ! »

En effet, en soulevant à bout de bras le souvenir minéral de toutes ces âmes, on pourrait imaginer que notre Mère Nature nous provoque, nous interpelle et nous rappelle sans cesse à leur souvenir. Cette nature semble se battre et lutter perpétuellement contre l’oubli. Fort à parier que le saule d’ Alfred de Musset s’il avait pu s’épanouir normalement, envelopperait aujourd’hui tendrement sa dernière demeure.

Nul besoin de paroles ou de longs discours commémoratifs , la tendresse et la complicité qui unit entre les murs de l’ enclos le végétal et le minéral redonne vie à des milliers d’ âmes tous les jours et à jamais !

Texte et crédit photos : Anne_Lise T. (APPL 12/2007 - Tous droits réservés).