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GOMEZ CARRILLO Enrique (1873-1927)

89eme division
samedi 24 novembre 2007.
 

Ecrivain et littérateur

Enrique Gomez Carrillo (Enrique Gomez Tible de son vrai nom) est né à Guatemala ville le 27 février 1873. Il s’expatrie pour s’installer à Paris en 1891 en tant que diplomate et échotier.

Sa vie à Paris est ponctuée de voyages et constellée de fiancées, épouses et maîtresses. Il décède à 54 ans en laissant derrière lui une autobiographie, des souvenirs littéraires, des chroniques, des récits de voyages, des nouvelles, des romans et quelques traductions. La valeur de ces écrits est variable. En revanche, ses récits de voyages ainsi que son travail de directeur de deux revues hispanophones, Nuevo Mercurio, et Cosmopolis, publiées à Paris au tournant du siècle, rendent Carrillo intéressant en tant que médiateur dans l’échange des cultures.

Diffusées assez largement, ces revues ont nourri les élites hispanophones du nouveau continent de romantisme, de symbolisme et de poésie parnassienne. On leur reconnaît généralement un rôle déterminant dans les orientations esthétiques et idéologiques du Modernismo, courant littéraire majeur qui se développe dans l’ensemble des pays latino-américains au moins jusqu’aux années mille neuf cent trente.

Lorsque Enrique Gomez Carrillo arrive à Paris, vers la fin de 1890, il a dix-sept ans. José Garay, un médecin interne latino-américain qui soigne Verlaine, l’aide à s’infiltrer dans les milieux symbolistes.Carrillo a, néanmoins, plus de succès auprès d’Alice Fréville, la fiancée de Garay. Le médecin de Verlaine est offensé. La nouvelle de la rupture de ses fiançailles se répand. Ainsi, en 1893, Carrillo se voit consacrer un petit article dans La Plume où il est question de tempérament donjuanesque, de duel, de tentative de suicide, de la nature ardente des latins etc. Sans intérêt particulier, cet article constitue néanmoins le premier exploit d’Enrique Gomez Carrillo qui réussit à retenir l’attention des Parisiens à peine trois ans après son arrivée à Paris.

Si Paris a adopté Carrillo c’est parce que Carrillo a, lui aussi, adopté Paris. Sa plume fleurie amplifie le côté « magique » de la capitale, ville cosmopolite qui devient dans ses chroniques une scène de théâtre : les artistes du monde entier viennent y rencontrer les symbolistes et les parnassiens, flâner avec eux (et avec Carrillo) sur les boulevards et, en buvant de l’absinthe sur les terrasses des cafés, parler de poésie, de littérature, d’art... Idéalisée, naïve, fondée sur des lieux communs, des représentations superficielles et embellies, cette représentation que Carrillo véhicule dans le monde hispanique participe à la création d’un « mythe ». Paris y devient un lieu emblématique, l’Eldorado des artistes-une utopie repérable sur la carte.

Le Paris de Carrillo œuvre également pour l’ouverture des nations à « l’esprit cosmopolite » et sous la plume de l’échotier le mot « Parisien » devient un vague synonyme de « cosmopolite », superposition qui a des conséquences sur les engagements idéologiques, le mode de vie et l’identité du jeune homme : de Paris, Carrillo part à la connaissance de l’Autriche, la Hongrie, la Belgique, l’Angleterre, la Russie, l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, l’Afrique du nord, la Palestine, la Turquie, l’Égypte, la Chine et le Japon. Chaque voyage est suivi de la parution d’un ouvrage qui illustre le point de vue de quelqu’un qui se veut « Parisien » et vit en « citoyen du monde ». Fait d’affirmations fondées sur des descriptions fleuries et dépourvues d’analyse critique, ce point de vue est toutefois un peu superficiel.

Oscar Wilde rencontre Gomez Carrillo lorsqu’il se rend à Paris au début de novembre 1891 pour travailler sur Salomé. Pour relater cette rencontre, Richard Ellmann s’appuie sur un article d’Yvanhoé Rambosson paru dans un numéro non daté de La Comédia.

Claude Viot-Murcia s’appuie sur le témoignage de Carrillo lui-même pour avancer qu’Enrique a rencontré Wilde chez Stuart Merrill durant l’un de ses fameux « Five o’clock » où l’on servait du whisky à l’heure du thé.

Intense, pour le temps qu’elle dure, cette relation marque profondément Gomez Carrillo. Nombre de Salomé hantent son travail d’échotier, son œuvre romanesque ainsi que ses choix éditoriaux. Il en est littéralement obsédé. Son roman, L’évangile de l’amour, traduit en français en 1923, expose naïvement nombre de textes que Wilde intègre dans le palimpseste de sa Salomé en adoptant pour les expliquer la même perspective selon laquelle ils fonctionnent dans la pièce de Wilde. Ce roman constitue, un document important pour le chercheur de Salomé. Cependant, l’effet de Wilde sur Carrillo peut être encore plus profond. Il pourrait s’étendre au delà de l’œuvre et au delà de l’homme Carrillo. La personnalité « parisienne » affichée par ce dernier, son engagement en tant que critique, ses voyages et son point de vue de « citoyen du monde », le cosmopolitisme qu’il essaye de promouvoir dans ses écrits sont autant de thématiques qui se retrouvent dans Intentions, l’œuvre critique de Wilde.

Vers 1924, le peintre Van Dongen lui présente celle qui deviendra son épouse, Consuelo Suncin Sandoval de Gómez née le 10 avril 1901 à Armenia, au Salvador et morte le 28 mai 1979, artiste et bohème, elle fut la muse et l’épouse d’Antoine de Saint Exupéry en secondes noces.

Enriqué Gomez Carrillo s’est éteint le 29 novembre 1927 à Paris, il repose dans la 89e division. Consuelo de Saint Exupéry, décédée en 1979, est inhumée dans la même sépulture.

Sources : Emmanuel Vernadakis. Et divers